TOUT SUR L'AFFAIRE DES CHANTIERS DE THIES: LES CHANTIERS DE TOUTES LES DERIVES...

TOUT SUR L'AFFAIRE DES CHANTIERS DE THIES:  LES CHANTIERS DE TOUTES LES DERIVES...
Rapport de l'IGE
Le 14 juin 2004, le président de la République Sénégalaise Maître Abdoulaye Wade a prescrit un ordre de mission pour la vérification des investissements réalisés dans la ville de Thiès dans le cadre de l'organisation de la Fête de l'Indépendance 2004. Les Inspecteurs généraux d'Etat Nafy Ngom keïta (chef de mission), Babacar Thiaw et Lamine Diom, avaient reçu pour mission de vérifier particulièrement le volume des investissements, les conditions de passation des marchés et d'exécution des travaux. L'équipe de vérification s'est attachée alors les services de six cabinets d'experts inscrits à l'ordre national des Experts et des Evaluateurs agréés du Sénégal concernant les aspects techniques relatifs à la voirie, à l'éclairage public, aux aménagements paysagers...
En tout, 87 ouvrages ont été expertisés. Un premier rapport approuvé par le président de la République a été déposé sur sa table le 12 janvier 2005. Les conclusions sont tout simplement effarantes : - financement et exécution par le Gouvernement, sur instruction de monsieur Idrissa Seck, alors Premier ministre d'un programme d'investissements publics de plus de 46 milliards, non autorisé par l'Assemblée nationale, donc juridiquement inexistant ; - dépenses exécutées en dépassement du cadrage fixé par monsieur le président de la République qui avait arrêté l'enveloppe financière à 20 milliards - approbation irrégulière par l'ancien Premier ministre Idrissa Seck (il n'était pas habilité à cet effet), et dans des conditions particulières (la CNCA a été invitée à tenir une session extraordinaire pour donner son avis favorable), d'un marché d'un montant de 14.847.280.385 francs Cfa, conclu par entente directe en violation des dispositions du Code des marchés publics et pour lequel, l'expertise technique des travaux révèle une surfacturation assez importante ; - dépenses engagées sans couverture budgétaire ; - détournement délibéré des objectifs du Programme triennal d'Investissements publics 2002-2004 et du Budget consolidé d'Investissement 2004 par un aiguillage non autorisé de certains projets ministériels au profit de la ville de Thiès, sur la base de décisions ministérielles, en lieu et place d'un décret qui, le cas échéant, aurait dû autoriser les virements ou transferts de crédits ; - marchés conclus par entente directe, en violation du Code des marchés publics et pour lesquels, la surfacturation était la règle ; - improvisation de travaux sans lien pertinent avec les impératifs de la Fête de l'Indépendance et dont l'intérêt économique et social pour la ville de Thiès n'est pas démontré (pour certains)
1) RESULTAT GLOBAL DE L'EXPERTISE TECHNIQUE DES TRAVAUX.
Selon le rapport de l'Ige, le coût global du «programme» est de 46.217.166.908 F Ttc. Cependant, après «correction des experts», ils se sont rendu compte que le coût global est en réalité de 26.696.462.882 F Ttc. Soit une moins-value absolue sur la totalité des travaux s'élevant à 19.520.704.027 F TTC (42% en valeur relative) Les travaux devant être réalisés en deux phases aux termes des dispositions contractuelles, les experts écrivent que le montant supposé des travaux réalisés dans la première phase est de 40.618.568.848 F Ttc alors qu'en réalité après leurs calculs, il n'est que de 22.633.730.608 F Ttc soit une moins-value absolue de 17.984.838.241 F TTC (44,28% moins-value relative). Pour le coût des travaux restant à réaliser, le montant supposé des travaux est de 5.598.598.059 F Ttc. Alors que, selon les estimations des experts, ce n'est que de 4.062.732.226 F Ttc. Soit une moins-value de 1.535.865.833 F (moins-value relative 27%). Toujours selon les vérificateurs, le montant des travaux effectivement réalisés à la date du 13 décembre 2004 est effectivement de 20.297.038.639 F Ttc (représentant 17.200.880.203 hors Tva et 3.096.158.436 F de Tva).
Le PCRPE paie 100 millions à la place de la Commune de Thiès.

Dans leur commentaire, les vérificateurs précisent qu'outre cet écart, 102.714.498 francs, ont été dépensés sans qu'il y ait eu un marché alors qu'au terme du décret 2002-550 du 30 mai 2002 portant Code des marchés publics, l'administration est tenue de conclure un marché, pour 25 millions et plus. En réalité, cette somme (plus de 100 millions), a été généreusement payée par le Pcrpe pour des travaux concernant la démolition d'édifices administratifs à l'initiative et à la charge de la commune de Thiès. En d'autres termes, le Pcrpe a payé 100 millions à la place de la mairie de Thiès alors que celle-ci est dotée d'une autonomie financière et d'une personnalité juridique propre.
Le ministère des Finances indexé.
Selon les vérificateurs, la solution budgétaire planifiée par le ministère de l'Economie et des Finances dont une bonne partie n'avait pas été budgétisée accuse un déficit de 432.116.696 F. Par ailleurs, continuent-ils, même en payant 40, 186 milliards des travaux de la première phase, que l'expertise technique a corrigés pour les porter à 22,633 milliards, le Gouvernement cause un préjudice de 17,553 milliards au Trésor public, seulement pour la première phase. Pour la deuxième phase, le Trésor a subi un préjudice de 1.535.865.833 F (5.598.598.053 F selon la facture et 4.062.732.226F selon les experts). Ils devaient être réalisés à partir du 15 avril 2004 pour Fougerolle et à partir de juillet 2004 pour CSE. L'échéancier de paiement fixait la fin de l'ensemble des règlements au 12 septembre 2004. Il existait déjà deux attestations d'existence de crédits (n° 6069 et n° 6070) depuis le 22 décembre 2003, établis par le directeur de la Dette et de l'Investissement, ordonnateur délégué du budget d'investissement. Dans leur rapport, les soussignés rappellent que le ministre des Finances s'est personnellement engagé dans les contrats n°130 et 131 «d'inscrire les crédits devant régler les décomptes du présent marché sur le BCI 2004» en sa qualité d'ordonnateur national du budget de l'Etat. Il s'est en outre engagé pour «l'établissement avant le démarrage des travaux d'un acte d'engagement précisant l'inscription des crédits devant régler les décomptes du présent marché sur le BCI 2004. Les vérificateurs considèrent alors qu'en procédant ainsi, le ministre «confirme bien que ces deux contrats sont partie intégrante de l'enveloppe, mais aussi qu'il n'est plus un tiers au contrat conclu entre le PCRPE et les entreprises co-contractantes ; il y est bien partie, ce qui prouve sa connexion avec la Direction du PCRPE». Toujours dans leur rapport, les vérificateurs estiment que Abdoulaye Diop, en prenant ces engagements contractuels, consacre son accord pour le préfinancement, procédé contraire au principe sacro-saint de l'existence préalable des crédits avant tout engagement financier de l'Etat. Les inspecteurs précisent par ailleurs que l'exécution d'un marché public concernant le programme d'investissements peut s'étaler sur plusieurs mois et même plusieurs années, sous forme d'autorisations de programmes tirées de la loi de programme. Cependant, ajoutent-ils, il reste que son objet resterait toujours le financement du programme pour lequel il avait été conclu. Aussi, disent-ils, LES MARCHES DE CSE/SOSETER ET DE FOUGEROLLE, SONT-ILS PARTIE INTEGRANTE DU «PROGRAMME INDEPENDANCE 2004».
Des chiffres différents entre l'Ige, le ministère des Finances et le Pcrpe.
Nafi Ngom Keïta et ses collègues remarquent par ailleurs que les 40,186 milliards annoncé par Abdoulaye Diop, et qui constituent sa base de calcul quant à la solution trouvée pour les dépenses engagées sans couverture budgétaire, ne correspondent ni aux chiffres de l'Ige ni à ceux du Pcrpe. Le ministre des Finances, toujours selon le rapport, n'a fait que mentionner dans la partie «Observations», DIFFERENCE A JUSTIFIER dans la situation qu'il a remise aux vérificateurs. Les inspecteurs généraux d'Etat voient cela comme une incertitude liée sans doute à l'insuffisance du contrôle causée par la précipitation avec laquelle le «programme» a été conçu et exécuté. Reconnaissant par ailleurs que les différentes structures de contrôle des marchés publics (CNCA et Bureau des marchés) n'étaient pas toujours dans des conditions leur permettant l'examen serein des projets de contrat, étant soumises à une pression telle qu'elless ne disposaient pas du temps nécessaire à l'exercice de ce type de contrôle. Les experts ont aussi révélé après enquête, que des chantiers destinés à certaines entreprises ont été réalisées par d'autres. Par exemple, les routes ENO 3, 7 et 8, devant être réalisées par l'Agetip, l'ont finalement été par l'entreprise EATP. Il s'y ajoute, estiment les experts, que pour le marché n° 130 du Groupe CSE/SOSETER, le montant de la 2ème tranche (2.838.480.447 F était différent du prix des deux routes dans le devis estimatif annexé au contrat (2.834.241.122 F TTC). L'Ige s'étant fondée sur les contrats du Pcrpe pour calculer le montant, elle estime le coût total des travaux de la première phase à 40.618.568.848 F. Il en est de même pour le coût des travaux de la deuxième phase. Sans donner des explications, les vérificateurs disent comprendre la raison pour laquelle le ministre des Finances ne veut plus comptabiliser la deuxième phase comme étant partie intégrante du programme d'investissements. La mission dirigée par Nafi Ngom Keïta reprenant les experts, souligne des enseignements qui donnent de parfaites illustrations sur l'impertinence et la légèreté des choix des décideurs du «programme» (Ndlr, sans les citer) des travaux de Thiès. L'expertise technique a illustré ce qu'elle appelle les «mauvaises options». D'ailleurs, le Premier ministre en a parlé hier (référence L'Observateur n° 557 du 26 juillet 2005, c'est-à-dire l'Obs d'hier) Les vérificateurs concluent alors que - les marchés ont fait l'objet d'une procédure d'attribution de gré à gré sans respect des dispositions régissant ladite procédure - des incohérences ont été notées au niveau des documents techniques - la surfacturation était la règle dans ces marchés
ECARTS ENTRE LES SOMMES VERSEES AUX ENTREPRISES ET LES TRAVAUX EFFECTIVEMENT REALISES SUR LE TERRAIN, AU REGARD DU DEVIS CORRIGE PAR LES EXPERTS : LES SOMMES INDUMENT PERCUES ET LES RESTES A PAYER

Dans les travaux des chantiers de Thiès, 37 entreprises et sociétés adjudicataires ont été sélectionnées pour réaliser 44 marchés de travaux et d'études. Sur les 37, le rapport indique que 25 entreprises et bureaux d'études ou cabinets d'architecture ont exécuté à 100% les travaux à la date du 13 décembre 2004 et deux ont dépassé le taux de 80%. Cinq entreprises ont été payées à 100%, les 32 restantes ont été payées entre 40 et 96%. Selon les vérificateurs, les SOMMES INDUMENT VERSÉES SE CHIFFRENT A 11.833.551.334 F.
Bara Tall, la part du lion
L'Entreprise Jean Lefebvre dirigée par Bara Tall s'est essentiellement consacrée à la voirie, l'éclairage public et les aménagements paysagers. Il a gagné des marchés à hauteur de 17.838.538.785 F. Après calculs et estimations, les experts se sont rendu compte que cela ne valait que 7.741.719.102 F. Il en résulte une surfacturation de 10.096.819.683 hors Tva, soit 11.914.247.226 F TTC. Ayant déjà reçu 17.080.068.743 pour des travaux estimés par les experts à 7.762.954.705 F, le rapport indique que l'entreprise de Bara Tall a reçu des sommes indues de 10.994.194.565. Il en est ainsi de CDE pour la voirie : 206.540.700 F Ht ; CSE/SOSETER, voirie : 512.326.698 F Ht ; ZAKHEM (stade Lat Dior) : 704.224.879 F Ht ; GIC (Etude) 275.760.403 F Ht L'Etat doit désormais 85.554.045 F puisqu'elle a perçu un peu moins que le montant du devis corrigé. La surfacturation était pour cette entreprise de 227.495.728F EERI : 23.967.210F ; EATP : 16.087.388 Bara Tall avait été autorisé à démarrer les travaux avant la signature des marchés par Salif Bâ alors directeur du Pcrpe et Ibrahima Nguette, coordonnateur de la «Task force». Dès lors, lit-on dans le rapport, les surfacturations constatées sur ce marché que l'ancien Premier ministre a personnellement approuvé, font peser sur lui de fortes PRESOMPTIONS DE CORRUPTION, VOIRE DE DETOURNEMENT DE DENIERS PUBLICS.
Le rapport ajoute : «l'amitié que M. Tall revendique avec l'ancien Premier ministre, la générosité avec laquelle il a accepté que son entreprise fut adjudicataire des marchés publics d'un coût global de plus de 21 milliards (plus de la moitié des fonds prévus pour la première phase), confirment les présomptions des vérificateurs quant à l'existence de conflit d'intérêts et de concussion
RESPONSABILITES DE BARA TALL ET IDRISSA SECK
Le rapport indique que Bara Tall et l'ancien Premier ministre doivent assumer leur part de responsabilité en restituant à l'Etat, la somme de 8.099.337.207 F TTc. En revanche, le montant de 10.994.194.565 F TTc correspondant aux sommes indûment perçues sur l'ensemble des marchés adjugés à Jean Lefebvre, doit faire l'objet d'un remboursement solidaire à la charge de M. Tall, de l'ancien Premier ministre et des ministres concernés. En tout état de cause, le préjudice financier qui résulte de cette situation de mal gouvernance, ne pourra jamais être réparé ; le remboursement est donc un moindre mal, en l'espèce. Au demeurant, l'ancien Premier ministre devra également répondre de ses actions devant les juridictions compétentes : les présomptions de corruption et de détournement de deniers publics ne peuvent être confirmées que par le juge.
Premières recommandations de l'Ige
Nafi Ngom Keïta, Babacar Thiaw et Lamine Diom demandent aux membres du gouvernement qui ont exécuté les ordres de l'ancien Premier ministre, sans tenir compte du respect des lois et règlements et de l'intérêt supérieur de l'Etat, engagent leur double responsabilité politique et administrative. Il s'agit en particulier du ministre de l'Economie et des Finances, qui a assuré le financement de ces marchés par l'approvisionnement en fonds du Pcrpe et du ministre du Patrimoine bâti, de l'Habitat et de la Construction qui les a conclus et a également procédé à leurs règlements. Cependant, compte tenu de leur qualité de membres du gouvernement actuel, les vérificateurs laissent au Président le soin d'apprécier l'opportunité et la nature des sanctions découlant de la mise en jeu de cette responsabilité.
IL EN EST AINSI DE TOUTES LES ENTREPRISES QUI SE SONT LAISSÉES EMBALLER PAR LE GAIN FACILE DANS UN CONTEXTE DE CONFLIT D'INTERETS MANIFESTE.

PROPOSITION DE LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE: Les inspecteurs généraux d'Etat demandent, en cas de limitation des paiements aux travaux d'avant avril 2004, de faire rembourser le dépassement de 17,984 milliards aux personnes l'ayant provoqué : Idrissa Seck, Abdoulaye Diop, Salif Bâ et Bara Tall. Si par contre la deuxième phase des travaux est poursuivie (travaux confiés à Fougerolle et Cse/Soseter), faire rembourser par Idrissa Seck, Salif Bâ et Abdoulaye Diop le dépassement de 19,520 milliards. Toutefois, ce remboursement ne doit pas les dédouaner des sanctions administratives, politiques et pénales devant résulter de la gravité des fautes commises. Par ailleurs, avec l'ampleur des surfacturations, le rapport demande la vérification du patrimoine mobilier et immobilier de Idrissa Seck et de toutes les personnes impliquées dans ce scandale. Les Vérificateurs, au vu de la gravité des faits PROPOSENT LA TRADUCTION DE IDRISSA SECK DEVANT LA HAUTE COUR DE JUSTICE .

Rapport de l'IGE (suite: rapport n° 02/2005 du 12 janvier 2005 )
Note complémentaire au rapport n° 02/2005 du l2 janvier 2005 sur la vérification des investissements réalisés dans la ville de Thiès, dans le cadre de la préparation de la Fête de l'Indépendance 2004 (Tome I) Conformément à l'article 12 du décret n080-914 du 05 septembre 1980 organisant l'inspection générale d'Etat, le pré-rapport no 02J2005 du 12 janvier 2005 a été communiqué aux personnes concernées, pour avis et observations éventuels.
Les réponses données par les responsables interpellés dans le pré-rapport nous inspirent des observations que nous livrons ci-après.

1 - Observations sur la réponse de l'ancien Premier Ministre

1.1- Monsieur Idrissa Seck, ancien Premier Ministre, estime que sa qualité de Maire de la Ville de Thiès au moment des faits, ne saurait être invoquée dans la connaissance des implications découlant de la conduite des travaux que sa commune devait accueillir pour la préparation de la Fête de l'Indépendance 2004. Pour notre part, nous demeurons convaincus que les nombreuses connexions signalées dans le rapport, relativement aux troublantes coïncidences entre les chantiers de la Fête de l'indépendance et les projets de la Matrice d'Actions prioritaires pour le développement de la ville de Thiès, fondent, valablement, de bonnes raisons de présumer de l'existence d'éventuels conflits d'intérêts entre le Premier Ministre et le Maire de Thiès. En tout état de cause, les vérificateurs constatent que l'ancien Premier ministre, par ailleurs Maire de Thiès n'a pas répondu à la question concernant « la situation des Cabinets d'Urbanisme et d'architecture ». En effet, nos investigations ont révélé que les cabinets adjudicataires des marchés d'études conclus par le PCRPE dans le cadre de la préparation de la Fête de l'indépendance 2004, sont aussi ceux-là mêmes que la commune de Thiès avait recrutés en 2002, pour la réalisation de la Matrice d'actions prioritaires, qui un est vaste programme d'investissements à l'initiative du Maire. Les travaux de Thiès ayant porté, pour l'essentiel, sur les investissements prévus dans cette Matrice d'actions prioritaires, nous nous sommes posé des questions auxquelles le Maire devait apporter des réponses. Ces questions sont les suivantes: Les études réalisées en 2002 ont-elles été « réchauffées » en 2003, étant donné qu'elles concernaient pratiquement les mêmes infrastructures ? La commune de Thiès avait-elle déjà payé les travaux réalisés à l'époque ? Le dédoublement fonctionnel de Monsieur Idrissa Seck, alors Premier ministre et Maire de la commune de Thiès devait-il lui donner l'opportunité de cautionner le détournement irrégulier et autoritaire des objectifs du Programme triennal d'investissements publics (PTIP) (destiné à toutes les régions du Sénégal), au profit de sa seule ville? Le Maire n'ayant pas apporté des réponses à ces questions, les vérificateurs se réservent le droit de mener les investigations nécessaires à la clarification de cette situation. Du reste, notre présomption est confortée par une précision donnée par le Ministre du Patrimoine bâti, de l'Habitat et de la Construction dans sa réponse aux observations qui lui sont faites dans le pré-rapport (nous y reviendrons au point II).
1.2 - Pour la conduite des travaux de Thiès, l'ancien Premier Ministre (qui déclare d'ailleurs en assumer « l'entière responsabilité politique»), estime s'être inscrit, lui et son Gouvernement, dans le « cadre strict d'une correcte application de la volonté politique exprimée par le Chef de l'Etat... » Cette appréciation d'auto valorisation à travers l'action de son Gouvernement ne semble pas être partagée par le Chef de l'Etat lui- même, quand il déclare: « les chantiers de Thiès n'ont pas été réalisés comme je le voulais ; 20 milliards de francs CFA étaient prévus et on en a dépensé plus du double, soit plus de 40 milliards » (conférer page 23 du rapport).
1.3 - S'agissant de l'approbation irrégulière du marché n° 001 TFT du 3 octobre 2003, l'ancien Premier ministre s'en tient à l'argument de l'inattention de ses services; ce qui, à notre avis, ne le dédouane pas d'une poursuite devant la Commission nationale de Lutte contre la non Transparence, la Corruption et la Concussion.

II - Observations sur la réponse du Ministre chargé de la Construction

2.1 - Pour l'essentiel, le Ministre du Patrimoine bâti, de l'Habitat et de la Construction a tenté de plaider l'incontournabilité du recours au préfinancement poussant même son raisonnement jusqu'à vouloir légitimer le procédé en sous-entendant notamment que « le préfinancement n'est pas évoqué de façon expresse » dans le code des marchés publics comme pratique blâmable. Cette position du Ministre devient irrecevable, quand on sait que le droit budgétaire sénégalais réfute sans ambages l'engagement de dépenses sans couverture budgétaire. En effet l'article 10 du décret no
2003-101 du 13 mars 2003 portant règlement général sur la comptabilité publique dispose: « aucune dépense ne peut être engagée, ordonnancée ou payée à la charge de J'Etat et des autres organismes publics si elle n'a pas été prévue au budget de l'Etat et n'est couverte par des crédits régulièrement ouverts ». Du reste, l'exigence d'une attestation d'existence de crédits comme préalable à l'examen par la Commission nationale des Contrats de l'Administration de tout projet de marché administratif n'est-elle pas déjà une preuve de l'illégalité du recours au préfinancement ?
2.2 - Par ailleurs, il est intéressant de relever que le Ministre chargé de la Construction reconnaît que « pour le cas de certaines études, les prestations ont débuté avant que le PCRPE ne prenne en charge la mission de superviser les travaux de Thiès ( ... ). Avant de poursuivre ces prestations, le PCRPE a procédé à la régularisation de cette situation en introduisant des propositions de contrats à la CNCA qui les a examiné (sic) favorablement ». Cet aveu conforte les vérificateurs dans le sentiment de l'implication de la ville de Thiès dans la conduite des travaux. C'est en effet la Commune de Thiès qui a désigné la quasi totalité des cabinets et bureaux d'études recrutés dans le cadre des chantiers de la Fête de l'Indépendance, lesquels n'ont fait que reconduire leurs projets initialement conçus pour alimenter la Matrice d'Actions prioritaires de la Commune. Ainsi, malgré les dénégations de Monsieur Idrissa Seck, Maire de Thiès, sa municipalité est bien interpellée dans la conduite des travaux de préparation de la Fête de l'Indépendance 2004. Pour le reste, le Ministre chargé de la Construction ne fait que conformer les constatations des vérificateurs, tant pour ce qui concerne les « dépenses sans couverture budgétaire », que pour ce qui a trait au « détournement des objectifs du PTIP 2004-2006 », et aux montants engagés au titre de l'Etat. Pour ce dernier aspect, Il convient de souligner, pour le déplorer, que le Ministre Salif Bâ à l'instar de son collègue chargé des Finances, ne fait pas de différence entre l'engagement financier de l'Etat et le montant déterminé à un temps « t » de l'exécution des travaux.
2.3 – Faut-il souligner que les entreprises adjudicataires des marchés dont l'exécution devait dépasser la Fête de l'indépendance (CSE/SOSETER et FOUGEROLLE), même si elles ne réclamaient pas de réparations, n'en sont pas moins détentrices du droit de dédommagement à la charge de l'Etat en cas de résiliation du contrat par ce dernier ? Compte tenu de la gestion nébuleuse de ce « programme d'investissements publics », (comme en atteste l'ampleur des surfacturations constatées), les autorités pourraient demander à ces deux entreprises de renoncer à leurs droits, au nom de l'intérêt supérieur de notre pays. Si cette demande était acceptée, le Premier Ministre se chargerait de formaliser l'entente ainsi obtenue, en évitant de se contenter d'un accord seulement verbal. Pour les vérificateurs, la meilleure solution consisterait à conclure des avenants aux deux contrats initiaux. Nos propositions 1 et 2 seront reformulées dans ce sens. Il s'agit-là, nous semble-t-il, d'assurer la sécurité juridique d'une transaction impliquant l'Etat et portant sur plus de 6,5 milliards de francs CFA. Relativement aux observations des Bureaux de contrôle recrutés par le PCRPE sur le rapport d'expertise technique de l'échantillon, les commentaires des Experts-évaluateurs sur celles-ci, sont consignés dans une note complémentaire technique jointe en annexe à la présente note.

III- Observations sur la réponse du Cabinet AIDAU

Il résulte des réponses du Cabinet AIDAU que toutes les constatations des vérificateurs à son sujet, sont bel et bien fondées. En effet s'agissant de l'inexpérience de ce cabinet, sa gérante Mme Nafissatou Diagne, pour prouver le contraire, décline son curriculum vitae personnel, prouvant par là, la confusion qu'elle entretient innocemment entre sa propre personne physique et celle, morale, de son entreprise. Il ne faut pas perdre de vue qu'il ne saurait être établi un quelconque lien d'identité entre les activités de Mme Diagne en tant qu'individu et celles de son cabinet AIDAU (créé le 24 avril 2003) et dont, selon ses propres dires, l'unique référence professionnelle se trouve être l'exécution du marché no C/055/FM du Il novembre 2003, conclu dans le cadre des travaux de Thiès (cf. réponse au questionnaire des vérificateurs annexe 10, page 31). Pour tous les autres points concernant AIDAU (adresse figurant aux statuts, le numéro de téléphone indiqué comme étant son contact, la surfacturation établie par le devis corrigé de l'expertise technique), Mme Aïssatou Diagne conforte les vérificateurs dans leurs conclusions en confirmant leurs constatations mentionnées dans le rapport.

IV - Observations sur la réponse du Ministre de l'Economie et des Finances

Une bonne partie des réponses du Ministre de l'Economie et des Finances étant consacrée à une critique
de nos procédures internes, il nous parait utile de rappeler les conditions d'élaboration et de communication d'un rapport de l'Inspection générale d'Etat, avant d'aborder les commentaires sur la réponse.
4.1 - Rappel du régime juridique de la communication d'un rapport de l'inspection générale d'Etat (IGE)
Un rapport de vérification est à l'état provisoire, tant qu'il n'a pas été communiqué aux personnes concernées pour avis et observations éventuels. Ce rapport provisoire comprend, en annexes, tous les éléments probants que le vérificateur a produits à l'appui de ses constatations et conclusions. Cette communication des résultats de la vérification ou de l'enquête aux personnes impliquées directement ou indirectement à la gestion de l'entité ou de l'activité contrôlée, est une étape importante du processus de vérification. Elle participe au respect de la procédure contradictoire en matière d'audit. C'est une norme de travail pour le vérificateur, mais c'est aussi, une condition de validité des conclusions issues des travaux de vérification. Elle permet aux personnes concernées d'exercer leur droit inaliénable à la défense, en formulant des observations et commentaires sur les constatations et conclusions provisoires des vérificateurs. Pour l'IGE, celles-ci deviennent définitives, après élaboration de la note complémentaire qui contient les commentaires du vérificateur sur les réponses reçues. Cette note complémentaire qui est un document de synthèse, est l'épine dorsale du rapport Sa rédaction participe du respect d'une norme fondamentale, dans le processus d'élaboration d'un rapport de l'inspection générale d'Etat. La procédure de communication est toujours encadrée par le Droit. Pour l'Inspection générale d'Etat (IGE), c'est l'article 12 du décret n° 80-914 du 5 septembre 1980 organisant l'inspection générale d'Etat, qui fixe ainsi les délais de communication d'un rapport qui est de (8) huit jours francs, avec la possibilité pour le vérificateur, de donner un délai supplémentaire, sans pouvoir dépasser (15) jours. Au-delà de ce délai, Monsieur le Président de la République est seul compétent pour le proroger. La pertinence d'une réponse peut amener le vérificateur à reconsidérer sa position initiale sur une question donnée et l'obliger à supprimer ou à reformuler une proposition de directive. Dans ce cas, le vérificateur explique obligatoirement les modifications apportées au pré-rapport (rapport provisoire) dans sa note complémentaire. En revanche, si la personne à qui le rapport a été communiqué n'a pas fourni d'éléments probants ou des arguments pertinents pouvant permettre de remettre en cause les constatations et conclusions contenues dans le pré-rapport, le vérificateur a également l'obligation de dire, en l'argumentant dans la note complémentaire, qu'il confirme ses constatations et conclusions, lesquelles deviennent alors des conclusions définitives du rapport définitif. Ces conclusions définitives qui contiennent les mesures de redressement ainsi que les sanctions positives ou négatives proposées par le vérificateur, sont reprises dans une fiche analytique de couleur verte, sous forme de propositions de directives, soumises à la très haute appréciation de Monsieur le Président de la République qui, aux termes de l'article 4 du décret n° 80-914 du 5 septembre 1980 organisant l'inspection générale d'Etat, est « te destinataire des rapports, qui décide de leur soif et de la diffusion à leur donner». Le rapport définitif qui est soumis à l'approbation de Monsieur le Président de la République comprend : - le pré-rapport (ou rapport provisoire) (accompagné des annexes), est le document de base ; - les avis et observations des personnes concernées (partie réponses) ; - la note complémentaire du vérificateur; - la fiche analytique et enfin, - la note de transmission du Chef de l'inspection générale d'Etat. Quand le rapport définitif est transmis au Chef de l'Etat le vérificateur ou l'équipe de vérification, ne se préoccupe plus de son sort car, quelle que soit la décision prise par l'autorité, qu'il s'agisse d'approbation ou de non approbation, en totalité ou en partie, de silence de l'autorité, le vérificateur ne peut que respecter sa volonté. Il en résulte donc que l'indépendance statutairement garantie aux inspecteurs généraux d'Etat par les lois et règlement dans l'appréciation des faits et les conclusions à en tirer, leurs importants pouvoirs d'investigation et de recherche, conformément à la déontologie et aux normes qui régissent leur profession, se limitent à la signature de leur rapport et à sa transmission au Chef de l'Etat qui décide de leur sort et de la diffusion à leur donner. 4.2 - Commentaires des vérificateurs sur les observations du Ministre de l'Economie et des Finances. Les observations du Ministre de l'Economie et des Finances concernant l'étendue de notre mission, en particulier, le contenu de celle-ci ainsi que nos méthodes et procédures internes, sont précédées des mentions: « sauf mauvaise interprétation de ma part » ou « sauf erreur de ma part ». Ceci dénote, une incertitude dans les propos et un manque de rigueur préoccupant car, à ce niveau de responsabilité, il est plutôt recommandé de parler de choses que l'on maîtrise, surtout quand il s'agit de critiquer une
démarche. De prime abord, il ne nous paraissait pas utile d'engager un débat sur des déclarations dont l'auteur n'était pas certain de la pertinence. Cependant pour éviter que l'Inspection générale d'Etat soit rabaissée au rang d'une institution administrative non républicaine, les soussignés ont finalement opté pour une clarification, afin de permettre au ministre d'arriver à une meilleure compréhension de la portée et de la finalité visées dans la communication d'un rapport.
4.2.1 - Sur l'étendue de notre mission Le Ministre nous invite à circonscrire notre mission à sa propre compréhension des termes de référence de celle-ci quand il écrit : et ... j'ai examiné avec intérêt le contenu de la lettre no 50 PR/MEDC du 09 juin 2004, joint au pré-rapport pour comprendre et apprécier les objectifs visés au travers la mission' (sic) confiée à l'inspection générale d'Etat. Cette lettre définit en effet lés questions sur lesquelles devraient porter la mission ». Cette lettre précise que la mission devrait permettre de « faire la lumière sur le volume des investissements effectués à Thiès les conditions et les modalités des appels d'offres et enfin sur les conditions d'exécution des travaux ... ». Le Ministre fait ensuite de longs développements sur ce que les Inspecteurs généraux d'Etat devaient vérifier ; avant de conclure : « sauf mauvaise interprétation de ma part, l'objectif fixé par la lettre est d'arrêter le coût réel des travaux et non le montant de l'engagement de l'Etat...” Le Ministre Abdoulaye Diop a donc repris, en gros, le contenu de la lettre susvisée, que le Ministre d'Etat, Directeur de Cabinet du Président de la République avait adressée au Chef de l'inspection générale d'Etat pour lui signifier la décision prise par Monsieur le Président de la République de faire vérifier les investissements réalisés dans la ville de Thiès, dans le cadre de l'organisation de la Fête de l'indépendance 2004. Avant de livrer quelques commentaires d'ordre général que suscitent ces propos, les vérificateurs rappellent au Ministre de l'Economie et des Finances ce qui suit :
4.2.1.1 - Faire la lumière sur le volume des investissements dépasse la détermination du coût réel des travaux, comme le veut le Ministre. Pour les vérificateurs, il s'agit, d'une part, en utilisant les meilleurs procédés de vérification, de pouvoir donner leur opinion sur : - le montant total des contrats de marchés d'études et de travaux juridiquement valables, donc qui engagent juridiquement et financièrement l'Etat ; - les modalités de financement des Investissements ; - le montant (coût) déclaré et les paiements effectués sur ce montant ; - le coût réel des travaux réalisés, qui, on le sait, peut ne pas correspondre au coût déclaré. Et, d'autre part, de pouvoir répondre à la préoccupation de l'autorité. Aujourd'hui, les soussignés ont pu dire de façon précise le montant de cet engagement; ce qui, forcément, dérange le Ministre de l'Economie et des Finances. Interpellé sur la question, il n'avait pas convaincu le Chef de l'Etat, ce qui a fait dire au Ministre d'Etat, Directeur de Cabinet, dans sa lettre: « le 16 mai courant (2004), avant son départ en voyage, le Président de la République avait donné des instructions formes au Premier Ministre, Macky Sall, pour que le Ministre des Finances et le Ministre du Patrimoine bâti et de l'Habitat lui fournissent des explications précises sur le montant exact des investissements réalisés à Thiès et les modalités de leur financement ». Et le Ministre d'Etat, Directeur de Cabinet du Président de la République de poursuivre, que les explications fournies au Président de la République par le Ministre du Patrimoine bâti, de l'Habitat et de la Construction... « ne répondent pas à toutes les préoccupations exprimées par le Chef de l'Etat sur la conformité et la transparence dans l'exécution des marchés... C'est pourquoi le Chef de l'Etat vous demande de diligenter une mission de l'inspection générale d'Etat ». Relativement aux modalités de financement des investissements, les investigations ont permis de savoir que le programme d'investissements publics financé par le Ministre de l'Economie et des Finances est juridiquement inexistant car non autorisé par l'Assemblée nationale. En l'absence d'autorisation parlementaire, le ministre a préféré-détourner les crédits d'investissement destinés à d'autres Programmes réguliers et ce, sans acte réglementaire, Pour financer ensuite ce qui ne répond à aucune norme juridique et financière. En lieu et place décret signés par le Président de la République, pouvant autoriser des virements de crédits rendus nécessaires par le caractère improvisé et fictif du programme, le Ministre chargé des Finances a précédé au financement du « programme », sur la base de décisions de versement signées par des ministres dépensiers (nous y reviendront dans le second rapport, Cette vérité portée à la connaissance de l'autorité a dû le déranger également. En ce qui concerne le coût réel des travaux, ni l'équipe de vérification, encore moins le Ministère de l'Economie et des Finances ne peuvent le déterminer car, n'ayant tous deux aucune expertise technique leur permettant de le faire de manière objective. Ces travaux concernent en effet: la construction de
routes, l'assainissement, les aménagements paysagers, etc. C'est pourquoi, afin de répondre aux termes de référence de leur mandat, les soussignés se sont attachés les services d'experts évaluateurs, qui sont des auxiliaires de justice, inscrits au tableau de l'Ordre national des Experts et Evaluateurs agréés du Sénégal (ONEEAS), et qui pourront déterminer le coût réel des travaux, parce que disposant de l'expertise pouvant leur permettre de tirer des conclusions pertinentes sur la manière et les conditions de leur réalisation ainsi que leur coût effectif. Les vérificateurs invitent dès lors le Ministre à attendre la fin de l'expertise des (87) quatre-vingt sept ouvrage pour connaître le coût réel des travaux.
4.2.1.2 - Les missions et leur portée, ainsi que les pouvoirs d'investigation de l'Inspection générale d'Etat sont fixés par la loi n° 87-18 du 3 août 1987 portant statut des Inspecteurs généraux d'Etat et le décret n° 80-914 du 5 septembre 1980 organisant l'inspection générale d'Etat en plus d'un ensemble de Circulaires et d'Instructions présidentielles. Dès lors, quand le Ministre invoque une lettre pour nous inviter à circonscrire nos travaux de vérification à certains aspects, nous estimons véritablement que c'est par ignorance des textes qui régissent l'institution. En effet, l'alinéa 3 de l'article 5 du décret susvisé dispose : « le droit d'investigation des inspecteurs généraux d'Etat n'est soumis à aucune restriction ». L'article 4 renchérit : (Heur indépendance dans l'appréciation des faits et des conclusions à en tirer, est statutairement garantie ». Il résulte de ce qui précède que quand un Inspecteur général d'Etat est chargé d'une mission de vérification ou d'enquête, il lui est permis d'utiliser tous les moyens d'investigation disponibles et même virtuels pour arriver aux résultats attendus de sa mission. Enfin, un Ministre devrait se gêner de montrer que des vérificateurs sont allés trop loin dans leurs investigations. De quoi aurait-il peur ? En tout état de cause, quand le second rapport d'expertise attendu, confirmera les surfacturations ainsi que leurs présomptions de conflits d'intérêts sur le reste des travaux à expertiser, les vérificateurs iront beaucoup plus foin encore dans les investigations, tant que Monsieur le Président de la République continuera de leur faire confiance. Par ailleurs, les vérificateurs comprennent bien l'attitude du Ministre de l'Economie et des Finances quand il prend à son compte une préoccupation de l'ancien Premier Ministre qui, à l'occasion de l'une de ses auditions, demandait à l'équipe de vérification de circonscrire ses investigations dans les limites du libellé de l'ordre de mission. C'est de la même manière, du reste, qu'il prend la défense de l'ancien Premier ministre quand, à la page 10 de sa réponse, il invite les vérificateurs à « s'assurer que le marché irrégulièrement approuvé ' par le Premier ministre, l'a été avant la publication du décret n°20003-702 du 26 septembre 2003. Au quel cas (écrit-il), ce sont les dispositions antérieures qui continuaient (sic) à s'appliquer au moment de la signature du marché.... ». Quand on sait qu'à ce sujet, les vérificateurs proposent la traduction de l'ancien Premier Ministre devant la Commission nationale de Lutte contre la non Transparence, la Corruption et la Concussion (pour avoir approuvé, sans y avoir été habilité, un marché de plus 14 milliards, dans des conditions faisant peser sur lui de fortes présomptions de corruption), il y a vraiment lieu de s'interroger sur les réelles motivations du Ministre Abdoulaye Diop ; car l'intéressé lui-même, à ce sujet, sans nier les faits, s'est borné à invoquer un manque de vigilance de ses services. Les vérificateurs informent le Ministre de l'Economie et des Finances, que ledit décret a bel et bien été publié au journal officiel n'6125 du 26 septembre 2003 (un numéro spécial), le jour même de sa signature. Ce qui est inédit car, on sait bien que le journal officiel ne sort pas de façon régulière. Dès lors si le transfert par le Premier ministre de la compétence de l'approbation des marchés publics au Ministre chargé des Finances s'est fait avec autant d'empressement, on peut valablement se poser des questions sur les raisons l'ayant amené à en soustraire ce gros marché alors même que l'Assemblée nationale n'avait pas encore voté le budget 2004, censé supporter la dépense en découlant. Il est vrai que si le décret n'était pas publié, il ne serait certes Pas opposable aux tiers. En revanche, cette non opposabilité qui n'est valable qu'à l'égard des tiers, ne saurait être invoquée pour couvrir l'ancien Premier Ministre et fonder sa violation du décret dont il est l'initiateur et le co-signataire. Au demeurant, faut-il rappeler que nul ne saurait se prévaloir de sa propre turpitude ? La défense acharnée de l'ancien Premier ministre Dar le Ministre Abdoulaye Diop laisse perplexe.
4.2.2 - Sur un autre plan, le Ministre dit avoir relevé certaines insuffisances dans la procédure utilisée par l'inspection générale d'Etat. C'est ainsi qu'il dit vouloir être édifié sur la nature du document qui leur est transmis, qu'il n'est pas prévu la soumission(au service contrôlé d'un pré-rapport ayant la forme que vous avez utilisée ». Il est vrai que le rapport communiqué au Ministre de l'Economie et des Finances lui pose véritablement problème, par son contenu qui, au-delà du fait qu'il édifie sur les contours d'un scandale financier sans précédent, a dû lui permettre de se rendre compte qu'il aurait pu satisfaire la demande de l'ancien Premier Ministre, en y mettant toutefois un minimum de forme, ne serait-ce que demander l'autorisation
du Parlement, Autrement, les vérificateurs n'osent pas penser que le Ministre chargé des Finances qui est par ailleurs fonctionnaire de la hiérarchie A1, ne sait pas que « pré-rapport » et « rapport provisoire ». ont exactement le même sens. Et le Ministre de l'Economie et des Finances fait connaître ses véritables préoccupations en disant: « ... le fait que la nature du document ne soit pas prévue par le décret rend non applicables les dispositions réglementaires pertinentes (délai de réponse, contenu, etc.) ». En d'autres termes, il insinue que le contenu devient nul et de nul effet. Il le souhaite franchement, mais cela ne saurait être le cas. Aucun vice de forme ne peut être valablement invoqué. Le rapport est basé sur des faits avérés ; les conclusions, tirées à partir d'éléments probants, suffisants à les rendre pertinents. Nous avons également travaillé dans le respect des normes de vérification généralement admises. C'est pourquoi, notre mission a été exécutée avec un niveau d'assurance élevée, n'en déplaise au Ministre de l'Economie et des Finances qui dit qu'«il est prématuré de l'avancer à ce stade ». C'est parce que ce que les vérificateurs avancent, procède d'une démonstration scientifique implacable. 4.2.2.1 - Le Ministre de l'Economie et des Finances dit aussi noter que « le document a été co-signé par les autres Inspecteurs généraux d'Etat membres de la mission, ce qui s'écarte des dispositions de l'article 13 » selon lesquelles quand « une mission regroupe plusieurs inspecteurs, son chef doit effectuer, en un rapport d'ensemble, la synthèse des rapports de détail établis par chacun des membres ». Là également, de quoi le Ministre de l'Economie et des Finances se mêle-t-il ? Qui lui a dit que notre équipe n'a pas procédé ainsi ? Cherche-t-il toujours des causes de nullité de nos conclusions ? Nous souhaitons aussi que le Ministre de l'Economie et des Finances nous dise quel est l'acte qui interdit à des inspecteurs généraux d'Etat de co-signer un rapport à la rédaction duquel lis ont tous participé.
4.2.2.2 - M. Abdoulaye Diop dit « attirer l'attention des inspecteurs généraux d'Etat sur les jugements d'opportunité... ». Les vérificateurs rappellent au Ministre de l'Economie et des Finances que c'est la loi portant statut des Inspecteurs généraux d'Etat et le décret organisant l'inspection générale d'Etat qui leur donnent les moyens juridiques de faire des jugements d'opportunité en leur reconnaissant le pouvoir d'apprécier la qualité du fonctionnement et de la gestion de tous les services de l'Etat ainsi que leurs résultats. Sur cette question, nous pensons que le Ministre de l'Economie et des Finances fait la confusion entre un comptable public qui n'est pas juge de l'opportunité des dépenses publiques, (mais de leur régularité seulement), et un inspecteur général d'Etat qui dispose d'importants pouvoirs d'appréciation. Les vérificateurs rappellent au Ministre qu'il devait plutôt apporter des réponses par rapport aux faits graves constatés dans la conception, le montage financier et l'exécution de ce « non programme » que constituent les travaux de Thiès en vue de la préparation de la Fête de l'Indépendance 2004.
4.2.2.3 - En l'espèce, le Ministre de l'Economie et des Finances semble véritablement opter pour une « stratégie du dilatoire » en tentant de noyer l'essentiel dans l'accessoire. Ainsi, tout en évitant habilement de s'expliquer sur les «grappes de convergence » ou sur la validité du « programme des travaux de Thiès », il accuse les vérificateurs d'avoir cédé à « l'évocation de considérations politiques » et d'être en contradiction avec les règles de déontologie de l'inspection générale d'Etat, en faisant preuve de manquements à l'indépendance et à l'objectivité nécessaires dans le traitement des dossiers de vérification. En effet le Ministre de l'Economie et des Finances écrit notamment - « - l'exercice indépendant (sic) de la mission de l'inspection générale d'Etat est fondamental, ce qui ne semble pas avoir été pleinement respecté dans ce dossier (.. ) les Inspecteurs généraux d'Etat doivent se borner à rappeler les dispositions (lois, ordonnances, règlements, ordres et instructions) dont à ont à surveiller l'exécution, ce qui également ne semble pas avoir été appliqué dans le pré-rapport ». Les vérificateurs défient le Ministre de l'Economie et des Finances de leur administrer les preuves d'une quelconque faille, à eux imputable, concernant leur indépendance et leur objectivité dans le traitement du dossier des travaux de Thiès. Par ailleurs, il est regrettable que le Ministre de l'Economie et des Finances ait pris à son compte l'intention que les vérificateurs ont prêtée à une certaine presse d'avoir voulu « couper l'herbe sous les pieds aux IGE » en livrant à l'opinion des conclusions qui n'étaient pas les leurs. Il est évident que ces propos visaient les informateurs et la presse qui les avait relayés. Que malgré tout, le Ministre de l'Economie et des Finances se soit senti visé est peut être révélateur d'une persistante mauvaise conscience qui, en l'espèce, pourrait traduire la latence d'une culpabilité morale difficile à expier. 4.2.3 - Les vérificateurs laissent au Ministre de l'Economie et des Finances la responsabilité de la mise en doute des déclarations de Monsieur le Président de la République, à propos du montant autorisé pour les travaux de Thiès ; car c'est bien le Chef de l'Etat qu'il contredit quand Il écrit : « - ... l'allocation budgétaire spécifique dégagée par (sic) les travaux liées (sic) à la célébration de la Fête de l'indépendance de Thiès a été arrêté (sic) à 25 milliards, et non à 20 milliards (...). S'il y a eu un «
dépassement », le Président de la République pourra en juger». Pour le Ministre de l'Economie et des Finances, le fait que le Chef de l'Etat signé le décret de présentation à l'Assemblée nationale du projet de loi de finances 2004, vaut validation de toutes les « acrobaties » ayant permis, par la suite, les dépassements constatés. 4.2.4 - Par ailleurs, à la page 7 de sa réponse, le Ministre de l'Economie et des Finances affirme que « les allocations budgétaires nécessaires ont été dégagées ». Ce qui est totalement inexact car les 25 milliards dont parle le Ministre étaient destinés à d'autres Programmes d'investissements autorisés par le Parlement. Dès lors, les vérificateurs défient le Ministre de l'Economie et des Finances de leur présenter les preuves de l'existence dans la loi de finances 2004, des allocations budgétaires faisant référence, de manière explicite, aux travaux liés à la préparation de la Fête de l'indépendance 2004. A la limite, c'est dans un tel cas et dans ce cas seulement que la transmission par le Président de la République du projet de foi de finances 2004, pourrait valoir validation desdites allocations par le Chef de l'Etat. Autrement, il faudra convenir que c'est bien un tripatouillage irrégulier, unilatéral et autoritaire que le Ministre de l'Economie et des Finances a opéré pour « fabriquer » les arrangements ayant conduit au dépassement de l'enveloppe arrêtée par le Chef de l'Etat et qui était plafonnée à 20 milliards de francs CFA TTC. Au demeurant, si en l'absence d'inscription budgétaire en faveur de ce « programme » dans la loi de finances 2004, l'arbitrage de Monsieur le Président de la République vaut acceptation implicite des modifications irrégulière et unilatérales on conviendra que c'est bien l'ensemble du Budget consolidé d'Investissement que le Ministre de l'Economie et des Finances aurait pu recycler dans les « grappes de convergence » que nous avons assimilé à un « surfing budgétaire ». C'est la raison pour laquelle nous persistons à le considérer comme le principal, voire l'unique architecte du montage financier des travaux de Thiès, même s'il invite les vérificateurs à lui montrer « le document qui le désigne comme l'auteur ayant réalisé (sic) le montage financier des travaux de Thiès ». Les vérificateurs invitent d'abord le Ministre à relire la page 4 de sa réponse, quand il y affirme lui-même, au point 4-1, « avoir rempli le critère de vérification concernant la nécessité d'assurer un montage financier efficient d'un programme d'investissements ». Ensuite, nous sommes d'autant plus confortés dans cette position que la réaction du Ministre chargé de l'Urbanisme au « projet de décision de versement » devant consacrer la migration d'une partie des crédits de son département aux travaux de Thiès, constitue un cinglant démenti à l'affirmation du Ministre de l'Economie et des Finances selon laquelle la somme de 3 milliards (Code BCI 43122), entre autres, était destinée aux travaux de Thiès. On peut lire en effet, dans la réponse du Ministre Seydou Sy Sall « ... votre proposition de versement concerne un crédit inscrit dans le budget d'investissement 2004 du Ministère de l'Urbanisme et de l'Aménagement du Territoire, (Projet «Aménagement urbain, Code PTIP : 43122, 546743 122 001234 : Travaux d'Aménagement urbain) ( ... ). Elle (cette dotation) permettra, par ailleurs, de tenir les engagements du Gouvernement vis-à-vis de l'intersyndicale de l'Enseignement, en vertu d'un protocole d'accord signé le 8 mai 2003. Ce protocole prévoit, entre autres, la mise à disposition (sic) des coopératives d'enseignants de 6.100 parcelles entre 2002 et 2005 ». La conclusion du Ministre Seydou Sy Sall se passe de commentaire quant à son sentiment sur sa prétendue solidarité avec les « grappes de convergence » ; il conclut en effet en ces termes : « Dès lors, tout prélèvement sur ces crédits compromettrait la réalisation du programme ZAC à propos duquel a pris des engagements la plus haute autorité de l'Etat. Il pourrait être également source de malentendu avec l'intersyndicale de l'enseignement » (cf. annexe 9). Enfin, comment le Ministre de l'Economie et des Finances peut-il se dédouaner de sa responsabilité quant au montage financier des travaux de Thiès ? Peut-être oublie-t-il sa qualité d'ordonnateur principal du budget de l'Etat. Il résulte de ce qui précède, deux choses au moins :
1°) Le Ministre de l'Economie et des Finances dit une contre-vérité en affirmant avoir régulièrement ponctionné, sur le BCI 2004, des crédits inscrits au profit de certains ministères pour alimenter, sous la maîtrise d'oeuvre du Ministère de l'Habitat et de la Construction, les travaux de Thiès;
2°) Le Ministre de l'Economie et des Finances a tout intérêt à ce que soit passée sous silence la réaction négative de ses collègues, victimes des «grappes de convergence », en prétextant une prétendue solidarité gouvernementale. En effet, une telle réaction met à nu son stratagème décrit plus haut, de modification irrégulière et autoritaire du SCI 2004.
4.2.5 - Au demeurant il y a lieu de faire remarquer au Ministre de l'Economie et des Finances qu'une bonne solidarité gouvernementale devrait commencer par faire partager le montage budgétaire des chantiers de Thiès, avec ses collègues ; ce qui, sans doute, aurait permis d'éviter les réactions de dépit de ces derniers.
4.2.6 - Le Ministre de l'Economie et des Finances affirme que les travaux de Thiès sont en bonne cohérence avec le Document stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) et la Stratégie de Développement du Secteur privé. Les vérificateurs l'invitent à en établir la preuve palpable à partir de données mesurables et vérifiables, contenues dans le DSRP 4.2.7 - Le Ministre de l'Economie et des Finances estime qu'en qualifiant les travaux de Thiès de « programme sans rentabilité sérieuse et sans intérêt économique» les vérificateurs contredisent la décision du Président de la République qui est à la base de la délocalisation régionale de la Fête de l'indépendance. Il est laissé au lecteur le soin d'apprécier la pertinence du lien ainsi établi entre un jugement de valeur sur des travaux effectivement réalisés et l'opportunité de la décision les ayant générés.
4.2.8 - Que le Ministre de l'Economie et des Finances se rassure 1 Nulle part dans les propos des vérificateurs, il n'a été question de lui contester ses « prérogatives en matière de préparation de la loi de finances ». Seulement, il est incontestablement établi qu'il a été l'artisan autoritaire du montage financier du budget des travaux de Thiès ; c'est à ce titre qu'il est invité à s'expliquer sur les raisons qui l'ont amené à dépasser le montant autorisé par le Président de la République. Concernant justement sa requête sur « le document » qui fait de lui l'auteur dudit montage, il est invité à se remémorer les acrobaties budgétaires qu'il s'est autorisé et qui lui ont valu les réactions négatives de ses collègues Ministre de l'Urbanisme et de l'Aménagement du Territoire et Ministre d'Etat chargé des Sports.
4.2.9. Le Ministre de l'Economie et des Finances déclare noter un changement sur le montant global des contrats (soit 46.117.850.813 F) par rapport au premier montant figurant sur le tableau que les vérificateurs lui avaient remis, lors de la séance de confrontation du 2 juillet 2004 (soit 46.095.572.413 F). Il y a lieu de rappeler au Ministre de l'Economie et des Finances que les vérificateurs avaient bien précisé, à l'époque, que les chiffres donnés dans le tableau étaient ceux communiqués par le PCRPE et qu'il fallait les considérer sous réserve de la sommation des contrats de marchés par l'équipe de vérification. Par conséquent, Il restait entendu que le chiffre donné à la séance du 2 juillet 2004 était bien susceptible de modification au terme de ladite sommation d'une part, et d'autre part eu égard à ce que nos Investigations nous auront révélé sur le terrain. En l'occurrence, une augmentation de 99.316.088 F est déjà notée sur l'enveloppe portant celle-ci à 46.217.166.901 F TTC, soit, pour la 1ère phase, 40.618.568.848 F et pour la 2ème phase, 5.598.598.053 F. 4.2.10 - Le Ministre de l'Economie, et des Finances persiste à considérer que les deux phases de travaux objets d'une exécution « conditionnelle à la notification d'un ordre de service » et figurant sur les marchés de CSE/SOSETER (voirie) et FOUGEROLLE (voirie), n'étant pas exécutées du fait de leur non-liaison à la Fête de l'Indépendance, ne doivent pas être comptabilisées à ce titre. Il écrit notamment : « l'examen des deux marchés montre bien que ces tranches conditionnelles ne doivent pas être considérées, puisque les marchés mentionnent deux énonciations : leur exécution est conditionnelle à la notification d'un ordre de service et elles ne sont pas liées à la célébration de la Fête de l'Indépendance. C'est pourquoi, ces montants n'ont pas été considérés dans l'arrêté effectué par mes services ». Ce raisonnement l'amène à réaffirmer fortement sa détermination à maintenir le chiffre de 40.186.452.152 F comme montant du volume des travaux de Thiès. Les vérificateurs se demandent si le Ministre chargé des Finances a bien lu les contrat. Peut être soutient-il ces déclarations pour la « consommation » de ceux n'ont pas accès aux documents de l'IGE ou alors le dit-il pour les bailleurs de fonds à qui il avait demandé une rallonge de 9,1 milliards en vue de la régularisation des dépenses engagées sans couverture budgétaire et qui, selon lui, ont porté l'enveloppe à 40,186 milliards. Les soussignés lui rappellent qu'il s'est personnellement engagé dans les contrats n° 130 et 131. Ainsi, à l'article 6 du contrat n°130 relatifs aux «Obligations du PCRPE », il prend « l'engagement d'inscrire les crédits devant régler les décomptes du présent marché sur le BCI 2004... », en sa qualité d'ordonnateur national du budget de l'Etat du Sénégal » cf annexe n° 1913. Au niveau du même article 6 du contrat n°131, il s'engage pour « l'établissement avant le démarrage des travaux d'un acte d'engagement précisant l'inscription des crédits devant régler les décomptes du présent marché sur le BCI 2004 » cf. annexe n° 20/3. Cet acte d'engagement a été pris (cf. annexe n°21). En procédant ainsi, le Ministre doit considérer que, non seulement il confirme bien que ces deux contrats sont partie intégrante de l'enveloppe, mais aussi qu'il est plus un tiers au contrat conclu entre le PCRPE et les entreprises cocontractantes ; il y est bien partie, ce qui confirme sa complicité avec la Direction du
PCRPE. Il s'y ajoute, qu'en prenant ces engagements contractuels, le Ministre chargé des Finances confirme son accord pour le préfinancement qui est tout à fait contraire au principe sacro-saint de l'existence préalable des crédits avant tout engagement financier de l'Etat. Pour toutes ces raisons, nous rappelons au Ministre qu'il sait bien comme les soussignés que, aujourd'hui, le chiffre de 46.217.166.901 francs TTC représente bien le niveau de l'engagement juridique et financier de l'Etat. D'abord, les deux contrats d'un montant global d'environ 10,5 milliards et intitulés c travaux de construction et de réhabilitation des voiries du Programme de Travaux préparatoires de la Fête de l'indépendance 204 à Thiès », conclus avec les sociétés CSE/SOSETER, et FOUGEROLLE n'ont pas été inventée ou élaborés par les vérificateurs. lis leur ont été bien remis par le PCRPE, sur leur demande. Si ces contrats n'avaient pas de lien avec la Fête de l'Indépendance 2004, l'autorité ne les aurait pas intitulés comme tel. Ces contrats de plus de 10 milliards, signé par une autorité compétente, en l'occurrence le Ministre Salif Bâ, responsable du PCRPE, ont été soumis à l'avis favorable de la CNCA, approuvés par les services du Ministre de l'Economie et des Finances, enregistrés par les sociétés bénéficiaires et notifiés de manière régulière; ils sont donc juridiquement valables et engagent bien l'Etat, non pas de façon partielle comme le souhaite le Ministre, mais bien dans leur totalité. Il s'y ajoute que les attestations d'existence de crédits n° 6070 MEF/DGFlDDl et n° 6069 MEF/DGFIDDI du 22 décembre 2003, établies par le Directeur de la Dette et de l'investissement (qui est l'ordonnateur délégué du budget d'investissement) apparaissent comme des démentis formels aux déclarations du Ministre de l'Economie et des Finances, en ce qui concerne l'imputabilité des deux marchés, dans leur globalité, à la Fête de l'Indépendance. En effet ces attestations précisent bien que les montants nécessaires à la couverture financière du projet de marché passé entre le Ministère de l'Habitat et de la Construction (PCRPE) et les entreprises CSE/SOSETER et FOUGEROLLE « pour les travaux de construction et de réhabilitation de voiries dans le cadre du programme de travaux préparatoires de la Fête de l'Indépendance 2004 à Thiès, sont prévus au Budget consolidé d'investissement gestion 2004 ». Là, c'est bien un service compétent de son ministère qui affirme l'imputabilité des deux contrats sur le c programme » (cf. annexes 19 et 20. Pour le cas de CSE/SOSETER, l'engagement financier de l'Etat est rendu encore plus explicite par l'échéancier de paiement que décrit l'article 3 du contrat le liant au PCRPE. En effet, au point 3 dudit article, on lit ce qui suit : 3- Echéancier de paiement (cf. annexe 1912 Echéance Pourcentage du paiement Montant HTVA en CFA 1er avril 2004 25% 1.127.825.610 F 1er mai 2004 20% 902.260.488 F 1er juin 2004 15% 676.695.366 F 1er juillet 2004 20% 902.260.488 F 1er août 2004 15% 676.695.366 F 1er septembre 2004 15% 225.565.122 F Total général HTVA 4.511.302.441 F Mieux que toute autre formule, l'engagement juridique et financier de l'Etat est ici consacré par une clause contractuelle le rendant péremptoire et le plaçant au dessus de toute autre considération «conditionnelle ». En ce qui concerne l'entreprise FOUGEROLLE, nonobstant l'attestation d'existence de crédits délivrée par la Direction de la Dette et de l'investissement (DDI), l'engagement de l'Etat à son égard, pour la globalité de son contrat prend aussi la forme d'une lettre de confort adressée à sa banque de domiciliation, signée personnellement par le Ministre Abdoulaye Diop et dans laquelle on peut lire -. « l'Etat a inscrit dans son Budget consolidé d'investissement 2004, un montent de 5.375.763.864 FCFA, destiné au paiement des créances du Groupement d'entreprises Fougerole/Sahel Contractors/EGECAM, pour les travaux du lot 3 Voirie Indépendance 2004 à Thiès (... ) nous nous engageons à effectuer le paiement dans le compte susvisé ouvert dans vos livres. » cf. annexe 21, lettre confidentielle n°1238 du 30 décembre 2003. Au terme des précisions données ci-dessus, on peut retenir deux enseignements essentiels : - dans leur esprit comme dans leur lettre, les deux contrats que l'Etat a conclus avec les. entreprises CSE/SOSETER et FOUGEROLLE, sont imputables, dans leur globalité, au « programme » préparatoire de la Fête de l'indépendance 2004 à Thiès (et non de manière partielle, comme s'obstine à le soutenir le Ministre de l'Economie et des Finances) ; - en affirmant par des attestations d'existence de crédits et par des lettre de domiciliation de règlement adressées aux Banques, que les montants nécessaires à la couverture globale des deux contrats liant
l'Etat aux entreprises susvisées sont prévus dans le BCI 2004, le Ministre chargé des Finances et son Directeur de la Dette et de l'investissement donnent Île fausses informations financières. En effet il est maintenant établi que, même en ne considérant que les 40,186 milliards, il a bien fallu recourir à une loi de finances rectificative du budget 2004 pour obtenir « des crédits supplémentaires de 9,1 milliards, permettant de couvrir la totalité des dépenses des travaux de Thiès » ; les phases dites «conditionnelles » n'étant pas prises en compte dans ce schéma, par ce que « non liées à la célébration de la Fête de l'indépendance », selon le Ministre chargé des Finances. On comprend parfaitement qu'après avoir doublement trompé le Président de la République et l'opinion sur le montant de l'engagement de l'Etat, le Ministre soit véritablement gêné par cette vérité rétablie par les vérificateurs. Le Ministre de l'Economie et des Finances oublie-t-il que les faits sont têtus et ne sauraient être négociables pour satisfaire des « arrangements » destinés à la « consommation » des non-avertis ? Par ailleurs, l'exécution des travaux en deux phases ne renvoie à aucune conditionnalité, car dans ce cas, une clause contractuelle l'aurait précisée. Encore que l'Etat ne saurait S'aventurer à conclure des contrats pour des montants ne correspondant pas à ses besoins réels. Si tel était le cas, le Ministre de l'Economie et des Finances (dont les services ont approuvé les deux marchés et dont le service compétent a attesté de l'existence des crédits les couvrant dans le budget) pouffait être traduit devant la Chambre de Discipline financière de la Cour des Comptes, pour le motif de faute de gestion ayant consisté à « procurer un avantage financier à un tiers» au détriment de l'Etat Au demeurant, les vérificateurs invitent le Ministre à la relecture des clauses contractuelles liant l'Etat aux entreprises en question. En effet l'article 5 du contrat n° 130/FM (CSE-SOSETER) stipule : « les autres travaux (ceux de la 2e phase) seront exécutés dans un délai de 3 mois après la Fête de l'indépendance », (donc à juillet 2004). Quant à l'entreprise FOUGEROLLE, son contrat n° 131/FM du 3 décembre 2003 dispose : « ... celui-ci (délai d'exécution des travaux après la Fête de l'indépendance) est de 6 mois et démarrera le 15 avril 2004 ». (cf. article 5). Il résulte de ce qui précède, qu'en termes «d'ordre de service », on ne peut pas trouver mieux ; car le contrat a une valeur juridique incontestable et reste le seul document opposable à l'entrepreneur. La seule conditionnalité est, on le voit bien, le démarrage des travaux objet de la 2e phase, aux dates prévues par les contrats, c'est-à- dire respectivement dès après la Fête de l'indépendance pour CSE-SOSETER et à partir du 15 avril 2004 pour FOUGEROLLE (cf. annexes 19/2, 19/

# Posté le mardi 04 octobre 2005 09:40

Modifié le lundi 10 octobre 2005 09:22

Nafi NGOM KEITA,Chef de mission de vérification de l'Ige sur les chantiers de Thiés: "On a tenté de me corrompre". MENACES DE MORT CONTRE ELLE ET SA FILLE

Nafi NGOM KEITA,Chef de mission de vérification de l'Ige sur les chantiers de Thiés:  "On a tenté de me corrompre". MENACES DE MORT CONTRE ELLE ET SA FILLE
INTERVIEW de Nafi Ngom Keïta.

Nafi Ngom Keïta. Le nom de cette dame est étroitement mêlé à l'affaire des chantiers de Thiès. Inspectrice générale d'Etat, elle a été à la tête de la mission d'inspection générale de ce programme de réalisation d'infrastructures qui a englouti 46 milliards de francs à l'utilisation controversée, dérivant même en un scandale aux implications politiques et judiciaires. Controversée, Mme Keïta l'est elle aussi, sur la qualité de son rapport et son intégrité personnelle. Et cela représente un coup trop gros pour qu'elle le laisse passer. Longtemps, elle dit avoir tenu ferme, paré aux coups - souvent bas - mais a résisté, trouvant sa force dans cette obligation de réserve dont elle ne voit plus l'objet du moment que personne ne veut la défendre face à ses contempteurs : ni l'Etat qui l'a envoyée au charbon, ni la société civile, ni les organisations féminines dont elle se demande ce qu'elles font du biais genre quand une femme est offerte à la vindicte pour n'avoir fait que son travail dans l'intérêt du contribuable et de la collectivité. Mme Keïta est à bout, elle craint pour sa vie et a décidé de parler ne serait-ce que pour dire certaines vérités avant que ses ennemis n'aient sa peau.

Wal Fadjri : Les agents de l'Inspection générale d'Etat sont soumis à un devoir de réserve. Pourquoi avez-vous décidé de briser le silence ?

Nafi NGOM KEITA : Ma présence ici est une démarche inédite dans la mesure où, comme tout fonctionnaire, je suis tenue par l'obligation de réserve. Donc, c'est la mort dans l'âme que j'ai décidé de m'adresser aux Sénégalais par votre entremise. Je suis dans une position où j'ai épuisé toutes les voies de recours possibles et imaginables pour que l'on me laisse tranquille et que l'on arrête de porter atteinte à mon honorabilité.

Wal Fadjri : Que se passe-t-il donc ?

Nafi NGOM KEITA : Je n'ai rien fait. Tout mon tort est d'avoir accepté la mission de vérification des chantiers de Thiès. Depuis l'année dernière, je fais l'objet d'attaques dans la presse, de menaces et de pressions de toutes sortes. Mais, au nom de l'obligation de réserve, je n'ai jamais voulu parler. J'ai décidé désormais de briser le silence. Et je vais d'abord répondre au député Moussa Tine du Jëf/Jël qui a déclaré, sur les ondes d'une radio, que si je n'ai pas répondu aux accusations portées contre moi, à savoir que le détournement de billets pour le pèlerinage à la Mecque et l'acceptation d'un terrain en guise de cadeau, c'est parce que je suis coupable. Je dirai à Moussa Tine que si je n'ai rien dit, c'est parce que je suis tenue par l'obligation de réserve en ma qualité fonctionnaire spéciale appartenant à un corps d'élite qu'est l'Inspection générale d'Etat (Ige). De surcroît, je suis la seule Sénégalaise à avoir accédé à ce prestigieux corps.
Je pouvais tout encaisser tant que l'on parlait du rapport sur les chantiers de Thiès, tant que c'était dans l'exercice de mes fonctions. Mais je n'accepterai pas que l'on s'en prenne à ma vie privée, à ma dignité, à ma crédibilité et à mon honorabilité. Avec la mondialisation de l'information, mon nom est partout sur Internet. Ma famille, mes parents et mes amis sont inquiets et se demandent ce qui se passe. J'ai un garçon et des filles. Ces dernières sont étudiantes dans une école d'ingénieurs. L'une d'elles est restée l'année dernière toute la journée sans aller à l'école parce que gênée par les attaques dont j'étais la cible. Avec tout cela, je crois que les Sénégalais accepteront mon choix de briser le silence pour rétablir la vérité.

Wal Fadjri : Nous reviendrons sur ces deux affaires de billets pour La Mecque et de terrain. Mais, dites-nous d'abord comment est-ce que vous êtes arrivée à diriger la mission d'inspection générale d'Etat à Thiès ?

Nafi NGOM KEITA : Je vais d'abord vous expliquer comment les missions sont confiées à l'Ige. L'Ige élabore son programme annuel d'activités et une assemblée générale est organisée au cours de laquelle chaque inspecteur général d'Etat propose des missions de vérification pour l'année en cours. Le chef de l'Ige fait la synthèse de toutes ces ropositions sur la base de laquelle on élabore un programme soumis à l'approbation du président de la République. Généralement, les programmes sont approuvés par le président Wade, et ce fut le cas sous Senghor et Abdou Diouf.
Mais, il peut arriver que le chef de l'Etat saisisse l'Ige pour une mission occasionnelle qui peut aussi, souvent, entrer dans le cadre du programme annuel d'activités de l'inspection. Les chantiers de Thiès entrent dans cette catégorie, ils ne faisaient pas partie du programme annuel de l'Ige. C'est donc une mission occasionnelle. J'ai été choisie pour la conduire, mais j'avoue n'avoir pas accepté tout de suite le dossier.

Wal Fadjri : Pourquoi ?

Nafi NGOM KEITA : Le chef de l'Ige m'avait saisie pour m'informer que le chef de l'Etat souhaitait envoyer une mission d'inspection à Thiès pour la vérification des volumes d'investissements, des conditions de passation des marchés et d'exécution des travaux qui y sont réalisés dans le cadre de la préparation de la fête de l'Indépendance 2004. Après m'avoir informée de la saisine du président de la République, il m'a fait savoir qu'il souhaitait que je dirige la mission. Je lui ai fait savoir que je n'étais pas disposée à mener cette mission compte tenu des enjeux politiques, des sommes en cause et de la fonction des personnes interpellées dans cette affaire. Je précise que je me suis récusée non pas parce que j'étais en conflit d'intérêt avec l'un quelconque des mis en cause, mais simplement pour les raisons que je viens d'expliquer.
Le chef de l'Ige m'a demandé de lui proposer un inspecteur. Ce que j'ai fait. Mais, selon lui, la personne a décliné l'offre en lui avouant que, dans le cadre de ses anciennes fonctions de directeur d'une société, elle a eu à bénéficier du soutien de quelqu'un qui, en principe, est naturellement impliqué dans cette affaire des chantiers de Thiès. C'est à partir de moment qu'il m'a appelée à nouveau pour me réitérer sa proposition que j'ai finalement acceptée. Il m'a alors mise avec deux inspecteurs généraux d'Etat. Le chef de l'Ige a, par la suite, rédigé le projet d'ordre de mission qu'il a envoyé à la signature du secrétaire général de la présidence de la République. Ce dernier signe les ordres de mission par délégation parce que les inspecteurs généraux d'Etat n'ont qu'un seul chef et c'est le président de la République. On est sous son ordre direct, mais pour la gestion financière de l'Ige, celle-ci dépend du secrétariat de la présidence de la République.

Wal Fadjri : Quels sont les problèmes auxquels vous avez été confrontée dans le cadre de l'exécution de cette mission et qui vous poussent à sortir de votre réserve ?

Nafi NGOM KEITA : Je suis sortie de ma réserve parce que poussée à l'extrême. J'ai épuisé toutes les voies de recours pour demander que l'on arrête les gens qui, à travers les médias, portent atteinte à mon honorabilité, à ma crédibilité et à ma dignité parce que simplement j'ai effectué une mission avec des collègues. J'ai d'abord saisi le chef de l'Ige, puis le président de la République en personne. Mais, rien n'y fait et, bizarrement, on ne parle pas de mes collègues avec qui j'ai mené la mission. On ne s'en prend qu'à moi. On me présente aux Sénégalais comme une femme corrompue, belliqueuse, qui insulte les gens qu'elle auditionne. Si je suis corrompue, il faut faire la lumière sur cette affaire. Où sont les organisations des droits de l'Homme, où sont les organisations féminines, les organisations de défense de la femme ? Je suis une citoyennne sénégalaise, une femme, la seule d'ailleurs de l'Ige qui est un corps d'élite. J'ai produit, de 1999 à maintenant, 23 rapports dont 7 en équipe et le reste en production individuelle. Si je suis corrompue, c'est grave et il faut m'interpeller pour faire la lumière. Mais, l'objectif de toutes ces attaques, c'est de discréditer le chef de mission, son équipe et les conclusions de leur travail ; pour dire que le rapport est subjectif et qu'on est manipulé.

Wal Fadjri : Pourquoi, selon vous, êtes-vous attaquée ?

Nafi NGOM KEITA : On semble dire qu'il y a des milliards quelque part. Attendons que l'on se batte à mort et après, on se partage l'argent. Peut-être qu'il y a des gens qui ont reçu de l'argent, mais il en existe d'autres qui n'ont encore rien reçu.

Wal Fadjri : Vous estimez que des gens ont mis de l'argent de l'Etat en sécurité quelque part ?

Nafi NGOM KEITA : Oui, il y a quelque part, dans le monde, de l'argent de l'Etat sénégalais. Je le sais et je sais de quoi je parle.

Wal Fadjri : Vous dites que vous êtes accusée de corruption. Avez-vous déjà fait l'objet d'une tentative de corruption ?

Nafi NGOM KEITA : Effectivement ! J'ai fait l'objet d'une tentative de corruption.

Wal Fadjri : De la part de qui et comment ?

Nafi NGOM KEITA : J'ai démarré la mission d'inspection à Thiès au mois de juin. Au mois de juillet, mon mari est tombé malade et il a été évacué en France. Je suis partie avec lui parce qu'il est tout pour moi. Il m'a beaucoup soutenue et comprise. Je suis une ancienne infirmière d'Etat, je suis devenue secrétaire d'administration à vocation financière, administrateur civil et inspecteur général d'Etat. Vous devinez donc que pour gravir tous ces échelons, il a fallu quelqu'un derrière moi pour me pousser. Parce qu'il ne faut pas oublier que j'ai des enfants et que j'ai donc dû combiner mes statuts de mère, d'épouse et de fonctionnaire. Cela n'a pas été facile. Cela pour vous dire que mon mari m'a beaucoup épaulée et c'est pourquoi j'ai tout laissé tomber pour l'accompagner en France. Mais, je suis restée en contact avec mes collaborateurs.
Un jour, ces derniers m'ont fait savoir qu'ils avaient des difficultés avec le ministre des Finances pour payer les honoraires des experts. A mon retour, j'ai appelé Abdoulaye Diop pour lui dire qu'il faut que l'on trouve une solution au cas de ces experts. Il m'a assurée qu'il ferait le nécessaire et qu'il avait même essayé de me joindre, mais que l'on lui avait fait savoir que j'avais accompagné mon mari en France. Il me proposa alors de venir rendre visite à mon époux qu'il appelle "goro" (beau-frère : Ndlr). Au début, j'étais un peu gênée par sa proposition parce que je m'étais dis que si quelqu'un le voyait chez moi, il pourrait se poser des questions d'autant que j'étais dans une mission dans laquelle je devrais nécessairement l'interpeller en sa qualité de ministre des Finances. Mais, comme il y a des choses que je m'interdit de faire et que je ne ferai jamais, j'ai accepté de le recevoir.
Un dimanche, il est venu de manière inopinée chez moi. Cela m'a fait plaisir qu'il vienne voir mon mari parce que je connais Abdoulaye Diop depuis 1991. Il était à l'époque à la Recette perceptions municipales de Dakar et il y avait une de mes camarades de promotion qui travaillait avec lui. Et à chaque fois que je tenais mes commissions d'avancement à la Fonction publique, j'appelais ma camarade de promotion pour lui demander de dire à Abdoulaye Diop de m'envoyer ses fiches de notes. C'est pour vous dire que l'on entretenait d'excellentes relations.
Alors, le ministre de Finances est venu chez moi et je l'ai même reçu dans notre appartement privé où se trouve mon mari. Puis, on est redescendu au salon pour discuter en tête-à-tête. Abdoulaye Diop me demande alors comment j'ai fait pour supporter financièrement les frais médicaux de mon mari. Je lui ai fait savoir que j'avais été soutenue financièrement par le président de la République et que j'avais aussi vendu à 4 millions de francs Cfa mon terrain qui se trouve vers Sendou. C'est alors qu'Abdoulaye Diop m'a révélé avoir eu, lui aussi, un terrain dans le même secteur et qu'il a revendu à 40 millions. Tout cela pour ensuite me conseiller, avec insistance, de dénoncer le contrat de vente de mon terrain qu'il pourrait m'aider à revendre à 40 millions ! “Xaccal ma jaayal lako 40 millions !”, qu'il m'a dit. J'ai préféré n'en rien faire.
J'ai décliné son offre au regard de ma position par rapport à la mission qui m'a été confiée. Je ne pouvais pas accepter de faveur de sa part parce que, comme je l'ai déjà dit, je dirige une mission d'inspection sur les chantiers de Thiès dans lesquels le ministre de Finances est naturellement impliqué. J'ai senti qu'il était un peu frustré. Ensuite, on a parlé d'autre chose. Mais, il était devenu peu bavard et ne tardera pas à prendre congé. Avant de partir, il me demande en wolof, parlant des chantiers de Thiès : "Mme Keïta, défal ci affaire-bi yeurmeundé" (soyez beaucoup plus indulgente dans cette affaire). "Ta mission risque d'être compliquée pour nous", avait-il ajouté. J'ai essayé de le rassurer, en lui répondant que je ferai correctement mon travail, car je n'irai jamais au-delà de mes prérogatives et ne porterai jamais du tort à quelqu'un. Et il me dit ceci : "Ok, d'accord, Yow dangay yaxx waxtaan bi (tu gâches la discussion : Ndlr). J'ai voulu le raccompagner, mais il m'a dit : "C'est bon, c'est bon yémalfi (reste-là : Ndlr) au revoir".

Ces propos, je les ai rapportés au chef de l'Etat par la suite quand on a commencé à faire des pressions sur moi. Il n'était pas content, mais je ne pouvais pas faire autrement. Pour le rassurer, je lui fais même savoir qu'il m'arrive de me lever la nuit lorsque je suis sur une mission pour demander au bon Dieu de me guider et de m'assister dans ma tâche. C'est parce qu'une mission de vérification est quelque chose de très difficile, surtout avec nos importants pouvoirs d'investigations ; elle peut porter atteinte à la dignité de quelqu'un, à sa crédibilité et à sa fortune aussi parce que l'Ige a fait payer à des gens des sommes qu'ils ont détournées.

Wal Fadjri : Idrissa Seck et Salif Bâ vous ont-ils, eux aussi, demandé de faire preuve d'indulgence à leur égard dans ce dossier ?

Nafi NGOM KEITA : Ni Idrissa Seck ni Salif Bâ ne m'ont fait cette demande, ni tenté de me corrompre. Au contraire, Salif Bâ, par exemple, nous avions d'excellentes relations et il me demandait souvent des conseils au sujet du Pcrpe. Je me rappelle même que lorsque ma fille devait se marier, c'était en 2002, il m'avait soutenue. Mais il n'a jamais essayé de me corrompre et, pourtant, au regard de nos relations, il pouvait être amené à me demander des faveurs. Mais il ne l'a jamais fait. (A suivre)

Propos recueillis par Amadou DIOUF, Abdourahmane CAMARA et Jean Meïssa DIOP
Walf.sn 21/09/2005
Nafi NGOM KEITA, Chef de mission de vérification des chantiers de Thiès : "Est-ce qu'on ne me tuera pas d'ici à ce que je témoigne devant le juge ?"
(Walfadjiri 22/09/2005)
Sa vie est en danger. Mme Nafi Ngom Keïta en est convaincue. Tout autant que l'Etat qui a jugé nécessaire de mettre à sa disposition une protection rapprochée composée de trois éléments du Gign. Et comme elle pourrait être amenée à témoigner devant la chambre d'instruction de la Haute Cour de justice, elle craint d'être tuée d'ici là, ainsi qu'elle nous l'a confié dans cette deuxième partie de l'entretien qu'elle nous a accordé en exclusivité. Elle y revient aussi sur ses relations avec le ministre de l'Economie et des Finances et apporte un éclairage nouveau sur le niveau de responsabilité de ce dernier dans l'affaire des chantiers de Thiès.

Wal Fadjri : Qu'est-ce qui vous oppose à Abdoulaye Diop ? Y a-t-il même quelque chose qui vous oppose au ministre de l'Economie et des Finances ? )
Nafi Ngom Keïta : Je ne peux pas avoir de problèmes avec Abdoulaye Diop. On a fait croire aux Sénégalais qu'il y avait une brouille entre le ministre des Finances et moi. Ce qui est faux. Premièrement, Abdoulaye Diop est un homme, moi je suis une femme ; on ne se dispute donc pas de femme. Deuxièmement, lui ne dépend que du décret du président de la République alors que, moi, je suis régie par une loi qui me donne une garantie statutaire. Je suis un fonctionnaire hors hiérarchie, j'ai presque les mêmes avantages que les ministres. Je ne peux pas donc avoir de problèmes avec Abdoulaye Diop, on n'évolue pas dans les mêmes sphères. Je ne fais pas de la politique et, par conséquent, ce n'est pas mon adversaire politique. Il disait toujours de moi que je suis sa sœur et appelait mon mari son "goro" (beau-frère : Ndlr). Je vais vous raconter une anecdote. Quand j'étais allée superviser la passation de service entre Abdoulaye Diop et Opa Ndiaye pour ce qui concerne le ministère du Plan qui avait été détaché du ministères de l'Economie des finances, j'étais en train de ranger mes affaires lorsqu'Abdoulaye Diop avait engagé une discusion très sensible avec quelqu'un dont je ne dévoilera pas le nom. Celui avec qui il parlait, lui a signalé ma présence, mais il lui rétorqua en riant : "Qui ? Celle-là ? Mais c'est ma sœur". Pour vous dire qu'on n'a jamais eu de problèmes. Je ne veux pas être ministre, je veux rester inspecteur d'Etat. Je vais vous raconter une autre anecdocte. En 1998, une de mes relations qui sait de quoi je parle, m'a appelée pour me dire que le président Abdou Diouf avait demandé une enquête de moralité sur moi. Ce qui laissait supposer, selon cette source, qu'il avait l'intention de faire de moi un ministre. Je lui ai rétorqué que je n'en voulais pas parce que, comme je représente les femmes à l'Inspection générale d'Etat, je ne voulais quitter ce poste qu'après avoir prouvé par un nombre important de rapports que les Sénégalaises savaient travailler. Je me souviens même que votre journal Wal Fadjri avait alors donné l'information selon laquelle j'avais été reçue dans le bureau du Premier ministre, lors des consultations pour la formation du gouvernement. La nouvelle ayant fait le tour de la ville, j'avais aussitôt décidé d'aller voir le président Abdou Diouf. Avec la courtoisie qui le caractérise, il m'avait accueillie chaleureusement. Après quelques échanges d'urbanités, il me demande si tout allait bien pour moi à l'Ige, avant de me confier qu'il était fier de moi parce qu'il avait vu mes notes qui étaient excellentes. Je l'ai remercié pour cette estime qu'il a pour moi, avant de lui demander de ne jamais faire de moi un ministre parce que je ne veux pas l'être. "Mais qui vous a dit que je veux faire de vous un ministre", me demande-t-il l'air surpris. "Personne, mais je sais que vous avez beaucoup de considération à mon égard et vous êtes capable de faire de moi un ministre alors que je ne veux pas l'être", lui avais-je répondu. Il me rétorqua de ne plus affirmer que je ne veux pas être ministre, mais de dire simplement "pour le moment". Là où je me trouve aussi, je ne veux pas être ministre ni occuper une quelconque autre responsabilité ; je veux rester inspecteur d'Etat. Mais, on essaye de personnaliser le rapport et on m'a ciblée alors que c'est un travail d'équipe. On fait les constatations ensemble, on tire les conclusions ensemble. Le rapport n'est pas celui de Mme Nafi Ngom Keïta. Mais, j'en assume toute la responsabilité morale en ma qualité de chef de mission. )

Wal Fadjri : Vous avez engagé la responsabilité d'Abdoulaye Diop dans les chantiers de Thiès. Mais qu'est-ce qui fait de lui un responsable ? )

Nafi Ngom Keïta : Je n'ai pas engagé sa responsabilité, c'est lui qui a engagé la sienne parce que c'est l'ordonnateur unique et principal du budget de l'Etat. Vous savez que l'ordonnateur du budget de l'Etat, c'était le président de la République. C'est avec les réformes de l'Uemoa que ces compétences ont été confiées au ministre des Finances. Dès le départ, j'ai dit que la mesure n'est pas bonne parce que cela empêche le chef de l'Etat d'avoir un suivi continu de l'exécution du budget. N'empêche, le ministre des Finances est l'ordonnateur principal du budget, c'est-à-dire celui qui donne ordre au comptable de payer une dépense liquidée à la charge de l'Etat. Il peut s'agir d'une dépense de transfert, sans contrepartie donc, comme les virements qui ont été faits au compte du Pcrpe ou une dépense avec contrepartie. Le ministre des Finances donne ordre au comptable et non au ministre du Budget, Adjibou Soumaré. Si la dépense n'était pas effectuée, si l'argent n'était pas sorti des caisses de l'Etat, le Trésor public n'aurait pas subi de dommages. On n'aurait pas parlé de surfacturation. Mais, dans cette chaîne de responsabilités, il y a quelqu'un qui a sorti de l'argent. Dans sa ligne de défense, Abdoulaye Diop et ses proches disent qu'il faut comprendre par ministre des Finances le ministre du Budget. Ce qui n'est pas exact. Adjibou Soumaré n'a jamais participé aux réunions autour des chantiers de Thiès. C'est Abdoulaye Diop qui venait. Le jour où le rapport sera mis dans Internet ou en tout cas porté sur la place publique, vous verrez M. Bara Tall, directeur général des entreprises Jean Lefevbre, parler dans les procès-verbaux d'audition des rénions tenues dans le bureau du Premier ministre avec le ministre de Finances et le ministre du Patrimoine bâti, la Construction et de l'Habitat. Pour revenir à votre question, je vous répète que je ne peux pas engager la responsabilité de quelqu'un. Il faut savoir comment une mission de l'Ige procède pour s'en convaincre. Si, au départ, un inspecteur sent qu'il peut être en situation de conflit d'intérêt dans le cadre d'une mission, il se retire. Ce qui n'a pas été le cas pour aucun membre de la mission sur les chantiers de Thiès. En outre, quand il y a eu une polémique autour des sommes investies à Thiès, on n'a pas pris pour argent comptant ce que le président de la République a dit, bien qu'il soit le supérieur hiérarchique de l'Ige. On est allé faire des investigations. On est allé sur Internet et on a retrouvé un numéro du journal Le Soleil, en date du 20 mai 2003, dans lequel le ministre des Finances déclare que le chef de l'Etat a autorisé 20 milliards de francs Cfa, mais que ce n'est qu'une simple projection qui peut être dépassée. Ce qui signifie qu'il y a eu préméditation au dépassement. Et puis un programme, ce n'est pas n'importe quoi. Un célèbre homme politique disait qu'"un programme, c'est une série d'actions élaborées de manière précise avec l'exposé exhaustif des moyens techniques et financiers pour sa réalisation". Tout le reste n'est que bavardage. )

Wal Fadjri : Quelle est la procédure à suivre pour élaborer un programme comme celui des chantiers de Thiès ? )

Nafi Ngom Keïta : Je ne veux pas entrer dans les détails des chantiers de Thiès par respect du secret de l'instruction. Quand je serai devant le juge, je dirai ce que je dois dire. Parce que ce qui est important, c'est l'intime conviction du juge. Mais il faut que les Sénégalais sachent que l'affaire des chantiers de Thiès n'est pas politique, elle est très claire et très transparente. Cela dit, le chef de l'Etat qui veut doter par exemple une région d'infrastructures en instruit à son Premier ministre qui dit à son ministre des Finances qu'il a envie d'exécuter un programme d'investissament. C'est le ministre des Finances qui doit le diriger. Nous sommes dans un pays démocratique, organisé où il y a des procédures. Celles-ci sont importantes parce qu'elles garantissent la sécurité des transactions. Il faut d'abord évaluer les besoins en infrastructures. Après évaluation, il faut fixer le coût, les moyens techniques et humains, les ressources nécessaires pour leur réalisation. Ensuite, on se fixe des objectifs et un échéancier. Tout cela est ensuite intégré dans le Programme triennal d'investissements. Pour ce qui concerne les chantiers de Thiès, la décision a été prise en 2003. Donc, c'est en 2003 que l'on préparait le programme triennal d'investissements 2004-2006. Il suffisait simplement, après avoir déterminé le coût, de l'intégrer dans ce programme et de le présenter, ensuite, à l'Assemblée nationale pour vote, sous forme de loi de programme. Cette dernière qui est pluri-annuelle, est déclinée chaque année en autorisation de programme, c'est-à-dire en Budget consolidé d'investissement que l'on exécute. Et dans le décret qui organise les attributions du ministère de l'Economie et des Finances, il est clairement dit que c'est lui qui élabore les programmes d'investissements publics. Il lui appartenait, par conséquent, de faire savoir au Premier ministre que le délai était trop court pour réaliser les travaux à Thiès pour 2004, compte tenu de toute la procédure que je viens d'énoncer. Je n'entre pas dans les détails, mais c'est pour vous donner une idée de qui est responsable de quoi. )

Wal Fadjri : A vous entendre, Abdoulaye Diop a laissé faire. )

Nafi Ngom Keïta : Mais bien sûr. Est-ce que même c'est un laisser faire ? C'est une implication directe. Il y a autre chose aussi. On parle de décision de versement pour justifier les transferts de fonds à Thiès. Qu'est-ce que cela veut dire ? Une décision, c'est par essence un acte interne de gestion. Je donne un exemple : Si l'hôpital Aristide Le Dantec qui est sous la tutelle du ministère de la Santé doit recevoir une subvention de ce dernier, on le prévoit dans le budget du ministère de la Santé. C'est le ministre qui est administrateur de crédit, qui prend la décision de verser la subvention à l'entité se trouvant sous tutelle. Mais quand même une décision, c'est un acte interne. Cela ne permet pas de transférer des crédits du ministère de l'Equipement au ministère chargé de la Construction. On est dans quel pays ? On est dans quelle comptabilité ? Je ne souhaite pas entrer dans les détails, mais je veux dire que je n'ai pas impliqué le ministre des Finances, c'est lui qui s'est impliqué. C'est lui qui a l'argent. Dans un pays démocratique, même si les administrateurs de crédit et les ordonnateurs font des erreurs, le comptable qui a une responsabilité personnelle et précunière doit prendre ses responsabilités. L'Etat a un privilège sur ses biens meubles et immeubles. C'est lui qui rembourse après, s'il paie une dépense qui ne doit pas être payée. C'est pourquoi c'est très important d'avoir un comptable public dans le processus de dépense publique et dans le processus de décaissement. A partir de ce moment, il faut comprendre que c'est le ministre des Finances qui a sous son autorité les comptables. Donc, encore une fois, si l'argent n'était pas sorti, il n'y aurait pas eu de problème. Maintenant où se trouve le problème ? Peut-être que c'est pour des raisons que je ne maîtrise pas que l'on veut sauver Abdoulaye Diop. )

Wal Fadjri : Comment une personne aussi impliquée comme vous le dites a pu être laissée libre alors qu'Idrissa Seck et Salif Bâ sont en prison ? )

Nafi Ngom Keïta : Je ne sais pas ! En tout cas, c'est une chaîne de responsabilités. Mais je ne me préoccupe pas de ça. Ce qui m'intéresse, ce sont les conclusions de nos travaux. Pour mes collègues et moi, le rapport, c'est fini ; on a tourné la page. Qu'ils l'exploitent d'une manière ou d'une autre, ce n'est pas notre problème. Cependant, il faut que nos conclusions soient respectées, il ne faut pas nous faire dire ce que l'on n'a pas dit. Le problème est qu'il y a quelqu'un qui a donné des instructions, un autre qui a été Premier ministre qui a une responsabilité et je ne rentre pas dans les détails de comment il est responsable et qu'est-ce qu'il a fait. Encore une fois, c'est une chaîne de responsabilités. Il y a donc un Premier ministre, un ministre des Finances et un ministre de l'Habitat. Salif Bâ est le dernier maillon et il est en prison en même temps qu'Idrissa Seck. Mais apparemment, on veut sauver Abdoulaye Diop. Je ne me préocupe pas des raisons mais qu'il me laisse tranquille, je ne lui ai rien fait. )

Wal Fadjri : Qu'est-ce qu'il vous a fait ? )

Nafi Ngom Keïta : Depuis l'année dernière, ses amis ont fomenté des choses contre moi : l'affaire des billets de La Mecque, l'affaire du terrain... J'ai même subi des pressions. )

Wal Fadjri : Est-ce que vous avez déjà reçu des menaces ? )

Nafi Ngom Keïta : Effectivement ! Et je profite de l'occasion pour attirer l'attention des Sénégalais pour que l'on me laisse tranquille. Je n'ai rien fait, je ne fais que mon travail. Mais ma vie est en danger. J'ai même trouvé un jour les vitres de ma voiture cassées. Mais je ne préoccupe pas tant de ça. Je crois au bon Dieu et je sais que nul ne peut échapper à son destin. Mais, je ne voudrais pas mourir en ayant sur mon dos des choses que l'on m'attribue de manière injuste comme si je traînais des casseroles. Je ne mérite pas tout cela. Mon seul tort est d'avoir accepté cette mission avec mes collègues dans le respect des normes qui régissent notre profession et de notre déontologie. )

Wal Fadjri : Des mesures ont-elles été prises par l'Etat pour assurer votre sécurité ? )

Nafi Ngom Keïta : L'Etat a jugé nécessaire de mettre à ma disposition une protection rapprochée. Je pourrai être amenée à témoigner devant le juge. Mais, est-ce qu'on ne me tuera pas d'ici là ? Je ne sais pas. Je vis dans la dignité et je ne veux pas que l'on mette des mensonges sur mon dos. )

Wal Fadjri : Justement, parlez-nous du terrain qui semble être au centre d'une controverse avec le ministre des Finances ? )

Nafi Ngom Keïta : Je vais vous en parler en apportant les preuves de ce que je dis. En 1996, j'avais formulé une demande de bail, mais cela n'avait pas abouti. En 1998, Macky Sall qui était maire de Guédiawaye (rien à voir avec le Premier ministre) m'avait attribué une parcelle à la cité Fadia. Mais, un jour, j'ai trouvé quelqu'un en train de construire sur cette parcelle. Je n'ai pas bronché parce que je n'ai voulu que l'on pense que j'utilise mon statut d'Ige pour mettre la main sur ce terrain. C'est ainsi que j'ai perdu cette parcelle. En 1999, j'ai refait une autre demande et un an après, il y a eu les élections et l'alternance. Après l'alternance, j'ai rendu visite au ministre Abdoulaye Diop. Dès que je suis entrée dans son bureau, il m'a chaleureusement accueillie en me disant ceci : "Le ministère que j'occupe, il faut considérer que c'est ta place parce que tu m'a beaucoup aidé et soutenu. Je n'ai pas oublié que tu insistais toujours pour que je t'envoie mes fiches de note pour la commission d'avancement". Après quoi, il m'a demandé s'il pouvait faire quelque chose pour moi. Je lui ai répondu que j'avais introduit depuis 1996 pour obtenir un bail, auquel j'avais droit parce que je suis citoyenne, mais en vain. Je l'ai informée que j'avais introduit une dernière demande en 1999 et que j'attendais toujours. Il me demanda de reformuler une autre demande, ce que j'ai fait avant mon départ au Canada en août 2000. Quand je suis revenue du Canada, un inspecteur des impôts m'a appelée pour m'informer qu'il y avait mon nom sur une liste d'acquéreurs de bail au niveau de la zone de captage, mais qu'il ne faut pas que je prenne cette parcelle. Je lui ai répondu qu'un tient vaut deux tu l'auras et que j'allais prendre ce terrain. On m'a ensuite notifié l'attribution par la Commission nationale de contrôle des opérations domaniales d'une parcelle du lot n° 132 au niveau la zone de captage. Je me suis tout de suite occupée des formalités de bail. Je me suite ensuite rendue avec un agent du cadastre sur le terrain, mais on a trouvé quelqu'un en train d'y construire. Après vérification, on apprend que c'est une femme qui travaille au Trésor et qui est en possession d'un second bail, qui effectuait ces travaux. Dès le lendemain, j'ai adressé une lettre au ministre de l'Urbanisme pour attirer son attention et lui demander de saisir la Direction de la surveillance de l'occupation des sols. Cette dernière a convoqué la dame en question. Elle a fourni une lettre, datée de 2002 mais sans numéro, par laquelle elle est attributaire du lot n° 132 de la zone de captage, le même qui m'a été attribué. Mais le bail qu'elle a, est postérieur au mien. Quand les inspecteurs des impôts ont été informés de l'affaire, le directeur de l'Enregistrement, après avoir reconnu l'erreur, m'a appelée pour me proposer une solution technique. Il s'agissait de m'octroyer une autre parcelle sur le même site. J'ai décliné l'offre, en leur faisant savoir que par rapport à la mission qui m'a été confiée, je ne peux pas accepter un tel compromis parce que je ne veux pas que cela soit utilisé demain contre moi. Ils ont insisté en déclarant qu'ils risquent d'avoir des problèmes si je refuse cette solution. J'ai fini par accepter mais, à condition que la proposition me soit notifiée par écrit avec la précision que ce sont leurs services qui ont commis une erreur. Ils ont accepté. Mais malgré tout, j'ai essayé par la suite de proposer le second terrain qu'on a voulu me céder à la dame, mais cette dernière a refusé. Je lui ai même proposé de lui rembourser les dépenses qu'elle y a déjà investies et qui sont évaluées à un million de francs Cfa. Mais rien n'y fait. J'attendais donc la proposition de l'inspection des impôts. Mais, jusqu'au moment où je vous parle, je le jure sur le saint Coran, je n'ai pas encore reçu cette proposition. On m'a même proposé de donner le nom de mon fils pour que l'on lui attribue le terrain, j'ai dit niet. On m'a informé, par la suite, que le ministre des Finances a menacé ses services en leur disant que celui qui régularisera la situation, verra avec lui. C'est même dans l'article que l'on a publié dans le journal Le Témoin. Il y est dit que les services des impôts ont reçu des instructions fermes de la hiérarchie pour envoyer pêtre Mme Keïta. C'est scandaleux. )

Wal Fadjri : Dans la conduite de la mission d'inspection à Thiès, on vous accuse d'avoir pris des experts dont la compétence n'était pas avérée. Que répondez-vous ? )

Nafi Ngom Keïta : Lorsque cette mission m'a été confiée, j'ai dit à mes collègues qu'il est nécessaire de se rattacher les services d'experts compétents dans les domaines routiers, immobiliers, etc. J'avais dit au chef de l'Etat de ne pas nous proposer d'experts et de nous laisser librement en trouver. Mes collègues étaient dans mon bureau quand j'appelais le 12 pour avoir le numéro de l'Ordre national des experts et évaluateurs du Sénégal. J'ai appelé à leur bureau et je suis tombée sur une dame, apparemment la secrétaire, qui m'a mis en contact avec un certain M. Aïdara (vous pouvez l'appeler si vous voulez). Mes collègues et moi lui avons fait part de nos préoccupations quelques jours après dans mon bureau. Nous lui avons exprimé notre souci d'avoir une expertise technique des travaux réalisés à Thiès et qui concerne la voierie, les aménagements paysagers et la construction de bâtiments. Nous leur avons également fourni un certain nombre de critères. Ce sont la compétence, la neutralité et l'absence de conflit d'intérêt. Le Conseil de l'Ordre s'est ensuite réuni pour désigner en toute autonomie six experts qui ont tous des cabinets. Tout cela pour bien mener la mission. A cela s'ajoutent nos pouvoirs d'investigations que le président de la République et le législateur nous ont donné. Dans le décret 89 114 et dans la loi portant statut de l'Ige, celle-ci apprécie la qualité des administrations, les résultats, le fonctionnement, les coûts. Donc, c'est une vérification de performance aussi. En dehors de celle financière et de conformité, il y a une vérification de l'optimisation des ressources, c'est-à-dire voir dans quelle mesure, les biens ont été acquis en quantité et en qualité suffisante. Et dans quelle mesure on a eu pour souci constant l'intérêt supérieur de l'Etat. )

Wal Fadjri : Mais, on vous accuse d'avoir refusé une contre-expertise demandée notamment par Salif Bâ ? )

Nafi Ngom Keïta : Il faut savoir que l'Ige travaille en amont. C'est au juge de décider d'une contre-expertise. )

Wal Fadjri : Il paraît que vous avez passé un sale temps avec vos collègues qui vous auraient reproché la "mauvaise qualité" de votre rapport ? )

Nafi Ngom Keïta : (Rires). Le Sénégal est extraordinaire. Quand le chef de l'Etat a décidé de déclassifier le rapport, j'ai demandé au chef de l'Ige d'informer nos autres collègues parce que je n'aimerais pas qu'ils apprennent la nouvelle à travers la presse. C'était avant que le Premier ministre ne fasse sa sortie au Méridien Président. On a alors tenu une assemblée générale. Il faut noter que cette réunion est pour nous une instance de concertation, de coordination où sont prises les décisions importantes au niveau de l'Ige. A l'Ige, on ne se réunit pas pour critiquer. Ce sont encore des mensonges de dire que mes collègues m'ont brocardée. Vous savez, les gens ont tout fait pour que le chef de l'Etat me retire le dossier. Heureusement que lui me disait toujours qu'il voulait avoir la vérité dans cette affaire. Et puis, avec le président Wade, on n'a pas besoin d'être corrompu. C'est un homme généreux. Même si on n'a pas la probité morale au point d'être tenté par la corruption, on ne peut pas être corrompu. En plus, les Ige sont des fonctionnaires d'élite, nous avons été choisis parmi des millions de Sénégalais. On n'est pas des saints, mais on n'est pas n'importe qui. )

Wal Fadjri : Parlons du rapport de l'Ige sur les chantiers de Thiès. Comment a-t-il été élaboré ? )

Nafi Ngom Keïta : On a entendu dire que le rapport sur les chantiers de Thiès fait 600 pages. C'est plutôt une soixantaine de pages avec beaucoup d'annexes, c'est-à-dire les constations et les preuves. Voilà comment nous travaillons. On élabore un premier rapport que l'on envoie en communication aux intéressés. Après avoir recueilli leurs réponses et observations au terme d'un délai qui nous leur donnons, ils nous retournent le document. Nous formulons ensuite des commentaires sur leurs observations. Tout cela pour permettre à la personne inspectée de vous donner des éléments qui peuvent amener l'Ige à modifier ses premières conclusions. (A suivre)

Propos recueillis par Amadou DIOUF, Abdourahmane CAMARA et Jean Meïssa DIOP

APRES LA SORTIE DE NAFI NGOM KEITA: MENACES DE MORT CONTRE ELLE ET SA FILLE

Nafi NGOM KEITA (Chef de mission de vérification des chantiers de Thiés) : "Un ministre des Finances est un homme de réseaux et il est puissant" (23/09/2005/)
"Nous n'avons fait que notre travail. Qu'on nous protège ! Que l'Etat fonctionne !"
Tel est le cri du cœur lancé par l'inspecteur général d'Etat Nafi Ngom Keïta, dans cette troisième partie de l'entretien qu'elle nous a accordé en exclusivité. Et le chef de la mission de vérification des chantiers de Thiès y revient sur les auditions d'Idrissa Seck devant l'Inspection générale d'Etat, sur la confrontation entre Bara Tall et les experts.
Wal Fadjri : Vous avez déclaré avoir été laissée à vous-même. Vos collègues de l'Ige vous ont-ils, eux-aussi, abandonnée ?
Nafi NGOM KEITA : Je confirme que je suis laissée à moi-même. Mais mes collègues m'ont défendue. Ils ont sorti un communiqué l'année dernière, quand on m'a accusée d'avoir volé des billets pour La Mecque destinés à mes collègues au profit des membres de ma famille. En ce moment, je me trouvais en France avec mon mari pour le faire soigner. Mes collègues ont sorti un communiqué signé par le secrétaire général de la présidence de la République, après une assemblée générale présidée par ce dernier au nom du chef de l'Etat. A l'Ige, nous avons un certain nombre de valeurs organisationnelles. Nous nous entendons bien, nous n'avons aucun problème entre nous. Je suis la seule femme du groupe et mes collègues me font beaucoup confiance. Quelqu'un m'a dit un jour que je suis l'âme de l'Ige. On a dit que mes collègues m'ont fait passer un sale quart d'heure, mais c'est faux, ce sont des mensonges. Ceux qui me présentent comme une dame belliqueuse, méchante, corrompue, répondront devant le bon Dieu de leurs accusations. Ils sont même allés jusqu'à dire que j'ai insulté Idrissa Seck lors de son audition. Moi, je n'insulte même pas mes enfants.
Wal Fadjri : Qu'est-ce qui s'est passé avec Idrissa Seck ?
Nafi NGOM KEITA : Mais on a eu d'excellentes relations. C'est vrai que, lors de son audition, il y a eu une petite brouille. Je n'en parlerai jamais dans les détails tant qu'il gardera le silence sur cette question. Pour moi, c'est un incident dépassé.
Wal Fadjri : Mais qui avait provoqué l'autre ?
Nafi NGOM KEITA : C'était lors de la confrontation que j'avais organisée entre lui et les ministres Abdoulaye Diop et Salif Bâ, dans le cadre de la mission d'inspection sur les chantiers de Thiès. On s'est pris la tête après des propos qu'il a tenus à mon endroit et que j'ai jugés malveillants. Mais, dès le lendemain, Idrissa Seck m'a appelé vers 6 h 30 du matin, alors que je venais tout juste de finir mes prières. Il est tombé sur mon mari et j'ai entendu ce dernier lui dire : "Tu sais, c'est une Sérère, elle n'est pas rancunière", puis il m'a passé le téléphone. Quand je l'ai eu au bout du fil, il s'est excusé et j'ai accepté ses excuses. On a discuté et je lui ai prodigué des conseils. Je lui ai également fait savoir que le travail allait se faire le plus correctement du monde et qu'il n'avait pas à s'inquiéter. "Personne ne nous a dit, personne ne peut nous dire et personne ne nous dira le sens à prendre", lui ai-je dit. On s'est quitté sur une note sympathique. Et depuis ce jour, Idrissa Seck ne m'a jamais manqué de respect. Et quand je lui envoie un rapport, je l'appelle pour l'avertir. C'est par respect à son statut. En fait, nous intervenons d'habitude de manière inopinée. Mais, en ce qui concerne Idrissa Seck, je lui ai adressé une lettre et c'est par respect à son statut d'ancien Premier ministre. C'est ainsi qu'un jour, j'avais vu une des Bulles du journal Le Témoin dans laquelle je faisais l'objet d'attaques. Je pensais qu'il était à l'origine. Je l'avais appelé alors qu'il se trouvait en France pour lui demander des explications. "Je n'ai rien à voir dans cette affaire. J'ai beaucoup de respect pour vous Me Keïta, tous les témoignages sur vous sont concordants. Waxe nani ma dioulite nga, waxe nanie né nite kou yiwe nga (on m'a dit que vous étiez quelqu'une de très pieuse et de très correcte : Ndlr), m'avait-il dit. Je lui ai ensuite fait savoir que si les attaques continuaient, j'allais tenir une conférence de presse. Il me répondit que s'il me venait à l'esprit de tenir une conférence de presse, il serait à mes côtés pour me soutenir. Je profite de cette occasion pour interpeller certains journalistes dont les organes sont utilisés pour m'attaquer. Pourquoi, lorsque des personnes leur disent des choses sur moi, ils ne prennent pas la peine de me contacter pour avoir ma version ?
Wal Fadjri : Vous venez de lever un coin du voile sur les auditions d'Idrissa Seck. Quid de l'interrogatoire de Salif Bâ et d'Abdoulaye Diop ?
Nafi NGOM KEITA : Salif Bâ a été courtois et correct avec moi. Et personne n'a jamais entendu l'ex-ministre de l'Habitat parler de l'Ige. Personne n'a entendu Idrissa Seck dire des choses contre l'Ige. Quant à Abdoulaye Diop, il nous a posé d'énormes problèmes. Il pense que l'Ige doit sortir son nom de cette affaire. Et il y a beaucoup de choses qui se sont passées et que je ne révélerai pas. Depuis un an, ça a été trop dur pour moi. Un ministre des Finances dans un Etat comme le Sénégal est très puissant. C'est un homme de réseaux, il est puissant et il est très fort.
Wal Fadjri : Est-ce que lui ou un de ses proches a fait des pressions sur vous ?
Nafi NGOM KEITA : Effectivement ! Mais, je ne ferai pas de révélations. Un jour, vous saurez la vérité. Et un jour aussi, tout cela sera écrit pour l'histoire. Nous n'avons fait que notre travail. Qu'on nous protège ! Que l'Etat fonctionne !
Wal Fadjri : L'Etat n'a-t-il pas fonctionné sur ce point ?
Nafi NGOM KEITA : Les personnes qui ont eu à gérer des responsabilités à des niveaux élevés de l'Etat ont toujours été protégées. Il y avait des soupapes de sécurité. Mais, pour mon cas, personne ne lève le petit doigt parce que les enjeux sont extraordinaires. C'est comme si on voulait dire à l'Ige : "Taisez-vous, laissez-nous tranquille, on boufffe l'argent du pays. Taisez-vous, vous citoyen sénégalais, on vous manipule, on vous fait avaler ce que nous voulons".
Wal Fadjri : Qui sont ceux qui disent cela ?
Nafi NGOM KEITA : Mais ceux qui ont intérêt à ce que la vérité n'éclate pas au sujet des chantiers de Thiès.
Wal Fadjri : Mais on parle d'enjeux politiques autour de ce dossier. Qu'en est-il ?
Nafi NGOM KEITA : J'ai fait le choix de dire aux Sénégalais : "dimbalilène ma" (au secours : Ndlr), il faut veiller, il faut être vigilant sur cette affaire, c'est de votre argent qu'il s'agit. Il n'y a pas de problème politique dans ce dossier. Rien n'est politique dans cette affaire. Nous avons des faits, des réalités. Il faut publier le rapport de l'Ige sur les chantiers de Thiès.
Wal Fadjri : Parce que, selon vous, le rapport n'est pas encore sorti.
Nafi NGOM KEITA : Le rapport définitif n'est pas encore sorti dans la presse. C'est le pré-rapport que l'on y retrouve. Et des gens en prennent une partie pour régler des problèmes personnels et pour attaquer l'Ige. Pourtant, le rapport définitif a été communiqué à l'Assemblée nationale où tous les présidents de groupes parlementaires en ont reçu copie que je leur ai personnellement envoyée. Dans ce rapport, il y a aussi la note complémentaire, la note de transmission du chef de l'Ige, la fiche analytique.
Wal Fadjri : On parle même de deux rapports.
Nafi NGOM KEITA : Nous avons effectivement produit deux rapports. L'un est daté du 12 janvier 2005 et l'autre est du 7 juin 2005. Ces deux rapports ont été déclassifiés et il appartient au président de la République de les porter à la connaissance de l'opinion. Mais, c'est ce que veulent éviter les gens en disant que c'est une affaire politique. Rien n'est politique dans ce dossier. Il faut noter que les experts aussi ont produit un rapport avec des photos à l'appui. Ils ont travaillé de manière correcte. S'ils ne sont pas compétents, c'est qu'on n'a pas d'experts compétents au Sénégal. Eux-mêmes ont subi des pressions de toutes sortes, mais ils sont restés honnêtes. Mais, ils ne peuvent pas parler. Ils sont, comme les Ige, tenus par l'obligation de réserve. Ils m'ont dit qu'eux aussi attendent d'être devant le juge pour dire ce qu'ils savent dans ce dossier.
Wal Fadjri : On a beaucoup parlé des surfacturations dans les chantiers de Thiès. Qu'en est-il exactement ?
Nafi NGOM KEITA : Lorsque les experts m'ont remis les résultats de leurs travaux, j'ai vu des surfacturations d'un montant invraisemblable. J'ai alors décidé de confronter les experts avec Bara Tall qui, selon eux, a le plus bénéficié de ces surfacturations. La confontation a duré de 11 h à 17 h. Ils ont eu des échanges épiques. A un certain moment, j'étais obligée d'intervenir pour dire aux experts de revoir leur copie et de prendre en considération ce que Bara Tall disait. Mais, ils semblaient estomaqués par certains chiffres et voulaient des explications. Ils ne comprenaient pas que l'on puisse, par exemple, élaguer un arbre pour 500 mille francs Cfa. "Il y a de quoi être bûcheron", ironisaient-ils. Il y a beaucoup de choses qui se passent au niveau des Btp.
Wal Fadjri : Quoi par exemple ?
Nafi NGOM KEITA : Il y a des règles non écrites. Au niveau des Btp, on met les marchés de côté et puis il y a un projet d'exécution entre le maître d'œuvre et l'entrepreneur. (Entre deux soupirs). Il y a trop de choses dans ce rapport. Cela fait trop mal, c'est pourquoi il faut que l'on me liquide.
Wal Fadjri : On ne vous a pas beaucoup entendu parler d'Adjibou Soumaré. Quelle est sa responsabilité dans les chantiers de Thiès ?
Nafi NGOM KEITA : Abdoulaye Diop pense que c'est Adjibou Soumaré qui est responsable et pas lui. C'est un système de défense inélégant et irresponsable. Le décret qui organise le pouvoir du ministre délégué dispose, de manière claire, qu'il n'a pas de pouvoir propre, il exécute les compétences dévolues au ministre de l'Economie et des Finances en son nom et sous sa responsabilité.
Wal Fadjri : Il paraît que l'audition de la société Sattar, citée par Idrissa Seck dans son Cd, a soulevé des vagues. Qu'en est-il ?
Nafi NGOM KEITA : L'ex-Premier ministre Idrissa Seck a parlé de Sattar et cela a bouleversé beaucoup de choses. Il y a quelqu'un qui avait lâché Idrissa Seck, mais dès que ce dernier a parlé de Sattar, il est retourné dans le camp de l'ex-Premier ministre. Ce qu'il faut savoir c'est que, dans notre inspection, on n'a pas ciblé seulement Sattar. Il y a eu des entreprises qui ont été créées à six mois du démarrage des chantiers de Thiès. Elles ont évolué rapidement vers la grande entreprise pour passer, en un temps très court, de Gie à Sarl et même à Holding. Il fallait alors vérifier tout cela et voir aussi les connexions éventuelles et les conflits d'intérêts. Sans viser qui que ce soit. Quand la gendarmerie a commencé l'enquête, les gens sont allés voir le chef de l'Etat pour lui raconter du n'importe quoi sur moi. Ils lui ont dit que c'est Ousmane Tanor Dieng qui m'a amenée à l'Ige. En passant, "Tanor sama thiamigne la" (Tanor est un frère pour moi). Mais, ce n'est pas lui qui m'a fait venir à l'Ige. Personne ne peut aider quelqu'un à accéder à l'Ige, le concours est trop sérieux. Je reviendrai sur mon cursus après, si vous voulez. Ils ont même parlé au chef de l'Etat de mes relations avec le président Abdou Diouf. J'assume mes relations avec le président Diouf à qui je rends visite à chaque fois que je vais en France. Et à mon retour, je dis toujours au président Wade : "Abdou Diouf nouyou nala" (Abdou Diouf te passe son bonjour : ndlr). Quand j'ai réussi au concours d'entrée à l'Ige, le président Diouf m'a félicitée en Conseil des ministres et m'a élevée au grade de commandeur. Je suis la seule, parmi les Ige, à avoir la photo de Diouf dans mon bureau. C'est que j'ai du respect pour le président Wade et pour le président Diouf et j'ai beaucoup d'affection pour les deux. Et je ne m'en cache pas. Mais, je fais aussi mon travail d'Ige dans le respect de la déontologie de la profession, de ma dignité et de mon honorabilité. Ils ont dit aussi au chef de l'Etat que je suis en train de vérifier les conditions dans lesquelles le marché relatif à la construction du siège du Pds a été atribué à Sattar. Cela ne concerne pas ma mission. C'est une affaire privée.
Wal Fadjri : Selon vous, pourquoi Sattar dérange-t-elle autant ?
Nafi NGOM KEITA : Je ne sais pas. Peut-être que l'ex-Premier ministre, Idrissa Seck, vous le dira. Peut-être aussi que l'affaire ne sera jamais approfondie. Mais, il y a des témoignages dans le rapport. C'est pourquoi, je dis que la presse a été manipulée. Attendez que le rapport soit publié. On a parlé de problèmes que l'on aurait avec les inspecteurs du Trésor.
Wal Fadjri : Qu'en est-il ?
Nafi NGOM KEITA : Il faut que les gens arrêtent la diversion. L'Ige n'a aucun problème avec les inspecteurs du Trésor. Ce sont des personnes très sérieuses. Mais, tout cela, c'est de la manipulation. On ne veut pas la vérité dans ces chantiers de Thiès. Je demande simplement aux Sénégalais d'être patients, d'attendre que la justice se prononce et que le rapport sorte. Lorsque l'Ige a fait une sortie publique, les gens se sont étonnés en disant que l'Ige parle, elle révèle des secrets. Un journal a même dit que ces révélations ont scandalisé un inspecteur du Trésor. L'Ige n'a rien révélé. Mais, comme on veut me liquider, mes collègues ont pris ma défense. Nous n'avons envoyé que des signaux. Le jour où on fera des révélations, ce sera la catastrophe. Parce que si quelqu'un fait des transferts, il y a une personne qui lui a donné de l'argent. L'argent n'est pas dans la rue au Sénégal.
Au Sénégal, on avait deux soupapes de sécurité, à savoir la presse et le système maraboutique. Je me demande si tout ça fonctionne bien. Si ça ne fonctionne pas, ça risque de péter.
Wal fadjri : Vous semblez dépitée...
Nafi NGOM KEITA : Quand tout cela va finir, je vais partir. Je vais chercher du travail au niveau des organisations où les gens accepteront qu'on vérifie et qu'on sorte un rapport. Puisqu'on ne parle pas (...), tous les jours, on sortait des affaires qui n'avaient rien à avoir avec la réalité. On a dit qu'il faut créer une cellule de communication, parce que nous sommes dans un monde de communication. Parce qu'il y a une mondialisation de l'information, il faut parler. On ne peut pas se permettre de dire que nous ne sommes pas le Fbi, mais des vérificateurs. Il faut vraiment trouver une solution. On a même proposé que chaque année, l'Ige fasse un rapport d'activité, en mettant les faits saillants, sans dire que telle société a été vérifiée, que telle personne est mise en cause ; on dira simplement voilà ce que c'est l'Ige, voilà les moyens dont nous disposons et voilà comment nous travaillons; les grandes tendances en matière de gouvernance, en matière de réduction des comptes, quelles sont les fautes les plus fréquemment rencontrées. Il n'y a pas de problème à cela.
Wal fadjri : Pourquoi n'avoir pas attendu tout cela ?
Nafi NGOM KEITA : Mais je me trouve dans l'obligation de me défendre. Je le fais la mort dans l'âme, ça me fait mal, mais je n'ai pas le choix ; je défends aussi mon identité. On ne veut rien du tout, on veut rester des Ige, mais qu'on nous laisse tranquille. Mais parce qu'on a sorti un rapport, on nous tue ; on nous dit : "Taisez-vous, on bouffe l'argent du Sénégal ; taisez-vous, il y a des milliards quelque part, on va les récupérer après".
Wal fadjri : Qui dit ça ?
Nafi NGOM KEITA : Ceux qui jettent le discrédit sur l'Ige, ceux qui essaient de me discréditer, de discréditer par voie de conséquence mon institution. En tout cas, j'ai été désignée de manière correcte, avec mes collègues. Nous avons fait le travail ensemble, nous avons fait les constatations ensemble, on faisait des mises en commun, des lectures croisées, on a rédigé le rapport ensemble. J'étais chef de mission et j'ai mené les auditions de toutes les autorités. Les auditions des entreprises ont été faites par mes collègues. Il faut quand même avoir du respect pour mes collègues, ils ne comptent pas pour du beurre. (...) Quand on m'a accusée, ça leur faisait très mal, parce que tout ce qu'on disait de moi, ce n'était pas la vérité. Le président ne nous manipule pas, il ne peut pas nous manipuler (...) On ne fait pas de rapport à la carte. Nous avons fait des rapports objectifs, parce que c'est pour l'éternité. Ce qu'il faut, c'est que le ministre des Finances et ses amis comprennent que je n'ai absolument rien contre lui. On ne peut pas avoir de problèmes parce qu'on n'est pas des adversaires politiques et je ne dépends pas du décret d'un ministre pour me nommer. Ma nomination par le président est liée à ma compétence. Je voudrais que les gens sachent qu'à partir d'aujourd'hui, j'ai constitué un pool d'avocats pour me défendre. Chaque fois que je serai diffamée, je vais les interpeller.
Wal fadjri : Mais qu'est-ce qui s'est passé avec les billets de La Mecque ?
Nafi NGOM KEITA : Je suis leur sœur à l'Ige où j'ai un peu humaniser les rapports. C'est ainsi qu'en tant que femme, j'ai mis quelques tableaux pour embellir ce qu'on appelle "le couloir de la mort". Alors, partant du fait que "la femme a des talents de négociateur", ils m'ont demandé de les aider à avoir des billets pour La Mecque, parce qu'on ne leur en donnait jamais. Je n'en ai même pas parlé au président, mais plutôt avec le ministre d'Etat Kader Sow. Et un jour, il m'a appelé pour m'informer que le président nous avait donné deux billets. Et c'est Pape samba Mboup qui a remis ces deux billets au chef de l'Ige, des billets que nous avons obtenus à partir de mes démarches et à la demande de mes collègues. Quand les billets sont arrivés, on a tenu une assemblée générale. Les gens ont dit qu'il fallait procéder à un tirage au sort. Je n'étais pas partante pour avoir déjà été à La Mecque. Et j'ai demandé à mes collègues qui étaient dans le même cas que moi, ou à ceux qui n'étaient pas prêts, de laisser les autres bénéficier des billets. Ce qu'on a fait. Les attributaires des deux billets seront l'ancien directeur général de la douane et un autre Ige. Quelques jours après, le président m'a appelé pour un dossier. De fil en aiguille au cours des échanges, je lui parlais de mon désir d'envoyer à La Mecque ma tante, la mère d'un frère et de mes sœurs. Alors, il s'est offert de me donner ce billet. Quelques jours plus tard, une personne que je ne connaissais même pas et qui m'avait offert en 2003 un billet pour La Mecque que j'avais décliné, m'a appelé pour proposer à nouveau un billet. Je l'ai accepté pour l'offrir à ma mère. Voilà ce qui s'est passé (...) Je n'ai usurpé le billet de personne. Au contraire, j'ai fait de sorte que mes collègues aient des billets. Ensuite, celui qui m'a offert le second billet a dit poser un acte de foi sans calcul; il ne me connaissait même pas et je ne fais pas de politique. (...) Mais je sais d'où tout cela est parti. Je ne révèlerai pas le nom de mon collègue à partir de qui l'affaire est sortie. Lui, il était de bonne foi quand il disait à quelqu'un : "Mme Keïta a de la chance. D'abord le président lui a donné un billet et puis quelqu'un, il paraît lui en a offert un autre". Et puisqu'il y a des gens que je dérange, on s'est saisi de l'affaire pour me déstabiliser. Je me trouvais alors à Paris. Et on pouvait entendre dans les revues de la presse : "Cette femme qui a pris le billet de tel, elle a volé". Et tout cela a tellement choqué mes enfants. J'ai une fille qui est à l'école d'ingénieur de Rouen. Elle n'est pas allée à l'école ce jour-là. Elle était tellement choquée. Les gens lui disaient : "Votre mère fait les choux gras de la presse".
Wal fadjri : Comment la sage-femme que vous êtes est-elle devenue inspecteur d'Etat ?
Nafi NGOM KEITA : Je suis infirmière diplômée d'Etat. Je travaillais avec Eva Marie Coll Seck. C'est une femme de valeur pour qui j'ai beaucoup de respect. Je suis sortie de l'Ecole des infirmiers d'Etat en 1980. J'ai été affectée d'abord à Saint-Louis. Mame Abdou Abdoul Azize Sy Dabakh à qui je demandais d'intervenir m'a dit (...) d'y aller. J'ai fait à Saint-Louis une année, puis je suis revenue à Dakar. J'ai travaillé aux maladies infectieuses du Chu de Fann avec Eva Marie Coll Seck, que je considérais vraiment comme un modèle de courage de femme, d'abnégation, avec beaucoup d'engagement pour le service. On a travaillé ensemble jusqu'en 1984. Un beau jour, je lui ai dit que je voulais changer de corps, puisque je voulais étudier et je ne pouvais pas devenir médecin. Elle m'a demandé comment. Je lui rétorquais que j'allais apprendre le droit, l'économie, le management. Et c'est ainsi que je m'y suis mise. Bien que je sois alors en état de grossesse, je passais mes journées avec un ami de mon mari qui s'appelle Fallou Diop et un frère avocat pour apprendre le droit sur le tas. J'apprenais aussi l'économie et le management. J'ai fait beaucoup de sacrifices. J'avais un salaire de 60 000 francs comme infirmière. Je faisais un peu du travail noir à l'hôpital Principal où on me payait 92 000 francs. Ça me faisait deux salaires, mais je ne me reposais pas. Je n'avais pas le temps de manger à midi. Je quittais les maladies infectieuses pour aller à l'hôpital Principal faire des remplacements, des gardes. J'ai beaucoup étudié. De sorte qu'au moment où je faisais le concours d'entrée au Cfpa - c'est le cycle B de l'Enam - j'étais bien préparée. J'ai réussi au concours (...) C'est le jour du baptême de ma fille que les résultats du concours sont sortis. Une semaine après la naissance de mon bébé, j'ai commencé les cours au Cfpa. J'ai sacrifié beaucoup de choses. Je n'avais pas le temps d'aller dans des cérémonies familiales. Je suis une infirmière qui arrive au Cfpa où j'ai fait deux ans durant lesquels j'ai tellement travaillé. J'ai fait administration financière, je suis sortie major de cette section. Et quand j'en suis sortie en 1989, je devais aller travailler avant de faire le concours d'entrée à l'Enam. Mais je totalisais quatre ans de service dans la hiérarchie, parce que j'étais déjà infirmière d'Etat. Alors, j'ai décidé faire le concours d'entrée à l'Enam et je l'ai réussi. (...) j'en suis sortie major de toute l'Enam. On était vingt-cinq inspecteurs des impôts, inspecteurs du trésor, inspecteurs des douanes. Je suis major de toute l'Enam en 1992. Au moment où je faisais la première année à l'Enam aussi, je venais d'accoucher, d'une fille encore. C'est pourquoi je demande aux journalistes de me laisser vivre. (FIN)
Propos recueillis par Amadou DIOUF, Abdourahmane CAMARA et Jean Meïssa DIOP
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# Posté le mardi 04 octobre 2005 09:52

Modifié le lundi 10 octobre 2005 09:20

RAPPORT SUR LES CHANTIERS DE THIES: DETOURNEMENTS, SURFACTURATIONS, CONCUSSIONS...

LE GATEAU PARTAGE ENTRE IDY, SALIF BA, ABDOULAYE DIOP ET BARA TALL
Voici en intégralité, le rapport définitif de l'équipe dirigée par Mme Nafy Ngom Keïta sur les chantiers de Thiès. Vous y verrez les preuves de détournement et de surfacturation constatées par les enquêteurs, mais également les sanctions administratives, pénales proposées conformément au délit commis par les auteurs. En réalité, ce sont les enquêteurs mêmes qui ont proposé le Chef de l'Etat en lui remettant le rapport, des sanctions à l'encontre de tous ceux qui sont impliqués. Ils ont proposé à président de la République que Idrissa Seck rembourse 8,099 milliards en compagnie de Bara Tall, et la somme de 17, 984 milliards, avec ses complices en la personne de Salif Bâ et Abdoulaye Diop, le tout pour surfacturation. Bara Tall parton de Jean Lefébvre, les entreprises Bureau des Travaux Publics (Btp) et les cabinets d'études ayant participé à ce scandale ne sont pas exempts de sanctions.
Fiche analytique du rapport n° 14/2005 du 7 juin 2005 (Tome II) : Les recommandations définitives de l'Ige au chef de l'Etat

Grappes de convergences prétexte pour détourner des milliards
Sous le vocable "décision de versement", des milliards de francs Cfa ont été détournés de leur objectif pour donner naissance à ce qu'Idrissa Seck a appelé les "grappes de convergences". Le ministère des Sports comme celui de l'Urbanisme seront ainsi spoliés chacun de 3 milliards de francs Cfa inscrits dans la loi de finances votée par l'Assemblée nationale. Leur contestation de cette mesure n'y changera rien.
CE QU'ON REPROCHE A L'ANCIEN PREMIER MINISTRE

Les poursuites judiciaires
1) - Faire ouvrir une information judiciaire à l'encontre de M. Idrissa Seck, ancien Premier ministre. Il lui est notamment reproché :
- d'avoir initié et ordonné l'exécution par son gouvernement d'un «programme» d'investissements publics de 46 217 166 908 F CFA non défini, non inscrit au Programme triennal d'investissements publics (PTIP) et non autorisé par l'Assemblée nationale, donc fictif car juridiquement inexistant.
- d'avoir également approuvé un marché de 14,847 milliards sans avoir été habilité à cet effet ; ce pouvoir d'approbation étant, au moment des faits, de la compétence du ministre de l'Economie et des Finances. Il s'y ajoute que ledit marché qui est l'objet d'une surfacturation d'un montant de 8,099 milliards, a été conclu suivant la procédure de l'entente directe, en violation du décret n° 2002-550 du 30 mai 2002 portant Code des marchés publics, modifié ;
- d'avoir dépassé de plus de 26 milliards, l'enveloppe financière que Monsieur le Président de la République avait arrêtée à 20 milliards, dans le cadre d'un arbitrage budgétaire.
2) - Inviter l'ancien Premier ministre Idrissa Seck et M. Bara Tall, à procéder au remboursement de la somme de 8,099 milliards, correspondant au montant de la surfacturation, à dire d'experts, du marché de 14,847 milliards adjugé à l'Entreprise Jean Lefébvre et qu'il a approuvé de façon irrégulière et dans des conditions particulières.
ASSAINISSEMENT DU SECTEUR DES BTP (Bâtiments des Travaux Publics)
Les investigations menées dans le cadre de la vérification des «chantiers de Thiès» ont permis de constater la situation de quasi-monopole naturel ou d'oligopole dans laquelle se trouvent aujourd'hui les grandes entreprises qui évoluent dans le secteur des Bâtiments et Travaux Publics (BTP).
En effet, la quasi-systématisation des marchés conclus par entente directe, certaines règles non écrites qui gouvernent le secteur, ainsi que la façon dont les documents d'appel d'offres (DAO) sont rédigés, ont fait de sorte que les petits concurrents, les PME notamment, sont presque exclus de la commande publique dans le secteur des BTP. II en résulte que, même en cas d'appel ouvert à la concurrence, les prix proposés ne sont pas compétitifs pour l'Etat, car résultant pratiquement d'une entente implicite.
SIX (06) ENTREPRISES ONT RAFLE PRESQUE TOUS LES MARCHES
Aujourd'hui, le Sénégal est en chantier avec de grands projets de travaux publics, mais cette situation ne semble profiter qu'à une petite poignée d'opérateurs économiques, comme CSE/SOSETER, JEAN LEFEBVRE, FOUGEROLLE, CDE, EGM BTV, SATTAR, pour l'essentiel. Cette situation, nous semble-t-il, n'est ni économiquement rentable, ni politiquement correct car, les «Grands travaux» doivent pouvoir profiter à tous les acteurs de l'activité économique, en particulier les PME/PMI qu'il faut aider à évoluer vers la «Grande entreprise».
C'est la raison pour laquelle, les vérificateurs proposent l'audit des relations entre l'Etat et les acteurs du secteur des BTP.
En effet, l'Etat devrait procéder à un assainissement du secteur après avoir opéré un audit qui pourrait permettre d'avoir une meilleure lisibilité, dans ce domaine en pleine croissance et qui, chaque année, engloutit plusieurs dizaines de milliards, sans que les résultats positifs escomptés pour l'économie soient atteints,
PROPOSITION
Ordonner un audit des relations contractuelles entre l'Etat et le secteur des BTP, afin d'apprécier avec pertinence, le préjudice financier qui découle des décalages généralement constatés entre les contrats conclus, approuvés et notifiés aux cocontractants de l'Administration, et les projets d'exécution présentés par les entreprises et sur la base desquels s'exécutent les travaux.

SANCTIONS CONTRE LES BUREAUX D'ETUDES, LE GROUPE DE L'INGENIERIE ET DE CONSEIL (Gic) et LE CABINET PATHE GAYE

Les bureaux d'études et de contrôle qui ont fait les études et qui devaient assurer le suivi de l'exécution des travaux, doivent aussi répondre de leurs actes. Ils devront être exclus provisoirement de la commande publique.
Cette proposition de sanction concerne, en particulier, le Groupe d'Ingénierie et de Conseil (GIC) et le Cabinet Pathé Gaye. Le GIC a assuré les études et travaux adjugés à M. Bara Tall, alors que le Cabinet Pathé Gaye avait en charge les plateaux multifonctionnels. En ce qui concerne précisément ces plateaux, l'expertise technique révèle une discordance non justifiée au niveau des coûts pour des ouvrages identiques et une surfacturation de l'ordre de 12 à 43 %.
En effet, alors que le devis confidentiel du maître d'œuvre était de 46 174 350 F H TVA, le plateau le moins cher confié à l'entreprise AFEC a coûté 63 864 218 F H TVA. L'entreprise EGX a facturé un plateau à 85 889 721 F H TVA alors que SOSETRA est à 81 896 751 F H TVA, soit, en valeur relative, des écarts de 38,77 et 86 %, par rapport au devis confidentiel (Consulté le numéro « il est midi » du samedi dernier).
PROPOSITIONS
Ordonner à M. le Premier Ministre, de suspendre pour au moins deux ans, de toute participation à la commande publique, les bureaux d'études et de contrôle adjudicataires des marchés, dans le cadre des travaux réalisés dans la ville de Thiès, à l'occasion de l'organisation de la Fête de l'Indépendance 2004. Il s'agit :
- du Groupe d'Ingénierie et de Conseil (GIC) ;
- du Cabinet Pathé Gaye.
La mauvaise qualité de leurs études et des documents d'appel d'offres, ainsi que l'insuffisance du suivi, ont eu, pour conséquence, des surfacturations de plus de 19 milliards et une qualité douteuse de certains ouvrages. Il s'y ajoute une discordance dans les coûts, pour des ouvrages identiques, ainsi que des écarts importants par rapport au devis confidentiel du maître d'œuvre.

SANCTIONS ADMINISTRATVIES

Le Directeur de la Dette et de l'Investissement (DD1) qui, en sa qualité d'ordonnateur délégué du Budget d'investissement, a opéré les mandatements sur la base de ces décisions, devra répondre de ses actes. Il a également délivré les attestations d'existence de crédits n° 6069 et 6070 du 22 décembre 2003, pour des marchés dont les deuxièmes phases d'exécution n'avaient pas de couverture budgétaire, au moment de leur conclusion.
Les explications qu'il a fournies sur ces constatations à l'occasion de son audition (cf, annexe n°19) n'ont pas convaincu les vérificateurs qui estiment que les fautes qu'il a commises, sont suffisamment graves et doivent être sanctionnées négativement.

CE QU'ON REPROCHE A MAMADOU FAYE DIRECTEUR DE LA DETTE ET DE L'INVESTISSEMENT

Relever de ses fonctions de Directeur de la Dette et de l'Investissement (DDI), M. Mamadou Faye. Il lui est reproché ;
- d'avoir opéré des mandatements au profit du PCRPE, pour un montant de 30 milliards sur la base de décisions de versement signées par des ministres dépensiers ;
- d'avoir délivré des attestations d'existence de crédits alors que le montant de la 2e phase des deux contrats n° 130 et 131 concernés, n'était pas budgétisé.
LES 3 988 227 518 RELEVANT DE LA TVA DISPARUE ?
La vérification des investissements réalisés dans la ville de Thiès dans le cadre de l'organisation de la Fête de l'indépendance 2004, révèle que la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) précomptée par le PCRPE sur les règlements effectués est de 5 203 416 956 F. Sur ce montant, seule la somme de 1 215 189 438 F a été reversée à l'Etat, le reste, soit un montant de 3 988 227 518 F, n'ayant pas encore fait l'objet de reversement comme en atteste l'information financière fournie en annexe 22 du présent rapport.

SALIF BA TENTE DE JUSTIFIER SANS CONVAINCRE

Les explications fournies par le ministre Salif Bâ, alors directeur du PCRPE, n'ont pas convaincu les vérificateurs qui l'ont invité à reverser au Trésor public, la somme ainsi précomptée au titre de ladite TVA et ce, conformément à la loi n° 2004-12 du 6 février 2004 modifiant la loi n° 92-40 du 9 juillet 1992 portant Code général des Impôts.
PROPOSITION
Inviter le ministre Salif Bâ, alors directeur du Projet de construction d'immeubles administratifs et de réhabilitation du patrimoine bâti de l'Etat (PCRPE), à procéder au reversement au Trésor public, de la somme de 3 988 227 518 F, correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) précomptée par le PCRPE sur les règlements effectués au profit des entreprises adjudicataires des marchés publics, au titre des investissements réalisés dans la ville de Thiès dans le cadre de l'organisation de la Fête de l'indépendance 2004 et ce, conformément à la loi n° 2004-12 du 6 février 2004 modifiant la loi n° 92-40 du 9 juillet 1992 portant Code général des Impôts.

SURFACTURATION DE PLUS DE 17 MILLIARDS

La vérification des investissements réalisés dans la ville de Thiès dans le cadre de l'organisation de la fête de l'indépendance 2004 révèle que les travaux de la première phase, sont l'objet d'une surfacturation d'un montant de 17,984 milliards que l'ancien Premier ministre et les ministres chargés respectivement de l'Economie et des Finances et du Patrimoine bâti, de l'Habitat et de la Construction sont invités à rembourser et ce, solidairement.
Toutefois, ce remboursement qui est la compensation du préjudice financier subi par le Trésor public, ne saurait dédouaner les responsables des sanctions administratives, politiques et pénales devant résulter de la gravité des fautes commises.
Cependant, compte tenu du statut de membre du gouvernement actuel de Messieurs Abdoulaye Diop et Salif Bâ, respectivement ministre d'Etat, ministre de l'Economie et des Finances et ministre du Patrimoine bâti, de l'Habitat et de la Construction, les vérificateurs laissent à M. le Président de la République le soin d'apprécier, à leur juste valeur, l'opportunité et la nature des sanctions qui découlent des fautes graves qu'ils ont commises.
Par ailleurs, l'ampleur des surfacturations commande la vérification du patrimoine mobilier et immobilier de l'ancien Premier ministre et de toutes les personnalités impliquées dans ce scandale, afin de se faire une idée plus précise de la destination des fonds éventuellement détournés. C'est pourquoi, compte tenu des délais impartis aux vérificateurs pour le dépôt de leur rapport, ils proposent que la Haute Cour de Justice et la Commission de lutte contre la non transparence, la corruption et la concussion prennent en charge ces investigations complémentaires.

PROPOSITION

ABLAYE DIOP ET SALIF BA ONT EXECUTE DES INSTRUCTIONS DE IDRISSA SECK EN VIOLATION DES NORMES JURIDIQUES

1)- L'ancien Premier ministre Idrissa Seck qui a embarqué notre pays dans ce scandale financier et les ministres Messieurs Abdoulaye Diop et Salif Bâ, respectivement ministres d'Etat, ministre de l'Economie et des Finances et ministre du Patrimoine bâti, de l'Habitat et de la Construction qui ont exécuté ses instructions, sans discernement et en violation des normes juridiques édictées en matière financière et budgétaire, sont invités à rembourser solidairement à l'Etat, la somme de 17,984 milliards, correspondant au montant de la surfacturation.
Toutefois, ce remboursement qui est la compensation du préjudice financier subi par le Trésor public, ne saurait dédouaner les responsables des sanctions administratives, politiques et pénales devant résulter de la gravité des fautes commises. Cependant, compte tenu du statut de membre du gouvernement actuel de Messieurs Abdoulaye Diop et Salif Bâ, respectivement ministre d'Etat, ministre de l'Economie et des Finances et ministre du Parimoine bâti, de l'Habitat et de la Construction, les vérificateurs laissent à M. le Président de la République le soin d'apprécier, à leur juste valeur, l'opportunité et la nature des sanctions qui découlent des fautes graves qu'ils ont commises.
2)- Instruire la Commission de lutte contre la non transparence, la corruption et la concussion, de prendre en charge les investigations complémentaires relatives à la vérification du patrimoine mobilier et immobilier de l'ancien Premier ministre et des membres de son gouvernement impliqués dans ce scandale financier, afin de se faire une idée plus précise de la destination des fonds éventuellement détournés par le biais de la surfacturation. En effet, le délai imparti aux vérificateurs pour les dépôts de leur rapport, n'a pu leur permettre d'effectuer ces investigations.
Inspecteurs généraux d'Etat vérificateurs
Nafy Ngom KEITA (chef de mission) Babacar THIAW (membre) Lamine DIOM (membre) Ordre de mission : N° 57 du 14 juin 2004
Objet : Vérification des investissements réalisés dans la ville de Thiès à l'occasion de la Fête de l'Indépendance 2004
NB : Le titre et les sous-titres, le chapeau sont de la rédaction.



LES MANQUEMENTS CONSTATES PAR L'IGE

J'ai l'honneur de transmettre l'exemplaire n° 1 du rapport n° 14/05 du 7 juin 2005 (Tome II) des Inspecteurs généraux d'Etat Nafy Ngom Keïta, chef de mission, Babacar Thiaw et Lamine Diom, sur la vérification des investissements réalisés dans la ville de Thiès dans le cadre de l'organisation de la Fête de l'Indépendance 2004. Il s'agissait de vérifier notamment le volume des investissements réalisés, les conditions de passation des marchés et d'exécution des travaux. Cette mission comprend donc des aspects législatifs, réglementaires, financiers et techniques. Afin de couvrir ces différents volets, les vérificateurs ont pratiqué la vérification intégrée dans sa triple dimension d'audit financier, de vérification de l'optimisation des ressources et de contrôle de conformité.

L'APPUI DE L'ONEES DANS LES INVESTIGATIONS

En ce qui concerne précisément les aspects techniques relatifs à la voirie, à l'éclairage public, aux aménagements paysagers, etc., l'équipe de vérification s'est attachée les services de six experts inscrits à l'Ordre national des Experts et des Evaluateurs agréés du Sénégal (ONEES) (....)
Les investigations et l'expertise technique effectuées sur l'ensemble des travaux ont permis aux vérificateurs d'aboutir aux principales conclusions ci-après :

CONCLUSION FAITES PAR L'IGE
1 - Le financement et l'exécution par le gouvernement, sur proposition de l'ancien Premier ministre M. Idrissa Seck du Programme d'investissements publics réalisés à Thiès, alors qu'ils n'ont pas été autorisés par l'Assemblée nationale.
2 - En outre, des recentrages budgétaires arbitraires ont été effectués en violation de la réglementation en vigueur.
3 - Le montant global du "programme" qui devait être exécuté en deux phases (avant la Fête et après celle-ci), selon les priorités du maître d'œuvre, est de 46,217 milliards. Ce coût a été corrigé et ramené par les experts à la somme de 26,696 milliards, soit une moins value en valeur absolue de 19,520 milliards et en valeur relative de 42 %.
4 - Les travaux déclarés réalisés avant la Fête de l'Indépendance ont été initialement évalués à 40,618 milliards. Ce montant a été corrigé par les experts et ramené à 22,633 milliards, soit une moins value de 17,984 milliards en valeur absolue et 44,28 % en valeur relative et une surfacturation de 80 %.
5 - Les travaux réellement exécutés sur le terrain, à dire d'experts, se chiffrent à 17 200 880 203 F hors TVA et 20 297 038 639 F TTC.
6 - Les règlements effectués au profit des entreprises et sociétés adjudicataires des marchés, à la date du 5 mai 2005, s'élèvent à 34 111 288 932 F TTC car les vérificateurs ont fait suspendre les paiements, compte tenu de l'ampleur des surfacturations constatées après l'expertise technique d'un échantillon des travaux. Il en résulte des sommes indûment payées, pour un montant de 13 814 250 294 F TTC. Cependant, rapportées aux devis corrigé, celles-ci se chiffrent à 13 963 590 574 FTTC.
7 - La TVA précomptée par le PCRPE sur les règlements effectués, est de 5 203 416 956 F. Sur ce montant, seule la somme de 1 215 189 438 F a été reversée à l'Etat, le reste, soit un montant de 3 988 227 518 F, n'ayant pas encore fait l'objet de reversement.
8 - Tous les marchés (d'un montant global de 46,114 milliards), ont été attribués par entente directe.
9 - Une somme de 102 714498 F a été payée par le PCRPE, pour la démolition d'immeubles administratifs, sans faire l'objet d'un marché public, et sur la commande de la Commune de Thiès.
10 - Les grandes entreprises, notamment Jean Lefebvre, CSE/SOSETER, Fougerolle, CDE, EGM BTV et SATTAR, se partagent 35 624 412 333 F TTC, soit, 77 % de l'enveloppe globale. Jean Lefèbvre, à lui seul, s'est vu adjugé 21 049 475 766 F TTC, soit 46 % du programme global, 52 % du montant de la première phase et près de 60 % du montant affecté aux grandes entreprises.
11 - En ce qui concerne l'exécution des travaux, les experts soulignent avec force des enseignements qui donnent une parfaite illustration sur l'impertinence et la légèreté des choix des décideurs du "programme" des travaux de Thiès.
En guise d'illustration de ces mauvaises options, l'expertise technique en a révélé plusieurs exemples. C'est ainsi que le financement supposé de la Voie de Contournement Nord (VCN) qui représente environ 79 à 80 km de route neuve revêtue de largeur totale de 7 m, aurait pu permettre de réaliser trois (3) fois la route Sindia-Thiès longue de 26 km avec toutes ses contraintes de relief, etc..
Toutes les anomalies constatées ont donné lieu à des mesures de redressement reprises dans la fiche analytique sous forme de propositions de directives soumises à l'approbation du chef de l'Etat.
Le chef de l'Inspection générale d'Etat
Siricondy DIALLO



L'IGE CONSTATE ET PROPOSE AU CHEF DE L'ETAT

PREMIERE CONSTATION

La délocalisation de la célébration de la fête de l'Indépendance 2004 proposée par M. Idrissa Seck, alors Premier ministre, et autorisée par Monsieur le Président de la République, devait permettre de doter la ville de Thiès d'infrastructures socio-économiques nécessaires à son développement. Pour ce faire, Monsieur le Président de la République avait arrêté le montant de l'enveloppe financière à y consacrer, à la somme de 20 milliards.

LES PROJETS D'INVESTISSEMENT DE LA MATRICE D'ACTIONS PRIORITAIRES EXECUTES A LA PLACE DU PROGRAMME DE L'INDEPENDANCE

Le Premier ministre et son Gouvernement qui devaient mettre en œuvre cette volonté du chef de l'Etat, ont finalement conçu et exécuté un programme d'investissements d'un montant de plus de 46 milliards, juridiquement inexistant, parce que non inscrit au Programme triennal d'investissements publics (Ptip) et donc non autorisé par l'Assemblée nationale. Il s'est avéré en définitive que, pour l'essentiel, les travaux retenus n'ont été qu'une reconduction des projets d'investissements de la Matrice d'actions prioritaires que l'équipe municipale de Thiès avait conçue depuis 2002 pour le développement de cette ville. Ainsi, tout s'est passé comme si, saisissant l'opportunité de la préparation de la Fête de l'Indépendance 2004, la commune avait fait endosser par l'Etat son propre programme de développement, au détriment et à l'exclusion des autres localités de la région. Cette situation a été rendue possible du fait du dédoublement fonctionnel de Monsieur Idrissa Seck, alors Premier ministre et maire de la ville de Thiès.

LE DEAL ENTRE IDY ET ABLAYE DIOP
Le ministre Abdoulaye Diop qui, aux termes de l'article premier du décret n° 2004-574 du 30 avril 2004 relatif aux attributions du ministre de l'Economie et des Finances, doit élaborer les programmes pluriannuels d'investissements, a préféré, en l'absence d'autorisation de l'Assemblée nationale, ponctionner de manière unilatérale, sur les crédits d'investissements alloués à certains ministères et autorisés par l'Assemblée nationale pour provoquer des flux de crédits budgétaires orientés sur les chantiers de Thiès. Ces recentrages arbitraires ont été effectués au mépris de la réglementation et de l'autorisation parlementaire. En effet, des décisions ministérielles de versement ont été prises en lieu et place de décrets signés par le président de la République, autorisant une migration des crédits rendue nécessaire par le caractère improvisé et fictif du «programme». Il en est ainsi de la décision n"3566/MHC/DC du 31.03.2004, autorisant le versement de la somme de 15 milliards dans le compte du Pcrpe ouvert dans les livres de la Bicis.
Il s'est donc agi d'un montage financier autoritaire et illégal de la part de M. Abdoulaye Diop, sur instruction de M. Idrissa Seck alors Premier ministre.
Le Premier ministre Idrissa Seck, chef du gouvernement, le ministre de l'Economie et des Finances qui a assuré le montage financier de l'opération et le ministre Salif Bâ qui, à travers le Pcrpe, a exécuté ce «Programme» d'investissements fictif, ont ainsi posé des actes graves engageant leur responsabilité politique et administrative. L'ancien Premier ministre dit lui-même assumer cette responsabilité politique (voir réponse de l'intéressé).
Il s'y ajoute le lourd préjudice financier causé au Trésor public, par la conclusion et l'approbation de marchés publics d'un montant de 15 086 333 527 (quinze milliards quatre vingt six millions trois cent trente trois mille cinq cent vingt sept francs), sans couverture budgétaire (faute punie par l'article 49 de la loi organique n° 99-70 du 17 février 1999 sur la Cour des Comptes). Il leur est également reproché d'avoir conclu et approuvé des marchés administratifs d'un montant de 46 217 166 901 F Ttc, sur la base d'un «programme» d'investissements publics juridiquement inexistant parce que non autorisé par l'Assemblée nationale. (pages 17 à 26).
Dans cette affaire, l'antériorité des crédits par rapport à la manifestation au ras du sol des besoins, n'a pas été pour favoriser une rationalisation des dépenses dans un cadre cohérent et harmonieux.
A l'arrivée, au lieu que les besoins inspirent les dépenses, c'est plutôt la disponibilité financière annoncée à l'avance qui a motivé l'inscription tous azimuts de projets destinés à capter des rentes qui leur sont préexistantes.
PROPOSITION N° 1
Compte tenu du statut d'ancien Premier ministre de Monsieur Idrissa Seck et de la qualité de membres du gouvernement de Messieurs Abdoulaye Diop et Salif Bâ, il appartient à Monsieur le Président de la République d'apprécier les conséquences juridiques et politiques à tirer de la situation décrite à la constatation n° 1.

DEUXIEME CONSTATION :
IDY ET ABLAYE ABUSENT D'UN DECRET
Le 3 octobre 2003, Monsieur ldrissa Seck, alors Premier ministre, a approuvé un marché administratif d'un montant de 14847280358 F (quatorze milliards huit cent quarante sept millions deux cent quatre vingt mille trois cent cinquante huit francs), conclu par entente directe et adjugé à l'entreprise Jean Lefèbvre, alors qu'il n'était plus habilité à le faire puisque le décret n° 2003701 du 26 septembre 2003 modifiant le Code des marchés publics, transférait cette compétence au ministre de l'Economie et des Finances. Ledit décret à l'initiative de M. Idrissa Seck avait été publié le jour même de sa signature.
Ce marché a été examiné en urgence par la Commission nationale des contrats de l'Administration (CNCA) en une séance extraordinaire dans l'après-midi du 03 octobre 2003. Les membres présents avaient été convoqués par téléphone et le marché leur avait été présenté séance tenante (cf. Pv d'audition du président de la CNCA).
Dans cette affaire, la CNCA a également failli à sa mission de conseil et de contrôle des contrats de l'Administration, car elle n'a jamais exigé une attestation d'existence de crédits. Son président invoque l'urgence et le fait que le Premier ministre voulait qu'il en fût ainsi. Ce comportement laxiste de la CNCA est dénoncé de manière récurrente dans les rapports de vérification des corps et organes de contrôles et les sanctions proposées dans ce sens doivent être appliquées.

LE TASK FORCE LOGE AU PCRPE LAISSE FAIRE
C'est pourquoi, les vérificateurs avaient réitéré la proposition de sanction à travers la mise en œuvre de la directive n° 3 issue du rapport n° 43/2000 du 29 mai 2000, qui ordonnait de relever le président de la CNCA de ses fonctions et de renouveler ses membres (page 39). Cependant, la fiche d'exécution de cette directive ayant finalement été élaborée, la proposition concernant le président de la CNCA devient sans objet.
Les membres de la «Task force» qui ont assuré la direction technique de toutes les opérations relatives à la préparation et à l'exécution des marchés administratifs, n'ont pas géré de manière optimale les intérêts de l'Etat. Ainsi, par leur légèreté, ils ont permis plusieurs errements ayant provoqué d'énormes préjudices au détriment de l'Etat.

PROPOSITION N°2
1)- Déférer devant la Commission nationale de lutte contre la non transparence, la corruption et la concussion M. Idrissa Seck, ancien Premier ministre. Il lui est reproché d'avoir approuvé, sans y avoir été habilité, un marché de plus de 14 milliards conclu par entente directe et adjugé à l'entreprise Jean Lefèbvre ;

CES COMPLICES SERONT-ILS DEFERES ?
2)- Déférer devant la Chambre de discipline financière de la Cour des Comptes les personnes après, membres de la «Task Force» :
- Ibrahima Abdou Nguett, Directeur de la Construction, coordonnateur;
- Moustapha Coly, Ingénieur Electro-mécanicien ;
- Ousmane Cissokho, Ingénieur Génie civil.
Il leur est reproché, dans le cadre de la préparatoire de l'exécution des marchés publics, de n'avoir pas tenu compte des intérêts de l'Etat. Ainsi, la mauvaise qualité des documents d'appel d'offres (cahier des charges, cahier des clauses administratives, etc.) a ouvert la porte à toutes les dérives constatées, notamment des erreurs de calcul, des surfacturations, le défaut de clauses contractuelles relatives aux pénalités à infliger aux entreprises en cas de retard dans l'exécution du marché, etc. A tout cela s'ajoutent le défaut suivi et de contrôle des activités des bureaux d'études et de contrôle, ainsi que la mauvaise qualité de certains ouvrages.
3)- Renouveler les deux tiers des membres de la CNCA ;
4)- Créer les commissions spécialisées prévues à l'article 223 du Code des marchés publics,
5)- Nommer à la CNCA un greffier qui sera chargé d'établir tous les procès-verbaux des séances de la Commission En attendant, inviter le Secrétaire permanent à tenir tous les procès-verbaux de réunion de Commission.

TROISIEME CONSTATION
La décision politique de délocaliser l'organisation de la Fête de l'Indépendance 2004 n'a pas fait l'objet de planification. Même si l'idée est en soi pertinente, en ce qu'elle offre l'opportunité de doter les régions des infrastructures de base nécessaires à leur développement économique et social, elle devait cependant faire l'objet d'une bonne planification stratégique.
Les programmes à venir devront concerner plusieurs régions par année de sorte que l'exécution du plan stratégique se déroule en cinq ans au maximum tout en assurant la couverture des onze régions (page 44).
PROPOSITION N° 3
Le Président de la République ordonnera au Premier ministre, l'élaboration d'un plan stratégique de délocalisation de la Fête de l'Indépendance dans les onze réglons Le plan stratégique sera précédé d'une évaluation des besoins en infrastructures de chaque région. Ce plan qui sera chiffré et inscrit au PTIP sera décliné en programmes d'investissements qui dépasseront le cadre d'un seule région, pour regrouper deux ou trois d'elles, dans un souci de rationalisation et d'harmonisation des opérations, au regard de l'indice de pauvreté et de sous-équipement constaté.

QUATRIEME CONSTATION
Les travaux de vérification ont permis de constater que les dépenses afférentes au «programme» d'investissements réalisés à Thiès dans le cadre de la Fête de l'Indépendance 2004, ont été exécutées sans l'intervention d'un comptable public, celle du Payeur général du Trésor se limitant à l'approvisionnement en fonds au profit du compte ouvert par le Projet de construction d'immeubles administratifs et de réhabilitation du patrimoine bâti de l'Etat (PCRPE) , ce denier étant chargé d'effectuer directement les règlements en faveur des sociétés et entreprises co-contractantes de l'administration.
Dans ce système, nous avons constaté que les chèques sont signés par le ministre Salif Bâ, en sa qualité de directeur de l'agence. M. Bâ n'étant pas comptable public, n'est donc pas habilité à manipuler les fonds publics.
Au demeurant, il faut souligner que, si l'érection de certaines directions opérationnelles en agences est en soi louable pour des raisons d'efficacité et d'efficience, il reste entendu qu'il urge de mettre de l'ordre dans leur fonctionnement, en créant un cadre juridique harmonisé de référence à l'instar des entreprises du secteur parapublic. Dans le cas des travaux de Thiès, l'inexistence juridique du «programme», l'absence d'autorisation parlementaire ainsi que la non intervention d'un comptable public dans la procédure d'exécution des dépenses fondent l'incontestabilité d'une gestion de fait avec «longue main» que seule la Cour des Comptes pourra confirmer, le cas échéant. (page 45)
PROPOSITION N° 4
Ordonner au Premier ministre la création d'un comité de réflexion chargé de proposer un cadre juridique harmonisé relatif à l'organisation et au fonctionnement des agences publiques.

CINQUIEME CONSTATION
Pour assurer la bonne tenue des ouvrages de la Place Centrale vis-à-vis des sollicitations de tous ordres liées à leur exploitation, il faudra, selon les experts chargés d'évaluer la qualité technique des travaux, prendre certaines mesures correctives (pages 49 et 50).
PROPOSITION N° 5
Monsieur le Président de la République ordonnera la fermeture au public de l'Agora et de la Galerie d'exposition de la Place centrale de Thiès jusqu'à la prise en charge effective par l'entrepreneur de mesures correctives édictées par les experts évaluateurs.
A dires d'experts, il s'agira de :
- commettre un bureau de contrôle agréé pour systématiser la vérification de la conformité de l'ossature porteuse dimensionnée et visée, la mission ayant noté des malfaçons d'ordre structural ;
- demander au bureau de contrôle de vérifier l'épaisseur des voiles en béton armé et la constitution de la dalle du plancher haut galerie ;
- demander à l'entreprise de renforcer la dalle du sol sous jacent au revêtement en granite qui présente des désordres en plusieurs endroits ;
- demander à l'entreprise de procéder au remplacement des spots de sol cassés et à penser à mettre en place un dispositif pouvant améliorer la tenue de ces luminaires.

SIXIEME CONSTATION
Les investigations menées dans le cadre de la vérification des investissements réalisés à Thiès en vue de l'organisation de la Fête de l'Indépendance 2004 ont révélé que les cabinets adjudicataires des marchés d'études conclus par le PCRPE, sont aussi ceux-là mêmes que la commune de Thiès avait recrutés en 2002, pour la réalisation de la Matrice d'actions prioritaires, qui est un vaste programme d'investissements à l'initiative du maire. Les travaux de Thiès ayant porté, pour l'essentiel, sur les investissements prévus dans cette Matrice d'actions prioritaires, nous nous sommes posé des questions auxquelles le maire devait apporter des réponses.
Ces questions sont les suivantes :
Les études réalisées en 2002 ont-elles été «réchauffées» en 2003, étant donné qu'elles concernaient pratiquement les mêmes infrastructures ? La commune de Thiès avait-elle déjà payé les travaux réalisés à l'époque ? Le dédoublement fonctionnel de Monsieur Idrissa Seck, alors Premier ministre et Maire de la commune de Thiès, devait-il lui donner l'opportunité de cautionner le détournement irrégulier et autoritaire des objectifs du Programme triennal d'Investissements publics (PTIP) destiné à toutes les régions du Sénégal, au profit de sa seule ville ?
Le maire n'ayant pas répondu à ces questions, les vérificateurs proposent qu'une mission de l'IGE soit diligentée à la commune de Thiès pour faire la lumière sur ces affaires, mais également sur le sort qui a été réservé au matériel et au mobilier de bureau extraits des bâtiments administratifs démolis.
PROPOSITION N° 6
Le Président de la République ordonnera une mission de l'Inspection générale d'Etat à la commune de Thiès pour élucider les conditions dans lesquelles, le Projet de construction d'immeubles administratifs et de réhabilitation du patrimoine bâti de l'Etat (PCRPE) a pu adjuger, aux cabinets d'urbanisme et d'architecture, les marchés d'études conclus dans le cadre de l'organisation de la Fête de l'Indépendance 2004, alors que ce sont ceux-là mêmes que la commune de Thiès avait recrutés en 2002, pour la réalisation de sa Matrice d'actions prioritaires. Les travaux de Thiès ayant porté, pour l'essentiel, sur les investissements prévus dans cette Matrice d'actions prioritaires, les vérificateurs veulent savoir si la commune avait procédé au règlement de leurs honoraires et si ce sont les mêmes études que lesdits cabinets ont présentées au PCRPE, en vue de la Fête de l'Indépendance 2004 1
Il s'agira non seulement de faire la lumière sur ces questions, mais également, de renseigner sur le sort réservé au matériel et au mobilier de bureau extraits des bâtiments administratifs démolis.

SEPTIEME CONSTATION
L'Etat a conclu deux marchés de travaux de voirie intitulés «Travaux de construction et de réhabilitation des voiries du Programme de Travaux préparatoires de la Fête de l'Indépendance 2004 à Thiès» d'un montant de 5 323 336 880 F TTC avec le groupement d'entreprises CSE/SOSETER et de 5 375 763 864 F TTC avec les entreprises représentées par FOUGEROLLE.
Les projets concernés étaient répartis en deux groupes de travaux. La première phase des travaux devait être achevée avant la fête de l'Indépendance. Le démarrage des travaux, objet de la 2e phase, était prévu respectivement dès après la Fête de l'Indépendance pour CSE/SOSETER et à partir du 15 avril 2004 pour Fougerolles.
Les deux contrats ayant été approuvés, notifiés et enregistrés, il y a .lieu d'éviter de pénaliser ces entreprises pour des fautes auxquelles elles sont étrangères. Ainsi, tout en préservant ses intérêts, l'Etat ne saurait asphyxier le secteur privé, en refusant de payer, si le service est fait, sous le prétexte que les personnes qui l'ont représenté au contrat l'auraient irrégulièrement engagé. Dans ces conditions, et au cas où la pertinence de la poursuite des travaux n'était pas avérée, l'Etat pourrait engager des négociations avec les entreprises concernées, en vue d'un règlement à l'amiable du préjudice qui pourrait résulter de la remise en cause par lui de ses engagements contractuels.
Si la pertinence de la poursuite des travaux était avérée, Monsieur le Président de la République ordonnera l'inscription des crédits nécessaires à l'apurement des dépenses résultant des deuxièmes phases des contrats conclus avec lesdites entreprises (pages 24 il 27 et note complémentaire)
PROPOSITION N° 7
1)- Pour décider de la poursuite ou de l'arrêt des chantiers, Monsieur le Président de la République ordonnera au Premier ministre de faire évaluer la pertinence de la réalisation en faveur de la Commune de Thiès de la deuxième phase des travaux objet des marchés n° 130 et 131 conclus respectivement avec les entreprises CSE/S0SETER et Fougerolle
2)- Dans le cas où cette pertinence n'était pas avérée, le Premier ministre engagera des négociations avec les entreprises concernées, en vue d'un règlement à l'amiable du préjudice qui pourrait résulter de la remise en cause par l'Etat de ses engagements contractuels. Ces négociations devront aboutir à un avenant aux deux contra,s adjugés aux entreprises CSE/SOSETER et Fougerolle, limitant les montants au prorata des travaux effectivement réalisés, à dires d'experts.
3)- Dans le cas d'une pertinence avérée de la poursuite des travaux prévus en deux phases et attribués aux entreprises CSE/SOSETER et Fougerolle, Monsieur le Président de la République ordonnera l'inscription de la somme de 5 598 598 053 F TTC, représentant les crédits nécessaires à l'apurement des dépense résultant des deuxièmes phases des contrats conclus avec lesdites entreprises. Cette inscription pourrait intervenir dans le prochain budget, ou dans une 1oi finances rectificatives.

Les Ige interpellent le Premier ministre Macky Sall
HUITIEME CONSTATION
Les résultats de l'expertise portant sur la Voie de contournement nord, la place centrale, le stade Lat Dior et le complexe Amitié ont révélé des écarts très importants entre les coûts réels des travaux et les prix facturés par les entreprises chargés de les exécuter.
Il est donc impératif, en attendant la fin de l'expertise, de suspendre les paiements effectués au profit des entreprises adjudicataires des marchés conclus dans le cadre de l'organisation de la Fête de l'Indépendance 2.004. (pages 47, 48 et 50)
PROPOSITION N° 8
Compte tenu de l'ampleur des surfacturations constatées révélées par le rapport d'expert, Monsieur le Premier Ministre ordonnera au ministre l'Economie et des Finances et au Directeur du Projet de construction d'immeubles administratIfs et de réhabilitation du patrimoine bâti de l'Etat (PCRPE) de suspendre jusqu'à nouvel ordre, les paiement effectués au profit des entreprises adjudicataire des marchés conclus dans le cadre l'organisation de la Fête de l'Indépendance 2004

NEUVIEME CONSTATION
Le décret n° 2002-550 du 30 mai 2002 portant Code des marchés publics, modifié par le décret n° 2003701 du 26 septembre 2003, désigne nommément le ministre de l'Economie et des Finances comme l'autorité compétente pour approuver tout marché public conclu au nom de l'Etat, d'un montant supérieur à 100 millions et inférieur à 300 millions, si ces marchés ont reçu au préalable l'avis favorable de la CNCA. En conséquence, cette approbation qui reste une condition substantielle de validité du marché, ne peut être donnée que par lui-même ou par une personne régulièrement déléguée par lui. Dans ce dernier cas, la signature du délégataire doit être précédée de la mention «Pour le ministre de l'Economie et des Finances et par délégation».
Dans le cas des marchés d'études et de travaux de Thiès, c'est le directeur de cabinet du ministre délégué chargé du Budget qui a procédé aux approbations, non pas au nom du ministre de l'Economie et des Finances, mais à celui du ministre délégué, ce qui est manifestement irrégulier. L'irrégularité ainsi constatée, est imputable au ministre de l'Economie et des Finances à qui le Code des marchés confère des pouvoirs propres, mais qui ont été exercés par une personne qui, bien qu'agissant pour le compte de son ministère, n'a pas été habilitée à cet effet.
Il est donc impératif que le ministre de l'Economie et des Finances exerce ses pouvoirs d'approbation ou, à défaut, délègue sa signature à toute personne investie de sa confiance. (pages 20 et 21 de la note complémentaire)
PROPOSITION N° 9
Le Premier ministre ordonnera au ministre l'Economie et des Finances d'exercer ses pouvoirs d'approbation des marchés publics, conformément aux dispositions du décret n° 2002-550 du 30 mai 2002 portant Code des marchés publics, modifié.
Toutefois, si le ministre de l'Economie et des Finances estime devoir déléguer sa signature au ministre délégué, chargé du Budget ou à toute autre personne investie de sa confiance, la signature du délégataire devra être précédée de la mention «Pour le ministre de l'Economie et des Finances et par délégation»

Les recommandations faites à Abdoulaye Diop et Salif Bâ
DIXIEME CONSTATATION
La balance entre les virements du Trésor et les règlements effectués par le PCRPE, laisse apparaître un surplus de 125 941 414 F, résultant de la différence entre le montant global des paiements et celui des approvisionnements effectués par le Payeur général du Trésor.
Ce décalage est supporté par le PCRPE qui, pour ce faire, a mis à contribution ses «propres ressources». Interpellé, le Ministre Salif Bâ invoque l'unité de caisse pour procéder ainsi. Or, la règle de l'unité de caisse ne saurait être invoquée ici, par une personne qui n'a pas la qualité de comptable public, pour justifier la violation délibérée de la règle de spécialisation des crédits ou des fonds de financements de projets spécifiques
Par ailleurs, les paiements globaux indifférenciés effectués par le PCRPE n'ont pas permis aux vérificateurs de faire les rapprochements comptables entre les règlements effectués et les ouvrages concernés, du point de vue de leurs niveaux effectifs de réalisation.
Ces manquements regrettables justifient la nomination d'un comptable public au PCRPE. Un tel comptable aurait sans doute veillé à ce que le dossier de liquidation qui lui est présenté aux fins de règlement, fût conforme à la réglementation avec, en particulier, toutes les mentions de liquidation et de certification du «service fait» apposées sur la facture définitive en plus de toutes les pièces justificatives requises. (pages 54 et 55)
PROPOSITION N° 10
1) - Le ministre de l'Economie et des Finances relation avec le ministre du Patrimoine bâti, de Construction et de l'Habitat devra détacher un comptable public auprès du PCRPE :
2) - Le ministre du Patrimoine bâti, de la Construction et de l'Habitat est invité à revenir à l'orthodoxie dans le cadre de la gestion de la trésorerie du PCRPE. Il devra, en particulier, éviter d'opérer des règlements en violation de la règle de spécialisation des crédits et des fonds destinés à des projets spécifiques.
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# Posté le mardi 04 octobre 2005 10:00

Modifié le lundi 18 juin 2007 07:26

CHANTIERS DE THIES: Un scandale d'Etat

CHANTIERS DE THIES: Un scandale d'Etat (Nouvel Horizon du 06 au 12 octobre 2005)

On l'a cru un dossier béton, mais l'affaire des chantiers de Thiès pourrait bien avoir le destin d'un château de cartes. Dans sa conception, son exécution et sa prise en charge par la justice, le dossier a tout d'un gros scandale d'Etat. De sa tare congénitale à ses ramifications et conséquences politiques, visite guidée de chantiers à problèmes.
Au commencement, étaient l'improvisation, la précipitation, le pilotage à vue et des entorses graves aux règles les plus élémentaires de programmation. A l'arrivée, il y a un scandale gros comme le Sénégal en a rarement connu.

Estimés dans un premier temps à 20 milliards, puis à 25 avec l'onction toute généreuse du président de la République, les fameux chantiers affichent au final un coût global oscillant entre 40 milliards selon le ministère de l'Economie et des Finances et 46 milliards d'après l'Inspection générale d'Etat (IGE). Mais n'est-ce pas assez surprenant que cette guerre des chiffres entre deux structures relevant de l'Etat, voire du président de la République, car Abdoulaye Diop n'est rien moins qu'un ministre d'Etat alors que l'IGE dépend directement de la présidence où elle est d'ailleurs logée. Hélas, ce n'est pas là la seule bizarrerie des chantiers de Thiès.

Le président Wade, connu pour son esprit particulièrement fécond, a sans doute eu une idée géniale en décidant de décentraliser les festivités marquant le défilé du 4 avril en vue de doter toutes les capitales régionales d'infrastructures. Seulement, sa trouvaille, pour généreuse qu'elle est, a eu le défaut d'avoir été prise au pied levé. Pourquoi donc le choix de Thiès qui n'est sûrement pas la moins dotée en infrastructures des capitales régionales ? Que l'ancien Premier ministre, Idrissa Seck ne croit surtout pas avoir convaincu grand monde sur son altruisme qui l'aurait poussé à proposer " le choix de Kolda en premier " au détriment de la ville dont il est le maire. Le choix de sa ville était sans doute éminemment politique. Tout comme l'empressement à sortir une nouvelle ville de terre à moins d'un an de la fête de l'indépendance 2004 ne pouvait avoir que des motivations politiciennes. Pourquoi avoir en effet confondu à ce point vitesse et précipitation au risque de se retrouver avec " un montage financier et autoritaire ", ainsi que l'a relevé la mission de contrôle dirigée par l'Ige Nafi Ngom Keïta ? C'est là apparemment que gît l'os dans ces fameux chantiers de Thiès. Car, en les engageant sur ces bases, le gouvernement s'engageait de plain-pied sur un sentier sinueux, voire scabreux. L'attachement quasi atavique du régime Sopi à ce mode de gestion sinon informel, du moins pas toujours en phase avec l'orthodoxie administrative, ne pouvait que faire le lit de dérives dont on mesure aujourd'hui toutes les conséquences. Aussi, s'est-on permis toutes les entorses aux règles de bonne gouvernance pour des travaux qu'il était beaucoup plus judicieux, et surtout plus sécurisant, de présenter devant la représentation parlementaire afin qu'ils soient discutés et intégrés dans le vote du projet de budget 2005. Mais que non ! L'on a plutôt préféré donner carte blanche à Salif Bâ, en sa qualité de Directeur du Pcrpe pour l'ouverture de deux comptes bancaires à la Bicis, l'un au nom du Pcrpe et le second au titre des " Equipements et travaux Indépendance ". Le premier alimenté par le robinet du Trésor public avant de fournir, à son tour et comme dans un système de vase communicant, le second destiné au financement des chantiers. C'est par ce raccourci plutôt commode que la bagatelle de 31 milliards destinés au Programme triennal d'investissement public (Ptip 2002-2004) ont été détournés de leurs objectifs initiaux pour servir d'allocations budgétaires aux chantiers de Thiès. C'est donc par cette procédure qualifiée de " décision de versement " que ces crédits votés et affectés à des emplois précis par l'Assemblée nationale ont été finalement dépensés par les chantiers de Thiès. Et sous prétexte que, devant l'urgence, l'on ne pouvait s'embarrasser ni de la lourdeur bureaucratique, encore moins des lenteurs administratives.

Les chantiers de toutes les dérives

Seulement, pour commode qu'il puisse être, ce raccourci comportait aussi de gros risques ou qu'on n'a pas pu, ou qu'on n'a pas voulu, s'éviter.

Car, après que les montants des travaux étaient arrêtés à 31 milliards dégagés par la loi de finance 2004, à savoir 25 milliards d'allocations spécifiquement destinés aux chantiers de Thiès et 6 milliards d'inscriptions dans les budgets des ministères techniques, on trouvera le moyen de gonfler l'enveloppe. Celle-ci sera en définitive de 40 milliards d'après une loi rectificative votée en fin octobre 2004 et qui a permis l'octroi de crédits supplémentaires de 9 ,1 milliards. Un rajout à propos duquel le grand argentier de l'Etat s'est voulu formel dans ses explications à l'IGE : " Je tiens à vous préciser que ce montant de 9,1 milliards n'a été porté à ma connaissance que le 28 mars 2004 lors d'une réunion convoquée par l'ancien Premier ministre, et j'ai refusé de les prendre en charge ", dira ainsi Abdoulaye Diop à l'équipe conduite par Nafi Ngom Keïta. Puis de préciser : " le président de la République m'a demandé dans le cadre d'une mission au siège du FMI et de Banque Mondiale de négocier l'inscription du montant de 9,1 milliards. Lorsque je lui ai rendu compte des résultats positifs de ma mission, il m'a félicité ". Ainsi, étaient donc financés les chantiers de Thiès. Des milliards que l'on engloutissait aussi allègrement dans ces travaux d'Hercule, comme s'il ne s'agissait pas de deniers publics dont il fallait absolument s'assurer du bon usage. Quand donc 6 milliards se perdent entre les calculettes du ministre des Finances et de l'IGE, on ne doit en toute logique s'en étonner. Mais quand Idrissa Seck, dans le premier Cd qu'il a fait diffuser après son interpellation par la DIC, laisse entendre qu'il comparerait plus tard " les investissements des chantiers de Thiès à l'argent de poche du président, chèque par chèque ", il y a tout lieu de croire qu'on en ignore plus qu'on en sait sur les entorses aux règles de bonne gouvernance.

Cette façon de financer les chantiers de Thiès en brassant des milliards en ne se souciant que peu ou prou de leur bonne utilisation a sans aucun doute fait le lit des surfacturations. Même si, comme tente de le faire accroire l'IGE, il est difficilement imaginable que la somme délictueuse se chiffre à plus de 17 milliards pour un coût global avoisinant les 40 milliards. Il est aussi évident que ce laxisme sans précédent a largement profité aux entreprises. Il y avait manifestement beaucoup d'argent à distribuer par brassées et tous les moyens étaient bons pour se saisir de la manne. D'autant que les autorités en voulant coûte que coûte achever les travaux dans des délais pas raisonnables du tout ont été jusqu'à faire des facilités sans précédent aux entreprises soumissionnaires. Ainsi, selon un entrepreneur bien au fait des chantiers, car adjudicataire d'un marché, l'ex-ministre de l'Habitat, de la Construction et du patrimoine bâti a même eu à signer des lettres de recommandation auprès des banques de la place et en faveur d'entreprises soumissionnaires pour leur faciliter l'accès au crédit en donnant tous les gages de décaissement de la part de l'Etat. Mieux, l'Etat se serait même engagé à supporter le taux de majoration de 2% en cas de retard de remboursement. Du jamais vu en matière de marchés publics ! Mais, il y a surtout que l'Etat ne peut s'engager sur des dépenses sans que celles-ci ne soient dûment budgétisées. Ce dont les autorités n'avaient cure. La preuve, la différence de 6 milliards que le Ministre de l'Economie et des Finances n'entend pas comptabiliser alors qu'ailleurs on s'était précipité à engager des travaux

En atteste la réponse plutôt empruntée du président de la Commission nationale des contrats de l'administration (Cnca) à la question de l'IGE sur l'existence ou non d'un document portant existence d'une couverture budgétaire relatifs aux chantiers de Thiès. " Non. Lorsque nous l'avons constaté et réclamé, il nous a été présenté une lettre du ministère des Finances indiquant les crédits dans le budget 2004 ", a indiqué le patron du Cnca aux vérificateurs de l'IGE. Et de poursuivre : " compte tenu des circonstances d'une part et d'autre part que les entreprises (...) acceptant de démarrer sans l'existence de crédits et de pré financer les travaux, il était impératif de ne pas attendre et que l'autorité supérieure, le Premier ministre n'attendait que l'avis de la Cnca pour approuver le marché ". C'est simplement effarant.
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# Posté le mardi 04 octobre 2005 10:05

Modifié le vendredi 07 octobre 2005 10:52

TOUS LES ARTICLES DE PRESSE SUR LES CHANTIERS DE THIES 9

TOUS LES ARTICLES DE PRESSE SUR LES CHANTIERS DE THIES 9
Ces entrepreneurs qui ont sacrifié Idy... pour éviter d'aller en prison !
(Il est MIDI 27/07/2005)

A présent que le contenu du rapport de l'Ige sur la grosse arnaque financière de Thiès est dans le domaine public, il est devenu clair comme l'eau de roche que sur les 80 entreprises qui avaient en charge l'exécution des chantiers de la Cité du Rail, 29 se sont révélées fictives. Elles n'étaient inscrites ni au RC (registre de commerce) ni au Niti (Numéro d'immatriculation aux taxes indirectes) ni au Ninea (Numéro d'identification des entreprises et associations) pour pouvoir légalement compétir dans des marchés publics. Ces soi-disant sociétés ne disposent pour tout contact, sur leur facture, que d'un numéro de téléphone portable, qui renvoie à une boite vocale.
Le plus cocasse restera toujours le cas du président de la Communauté rurale de Sangalkam, Oumar Guèye, ami intime de l'ex-Pm Idrissa Seck, qui s'est vu adjuger, au gré à gré, un marché de plus de 2 milliards de francs, portant sur l'électrification de la grande avenue qui longe la Place de France. Le hic, c'est que cet affidé du Maire de Thiès, qui compte un "toureudo" de l'ex-Pm Idrissa Seck Guèye dans sa progéniture, a crée sa "société" après adjudication du marché !
Mais, il y a plus intéressant. Nous avons tous souvenance du célèbre défi que le Maire détourneur de Thiès avait lancé à la face du monde, lors de sa conférence de presse du vendredi 15 juillet dernier : "Jusqu'à l'extinction du soleil, prévu dans 5 milliards d'années"... Prenant, comme d'habitude, les Sénégalais pour des demeurés, Idy a cru pouvoir se blanchir par la magie du jeu de mots. En effet, nombre d'observateurs auront remarqué que « Raspoutine Seck » n'a pas dit « qu'il n'a pas détourné », mais que personne ("jusqu'à l'extinction du soleil") ne pourra « prouver qu'il a détourné ». La nuance est de taille !
Mais, manque de pot pour Idy, des chefs d'entreprises pris la main dans le sac, en flagrant délit de "deal" avec « Idy Ndioublang », n'ayant plus rien à perdre, parce qu'étant certain de ne plus pouvoir rentrer dans leurs fonds (le chef de l'Etat ayant demandé, depuis avril dernier, au Trésor public de bloquer les paiements, mais surtout en raison de l'illégalité du statut de leur "société" ), ont été obligés, pour ne pas aller en taule, de "coopérer". A l'instar de ces mafiosis italiens repentis, se confessant auprès du juge Falcon, pour sauver leur peau.
Ils ont en effet produit des "éléments" attestant des ristournes financières (en liquides, bien sûr) qu'ils ont du consentir à ce corrompu de "Ndamal Kadior" pour se voir attribuer des parts de marchés à Thiès. Ces entrepreneurs ont fait état d'enregistrements audio, très compromettants pour Ngorsi Seck, qui pense prétentieusement, comme d'habitude, qu'il est le seul à pouvoir tirer profit des performances des Ntic. Comme ces nouveaux modèles de téléphones portables enregistreurs, ultra-sensibles, qu'il vous suffit de laisser allumer dans la poche de votre veste, pour pouvoir enregistrer clairement, pendant une demie heure, une conversation cru avec votre vis à vis ! D'ailleurs c'est la méthode que Idrissa Seck utilisait pour enregistrer ses conversations avec le Président Abdoulaye Wade lorsqu'il était son Directeur de Cabinet. Des enregistrements qu'il s'empressait par la suite d'aller soumettre à certains ambassadeurs d'Europe et d'Amérique.
Certains entrepreneurs prévoyants avaient du voir la "bombe" venir, et ont pris quelques précautions. C'est tout. Car, au vu de leur situation critique, c'ést "lui" (Idy) ou eux. Alors autant que se soit "Ndioublang Seck". C'est aussi clair que soleil dont l'extinction ne dépend plus de Dieu mais de Idrissa Seck le seul être humain qui ne fût pas conçu à partir de spermatozoïde et qui ne sera jamais un cadavre.
Ndiogou Wack Seck et Mamadou Moustapha Guèye

Grappes de convergence : Le détournement d'un concept

Macky Sall a donné hier sa propre lecture du concept des “grappes de convergence”, dont Idrissa Seck a toujours affirmé qu'elles ont été à la base du financement de la plus grande partie des travaux de Thiès 2004.
Le chef du gouvernement a rappelé que cette notion «est un outil de planification qui n'a de sens que dans le cadre d'une démarche planifiée». Il reconnaît que ce moyen d'utilisation des ressources de l'Etat, «permet de rendre visible l'action du gouvernement en faveur d'une localité, par la convergence planifiée et autorisée des actions d'investissement public». Cependant, se livrant à un exercice politicien, Macky Sall a voulu noyer son nouvel adversaire du même parti en faisant appel aux frustrations des populations délaissées du Sénégal.
Il a cité pour cela, des programmes destinés à d'autres parties du territoire, dont les ressources ont été détournées pour servir les programmes de Thiès, en priorité. Il s'agit, pour citer le Premier ministre, des ressources du ministère de l'Urbanisme et de l'Aménagement du territoire, dont «des ressources d'un montant de 3 milliards de francs Cfa, initialement destinées à la réalisation d'une Zone d'aménagement concerté ou Zac à Tivaouane, ainsi qu'à l'aménagement de 6100 parcelles en faveur des coopératives d'enseignants». Il ajoutera que des localités comme Oussouye, Bignona, Matam, Vélingara, Sédhiou, Koungheul, Fatick, Gossas, Ziguinchor, Saint-Louis et Louga n'ont pu avoir certaines infrastructures parce que les ressources destinées à ces travaux ont été détournées sur Thiès. Pour M. Sall, «dans le cas d'espèce, le concept a été dévoyé pour servir de prétexte à un détournement autoritaire et illégal des crédits initialement autorisés par l'Assemblée nationale dans le Bci 2004».
Si ces travaux n'ont pas été réalisés, la faute n'en incombe pas nécessairement à M. Seck. Les «grappes de convergence», le Premier ministre le sait mieux que quiconque, sont d'abord un détournement d'objectif. Elles entraînent de sacrifier momentanément un programme d'une localité, pour réaliser en priorité un ou plusieurs objectifs urgents dans une autre partie du territoire national. L'idée étant qu'une fois votés, les moyens qui devaient servir à réaliser les structures dont la construction a été précipitée, seront retournés dans les localités qui avaient été lésées à une certaine période. Ainsi, par exemple, s'il a fallu sacrifier 6100 parcelles viabilisées pour réhabiliter la Place de France à Thiès, les fonds qui auraient dû servir à ce dernier projet ne devant être libérés que dans deux ans, une fois dégagés, devraient pouvoir être destinés au projet qui avait été gelé. Pour dire que si les «grappes de convergence» en viennent à retarder certains travaux dans certaines régions du pays, elles ne les annulent, ni ne mènent à leur oubli.
mgueye@lequotidien.sn

CHANTIERS DE THIES - Le ministre de l'Economie et des Finances à l'Assemblée : Interpellé, Abdoulaye Diop fait le muet

Les députés l'ont interpellé sur son implication dans les chantiers de Thiès, mais Abdoulaye Diop ne répliquera pas, se contentant de répondre aux autres questions qui lui ont été posées. Comme un cheveu dans la soupe, l'affaire des chantiers de Thiès est entrée dans les débats de la plénière sur la note d'orientation budgétaire pour l'année 2006. Me Abdoulaye Babou de l'Alliance des forces du progrès (Afp) sera le premier a interpellé le ministre d'Etat, ministre de l'Economie et des Finances, Abdoulaye Diop, sur cette question. «Les orientations budgétaires doivent se ressentir dans le panier de la ménagère. Vous ne parviendrez pas à vos objectifs tant qu'il n'y a pas la bonne gouvernance, et tant que l'investisseur aura peur. Le Sénégal est convié à un débat public, un vindict populaire de l'affaire sur les chantiers de Thiès.
Le pays est en ébullition. Parlons des chantiers, car vous-même êtes interpellés, est-ce là un bon critère de bonne gouvernance ? Personne ne sait où l'on va dans ce pays», soutient le député. Pourtant ce sujet a été bien évité par les parlementaires du Groupe Libéral et démocratique qui, pour une fois, ne semblaient pas vouloir en parler. Même si Mbaye Ndiaye, député-maire des Parcelles Assainies, a voulu faire un peu de digression sur l'intrusion de Me Babou. Le maire des Parcelles Assainies va définir «la démocratie comme étant l'acceptation des règles et le fait pour vous de refuser de participer au débat de clarification n'honore pas l'opposition qui manque de perspicacité». Quant à Mme Aminata Mbengue Ndiaye, elle va accentuer son intervention sur le bon niveau de recouvrement des recettes fiscales. «Mais il n'y a pas de transparence dans les marchés publics. Les chantiers de Thiès nous ont fait oublier le Cœur de ville de Kaolack qui s'est affaissé et l'on parle de présence de djinns, c'est la même chose pour le lycée de Ziguinchor. Il faut bien regarder si ce sont les djinns ou si c'est seulement un manque de compétence. Les marchés de grés à grés devraient être exceptionnels, mais ils sont devenus légaux.» Là ou Khalifa Sall soutient que le ministre n'est pas favorisé par le contexte, de telle sorte qu'on se pose des questions sur la réalisation de ses projections. sakane@lequotidien.sn Safiétou KAne

Chantiers de Thiès: Le Fisc traque les entrepreneurs mauvais payeurs (l'OFFice 27/07/2005)

Il a fallu que l'ex-Premier ministre soit mis sous mandat de dépôt par la doyenne des juges, Seynabou Ndiaye Diakhaté, pour que les impôts s'intéressent à l'affaire des chantiers de Thiès. En effet, les révélations de l'Ige ont montré des entorses graves à la passation des marchés publics. Ainsi des entreprises bénéficiaires ont tordu le règlement en ne versant pas à l'Etat les impôts dus après avoir reçu les sommes destinées à l'exécution des travaux. Après avoir neutralisé Idrissa Seck qui est tombé dans son propre piège en sortant de sa réserve après une année d'hibernation, suite à l'intervention de Abdoulaye Wade au Cices. Les choses se sont accélérées, avant que l'ex-Premier ministre ne se retrouve à Rebeuss. L'Etat s'est lancé aux trousses des entrepreneurs bénéficiaires de marchés, sur les chantiers de la ville de Thiès. En effet, dans ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Idrissa Seck, le seul fait qui vaille d'être posé est celui des chantiers de Thiès, dont le pactole est estimé à 46 milliards de francs Cfa, selon le président de la République et 40 milliards, selon Idrissa Seck. En effet, quel que soit le montant exact de cette somme, 30 milliards ont été effectivement décaissés ; mais jusqu'à présent aucune taxe n'a été versée aux Impôts, révèlent des sources du ministère de l'Economie et des finances. À la suite de ce constat, les limiers des impôts, beaucoup plus fins en matière d'enquêtes financières que ceux de la police, se sont lancés aux trousses des entreprises pour rentrer dans leurs fonds. Face aux premières conclusions de leur travail d'investigation, les enquêteurs ont été surpris du non-versement des taxes au fisc. Ils ne comprennent pas les conditions dans lesquelles une telle somme a été décaissée. Ainsi, un agent du service des impôts souligne " nous ne comprenons pas que de telles sommes soient décaissées sans pour autant que ces entreprises délivrent un quitus.» Car, selon le code des marchés publics, toute entreprise soumissionnaire dans un marché public doit déposer un quitus, qui prouve qu'il ne doit rien aux impôts. Et quand on sait qu'une quarantaine d'entreprises, selon le rapport de l'Inspection générale d'Etat, ont bénéficié de marchés sur la base d'une sous-traitance et de gré à gré... Les inspecteurs des impôts seront obligés de se retourner contre l'entreprise mère, Jean Lefèvre de Bara Tall, seule bénéficiaire des 17 milliards de la somme globale de 25 milliards autorisés. Cette entreprise a toute la latitude de sous facturer ou de surfacturer les marchés attribués. Et quand on sait les ramifications que cela peut avoir, l'Etat du Sénégal se découvre doublement pénalisé, à la fin des enquêtes des agents des impôts. Encore qu'une bonne partie des entreprises soumissionnaires n'existent qu'à travers le téléphone portable. Et toujours d'après nos sources proches du ministère de l'Economie et des Finances, du saupoudrage a été fait autour de l'attribution des marchés des chantiers de Thiès. Le président Wade, qui a été mis au courant de cette nébuleuse, serait dans tous ses états, lorsque le processus d'enrichissement des mis en cause lui a été expliqué. Lui qui déclare que toucher aux deniers publics relève du crime. En effet, il avait même convoqué les commerçants du secteur informel pour leur demander d'honorer leurs impôts. Aujourd'hui, des sociétés formellement constituées essaient de berner le fisc D'ailleurs, Bara Tall, patron de l'entreprise Jean Lefèvre, qui est considéré comme la clef devant éclairer cette nébuleuse des chantiers de Thiès ( avec 17 milliards, il est le plus gros bénéficiare des marchés de la ville de Thiès ) est convoqué de nouveau par la Division des investigations criminelles pour de plus amples explications. Lui comme plusieurs chefs d'entreprises sont interdits de sortie du territoire national, en attendant que toute la lumière soit faite sur le dossier des chantiers de Thiès. Une fois le dossier des chantiers de Thiès épluché, Idrissa ne devrait pas être, en toute logique, le seul à payer pour ce détournement. Car forcément, ses complices seront aussi bien dénichés dans le gouvernement que chez les entrepreneurs bénéficiaires des gros marchés. Affaire à suivre. Moustapha Sow
Ces preuves qui enfoncent Idrissa Seck (Il est MIDI 27/07/2005)
Tout simplement sommé de s'expliquer sur le gap important existant entre les montants publiquement déclarés à l'opinion publique sur les travaux de Thiès 2004 et ceux évalués par les six experts indépendants commis par l'Etat à des fins d'évaluation, M. Idrissa Seck s'est depuis perdu dans la déclamation d'antiques versets et autres psaumes secrets. Serait-il un psychopathe maboule ayant véritablement perdu toute sa raison malgré les apparences, comme le soutiennent mordicus certains observateurs de la chose publique ?...En tous cas si la rhétorique et la phraséologie constituaient des éléments probants de conviction, jamais Socrate, grand maître antique de la maïeutique n'aurait bu la ciguë. Dans l'article suivant, foisonnent des preuves qui enfoncent irrémédiablement l'ex Premier Ministre du «Gaal ». Du fonds de sa cellule, il continue toujours à clamer son innocence. Seulement, comment ne pas accorder crédit au travail de vérification et d'évaluation entrepris par six experts indépendants et désignés par leur Ordre?...
« Je ne voudrais pas laisser à ma progéniture et à la postérité une image de voleur !...Fouineront-ils jusqu'à l'extinction du soleil prévu dans 5 milliards d'années, qu'ils ne trouveront une seule preuve contre Idrissa Seck !... », voilà, ce que n'a eu de cesse de ressasser à l'opinion publique nationale l'ex Premier Ministre du Sénégal depuis qu'il a été interpellé, mis en examen et déféré à Rebeuss pour les délits d'atteinte à la sûreté de l'Etat et à la défense nationale. Quid des chantiers de Thiès dont ses avocats et certains « politichiens » s'empressent de clamer que jusqu'ici on a rien eu à lui reprocher puisque n'ayant rien trouvé en une dizaine de jours d'investigation et de garde à vue. Que nenni !...
Tout d'abord, commençons par dire que dans l'Affaire le concernant, s'il ( Idy) a raison, c'est que les six experts indépendants inscrits à l'Ordre national des Experts et évaluateurs agréés du Sénégal mentent tous et mènent les Sénégalais en bateau. Venons-en à la violation du cadrage fixé par le Chef de l'Etat et aux graves irrégularités relevées dans le processus de conclusion des marchés liés aux investissements du programme d'infrastructures « Thiès 2004 ».
Surfacturations...
Sur la première phase correspondant aux travaux devant intervenir avant le 4 avril 2004, pour des engagements d'un montant global de 40.618.568848 f cfa, le coût réel des travaux a été évalué par les experts à 22.633.730.608 f cfa, soit une surfacturation de 17.984838.241 f cfa. Pour le financement « supposé » de la voie de contournement nord(Vcn) qui aurait coûté 9 milliards f cfa et qui est d'une longueur de 10,6 km f cfa, les experts ont déclaré qu'ils représentent environ le coût de réalisation d'une route neuve de 79 voire 80 km revêtue, d'une largeur totale de 7m ou même un tronçon de 72 km avec des contraintes de relief tels ceux existant entre Sindia et Thiès. Idem pour l'Aménagement paysager englobant des travaux tels ; la place centrale de Thiès, l'Avenue Caen etc estimés à 2.945.000.000 f cfa. A ce niveau aussi, les experts ont trouvé qu'il y avait une surfacturation. Ils ont déclaré qu'avec le montant avancé, on aurait pu construire une cité de 200 logements F-3 sur un terrain entièrement viabilisé et une dizaine d'ouvrages hydrauliques villageoise à raison de 75Millions f cfa. C'est à dire : forage+puits+mini château d'eau. Pour ce qui concerne l'éclairage public, une rubrique estimée par les « entrepreneurs « d'Idy à 1.43.000.000 voire 986.271.325 f cfa, les experts ont encore affirmé qu'on aurait pu construire pour ce montant deux maternités entièrement équipées. Selon toujours les experts vérificateurs délégués par l'Inspection générale d'Etat, le marché relatif aux travaux de la Voie de contournement nord (Vcn) d'un coût de 14.847.280.358 f cfa a été conclu de gré à gré et approuvé irrégulièrement le 3 octobre 2003 par l'ex Premier ministre. Et, ce, en violation des dispositions du Code des marchés publics et du Règlement général sur le comptabilité publique...
Dévoiement du concept «Grappes de convergence»
A en croire toujours les experts délégués par l'Ige : « bien qu'étant absent du droit budgétaire et financier sénégalais, le concept grappes de convergence est un outil de planification donc, il n'a de sens que dans le cadre d'une démarche planifiée. Utilisé à bon escient, il permet de rendre visible l'action d'un Gouvernement en faveur d'une localité, par la convergence planifiée et autorisée des actions d'investissement public... », mais, selon eux, dans le cas des chantiers de Thiès : « il a servi de prétexte à un détournement autoritaire et illégal des crédits initialement autorisés par l'Assemblée Nationale dans le budget consolidé d'investissement (BCI) 2004, pour financer des programmes d'investissements destinés à d'autres régions !... ». Poursuivant, les experts relèvent que c'est : « ainsi que 3 milliards f cfa destinés à la réalisation d'une Zone d'Aménagement concertée (Zac) à Tivaouane et 6100 parcelles en faveur des coopératives d'enseignants ont été reversés d'autorité au « Programme Thiès 2004 ». Idem de 3 autres milliards ponctionnés d'autorité sur les dotations inscrites au budget d'investissement consolidé 2004 du Ministère des Sports. Ils étaient prévus pour la construction de plusieurs infrastructures sportives dans 11 localités du territoire...
Modus opérandi et dispositif des détournements opérés
L'article 15 de la loi organique relative aux lois de finances dit que : « les virements de crédits conduisent à modifier la nature de la dépense prévue par la loi de finances. Ils sont autorisés par décret pris sur le rapport du Ministre chargé des finances ». A en croire les experts de l'Ige : « Pour contourner le Président de la République, le stratagème utilisé pour opérer la migration des crédits budgétaires votés et affectés à des emplois précis par l'Assemblée Nationale, vers d'autres destinations liées aux travaux de Thiès, a reposé essentiellement sur la technique de la « décision de versement ». A les en croire toujours : « Ce dispositif a été sciemment mis en place pour substituer aux décrets de virements de crédits normalement soumis à la signature du Chef de l'Etat, des décisions de versements signées au niveau ministériel !... ».
Enfin, voilà, comment on a pu passer d'une enveloppe initialement fixée par le Président de la République à 20Milliards à 46.217.166.908 f cfa s'en qu'il en soit informé.
En conclusion, d'après tout ce qui précède et qui est fort accablant, il est maintenant difficile d'absoudre l'ex -Premier Ministre sans y réfléchir deux fois.
Abdel Karim AIDARA

Réactions... Réactions... Réactions...
Après la communication, devant un parterre d'invités, sur le rapport de l'Inspection générale d'Etat (Ige) sur les chantiers de Thiès, hier, par le Premier ministre, les réactions n'ont pas tardé. De tous bords et de toutes sensibilités. Certaines enfonçant l'ex-Pm, d'autres récusant les accusations. Entre ces différentes réactions, il y a celles qui ont seulement pris acte. Attendant d'avoir des éléments de plus.
MAMOUR CISSE, Sg du Psd/Jant-Bi «Qu'on ne politise pas cette affaire, qu'on la dépassionne» «C'est un discours empreint de sérénité qu'a tenu le Premier ministre. J'ai surtout retenu sa conclusion : force doit rester à la loi. Qu'on ne politise pas cette affaire, qu'on la dépassionne. J'ai apprécié qu'il n'y ait pas eu de commentaire, de jugement, d'appréciation. Il nous appartiendra maintenant de digérer tout cela. Tant qu'il n'y a pas condamnation, il y a la présomption d'innocence consacrée par la Constitution. Deuxièmement, je pense que c'est aller trop vite en besogne que de parler maintenant d'accusation. Ce qui nous importe et du reste à tous les Sénégalais, c'est un éclairage sur les chantiers de Thiès. Le fait d'avoir déclassifié ce dossier, c'est dans un souci de bonne gouvernance. Maintenant tout le monde aura à apprécier. Mais je pense que la balle appartiendra aussi aux députés pour apprécier et voir la suite à réserver à tout cela.»
ME OUSMANE SEYE, avocat de la Cour «L'ex-Premier ministre sera mis en accusation avec ses complices» «J'ai été effrayé à la lecture de ce rapport, parce que j'ai relevé tous les délits du Code pénal. Il y a du faux, de l'usage de faux, de l'escroquerie, de l'enrichissement illicite, et je crois que c'est vraiment un acte d'accusation, s'il est lu devant l'Assemblée nationale. Si les députés, représentant le peuple sénégalais, se soucient des Sénégalais, l'ex-Premier ministre sera mis en accusation avec ses complices. Et je le précise, parce qu'il y a quand même des complicités dans cette affaire.
Je crois aujourd'hui que M. le Premier ministre n'a pas rendu public ce rapport pour rien du tout, et je crois que c'est pour saisir l'Assemblée nationale et déclencher la procédure de mise en accusation de l'ex-Premier ministre et de ses complices devant la Haute Cour de Justice.»
DOUDOU SARR, Sg de l'Urd/Fal «C'est aujourd'hui que démarre la communication gouvernementale» «Le gouvernement, par l'intermédiaire du Premier ministre, nous donne sa position sur un travail technique qui a été fait par l'Inspection générale d'Etat (Ige). C'est la position du gouvernement, c'est son droit, mais aussi son devoir d'avoir sa position sur le rapport de l'Ige. Car ce rapport sera diffusé puisqu'il vient d'être déclassifié. C'est à partir de ce moment que chaque citoyen de notre pays se fera un devoir de se forger son opinion. A partir des faits irréfutables qui auront été soumis à son appréciation.
Il se trouve que je connais l'Ige, et lorsqu'elle qualifie un fait, elle en produit d'abord tous les composants, tous les éléments constitutifs, pour en démontrer la matérialité. Je n'ai pas vu le rapport, mais je peux présumer que si l'Ige a qualifié des faits, elle a soumis à notre attention les éléments matériels, lui permettant de les qualifier ainsi. Je pense que le gouvernement a dû constater qu'il y a de sa part un incommensurable déficit de communication. On peut dire que c'est l'autre partie, Idrissa Seck et ses amis, qui a communiqué pendant plus de douze mois. C'est aujourd'hui que démarre la communication gouvernementale. C'est un exercice de communication et il faut le considérer comme tel.»
MODY GUIRO, Sg de la Cnts «J'ai écouté et j'ai pris acte» «Le Premier ministre nous a fait lecture de la synthèse du rapport. Le Premier ministre lui-même n'a pas tiré de conclusion. Ce que je puis dire, c'est que je prends acte de ce qu'il nous a dit. Maintenant, je partage l'avis qu'il a donné, c'est de laisser la justice faire son travail. Nous pensons que nous sommes dans un Etat de droit, la justice saura faire son travail correctement en respectant le droit, et l'Etat de droit. Je ne peux pas faire de commentaire. J'ai écouté et je prends acte c'est tout.»
Me DOUDOU NDOYE, avocat du Collectif de défense d'Idrissa Seck «Le Premier ministre est passible de la Haute Cour de Justice» «Ce rapport n'est pas dans le dossier de M. Idrissa Seck, et personne ne sait où il est. En tout cas, nous les avocats, on ne sait pas où est ce rapport. Est-ce que ce rapport lu par le Premier ministre est le bon rapport, personne ne peut le dire. Aujourd'hui, Idrissa Seck est poursuivi, il a été interrogé par la Dic sur les chantiers de Thiès, ensuite inculpé d'atteinte à la sûreté de l'Etat et ce rapport de l'Inspection générale d'Etat n'est pas dans le dossier. Quand le Premier ministre lit un rapport sur lequel quelqu'un est poursuivi, alors que celui qu'il poursuit ne voit le rapport nulle part, on trouve cela sérieux ? Le Premier ministre vient de lire un dossier dont l'instruction est en cours. N'y a-t-il pas un délit de violation du secret de l'instruction, par un membre du gouvernement, donc passible de la Haute Cour de Justice ? C'est une question que je pose.
A partir du moment où Idrissa Seck est interrogé sur les chantiers de Thiès et que son dossier, déposé entre les mains du juge d'instruction, comprend pour moitié un interrogatoire sur les chantiers de Thiès, le Premier ministre a-t-il le droit de lire ce rapport qui est le fondement d'une arrestation, en plus du délit d'atteinte à la sûreté de l'Etat ?» MOMAR SAMB, Sg du Rtas «Il y a une volonté politique d'enfoncer quelqu'un» «Cette présentation entre dans le cadre des mesures prises par le gouvernement pour sanctionner l'ancien Premier ministre. Cette affaire défraie la chronique, le gouvernement vient à partir d'un acte présidentiel de déclasser ce dossier et de livrer cette affaire à l'opinion publique pour qu'elle puisse se faire une idée. C'est bien, mais il devrait et il doit le faire pour toutes les autres affaires. Nous pensons qu'on ne peut pas avoir un gouvernement qui traite à la carte ces questions de transparence et de gestion des deniers publics. C'est véritablement désastreux. C'est une manière partisane d'opérer, son objectif ce n'est pas la transparence du point de vue d'une orientation politique, d'une éthique de gouvernement, mais une transparence voulue, contrôlée, qui obéit à un objectif politique. Celui de faire accepter à l'opinion publique que Idrissa Seck a fauté ou que les chantiers de Thiès ne se sont pas déroulés selon les normes républicaines. Nous demandons que cette même transparence soit utilisée sur les affaires des audits, sur l'avion présidentiel et nous exigeons que le nombre de conseillers ayant rang de ministre soit dévoilé, pas seulement du gouvernement officiel mais aussi le gouvernement officieux. De même que les dépenses liées aux voyages du chef de l'Etat qu'Aide Transparancy a chiffré à 30 milliards et les fonds politiques.»

PAUL ALBERT IWEINS, ancien bâtonnier du barreau de Paris, avocat de l'ex-Pm «Idrissa Seck ne craint pas ce rapport»
«Est-ce qu'il vous paraît normal qu'il y ait d'un côté un homme en prison et de l'autre côté un Premier ministre qui l'accuse sur la base d'un document qui n'est pas dans le dossier de l'accusation ? Est-ce que c'est un régime démocratique où un Premier ministre ou même un ministre prend la parole pour accuser un homme en prison ? Le pouvoir politique se sent tellement faible paradoxalement face à cet homme qui est en prison, qu'il fait monter son Premier ministre pour lancer des accusations que rien n'étaye dans le dossier pénal. Parce que si véritablement il y avait un dossier judiciaire solide, croyez-vous qu'il soit nécessaire que le Premier ministre vienne lancer des accusations extravagantes. Je ne demande qu'une chose pour Idrissa Seck, que ce rapport soit dans le dossier pour qu'il puisse le discuter point par point. Un ministre et surtout le premier d'entre eux n'intervient pas dans une procédure en cours et s'il veut intervenir, nous ne demandons qu'une chose, la vérité, la contradiction, la confrontation. On ne nous donne pas cette confrontation, Idrissa Seck ne craint pas ce rapport. Ce rapport est orienté et la synthèse qui vous a été faite est une synthèse orientée.» latyr@lequotidien;sn akndiaye@lequotidien.sn L. MANE et Abdoul K. NDIAYE lequotidien.sn 27/07/2005

MACKY SALL EDIFIE SUR LES CHANTIERS DE THIES...
Le rapport de l'IGE sur les malversations de l'ex- Premier Ministre Idrissa Seck


«Le peuple du Sénégal souverain, conscient de la nécessité d'affirmer et de consolider les fondements de la Nation et de l'Etat affirme son attachement à la transparence dans la conduite et la gestion des affaires publiques ainsi qu'au principe de bonne gouvernance”.
C'est par ces propos justificatifs que le Premier Ministre Macky Sall a introduit sa communication relative aux investissements réalisés dans la ville de Thiès et dont le maître d'œuvre est l'ex- Premier Ministre Idrissa Seck. Des propos introductifs tenus hier dans la salle de conférence du Méridien Président devant les membres du Gouvernement, du Parlement, des Institutions de la République, de la classe politique sénégalaise ( la CAP 21 en particulier ), des organisations syndicales, patronales, de la Société Civile, de la presse.
C'est cette exigence du respect de l'esprit de la Constitution qui a amené, selon Macky Sall, le Président de la République, Maitre Abdoulaye Wade à porter la teneur des rapports relatifs aux chantiers de Thiès à la connaissance des différentes autorités du pays tous corps et toutes classes confondus et par delà, au peuple sénégalais tout entier. Mais le préalable a été , suivant les règles prescrites par la loi, la consultation du Conseil d'Etat pour l'ordonnancement de la mesure de déclassification des rapports de l'Inspection générale d'Etat relatifs à la vérification des investissements réalisés dans la ville de Thiès à l'occasion de la préparation de la fête de l'indépendance de l'année 2004.
La déclaration du Premier Ministre Macky Sall a été articulée autour de trois centres d'intérêts, à savoir le rappel du contexte, les modalités d'exécution des chantiers de Thiès et les surfacturations relevées par les experts de l'IGE.
Le choix de Thiès et l'autorisation d'une enveloppe de 20 milliards
Les raisons qui ont présidé au choix de Thiès ont résulté de la politique de décentralisation définie par le Président de la République pour le renforcement des infrastructures dans les capitales régionales afin qu'elles jouent davantage leur rôle de pôles de développement et de métropole d'équilibre. Thiès a été aussi retenue sur la proposition de l'ancien Premier Ministre Idrissa Seck. Une enveloppe de 20 milliards de francs cfa a été ainsi autorisée par le Président de la République et mobilisée. Le Premier Ministre Macky Sall de faire savoir là, qu'en conformité des dispositions légales et réglementaires, il appartenait à l'ex- Premier Ministre de mettre en œuvre le programme de réalisation des infrastructures de Thiès.
Violation du cadrage et irrégularités
Macky Sall de faire apparaître de « la violation du cadrage que le Maire de Thiès avait fixé et de graves irrégularités dans le processus de conclusion des marchés afférents à ces investissements » qui ont fait que Président de la République a eu à interpeller l'ancien Premier Ministre . C'était durant le conseil des ministres du 15 avril 2004. Une mission de vérification intégrée a été ainsi opérée par l'IGE pour l'audit financier, la vérification de l'optimisation des ressources et de contrôle de conformité.
Pour ce qui concerne les conditions d'exécution des travaux, le Premier Ministre Macky Sall s'est référé aux rapports de l'IGE et au rapport final des experts pour établir que le coût global des chantiers de Thiès s'est chiffré à 46.217.166.908 francs cfa et que ce montant a couvert 87 ouvrages ou chantiers exécutés par 37 entreprises signataires de 44 contrats, tous de gré à gré, approuvés. Il a été fait remarquer là que des entreprises ont été adjudicataires de plusieurs marchés et dont certains concernent plusieurs ouvrages.
Les grappes de convergences dévoyées
Le Premier Ministre Macky Sall de se référer aux rapports de l'IGE pour dire que la réalité des « Grappes de convergence », un outil de planification dont on fait allusion a été tout simplement dévoyée. Pour Macky Sall citant le rapport de l'IGE, cela a servi de prétexte à un détournement autoritaire et illégal des crédits initialement autorisés par l'Assemblée nationale dans le BCI(Budget Consolidé d'Investissement) 2004 pour financer des programmes d'investissements destinés à d'autres régions.
D'autres ressources reversées d'autorité
Macky Sall de toujours se référer aux rapports de l'IGE qui ont établi que des ressources destinées au Ministère de l'Urbanisme et de l'Aménagement du Territoire d'un montant de 3 milliards de francs cfa initialement prévus pour la réalisation d'une Zone d'Aménagement Concerté ( ZAC ) à Tivaouane et à l'aménagement de 6100 parcelles pour les coopératives d'enseignants ont été reversées d'autorité au programme de Thiès. Selon le Premier Ministre Macky Sall, un autre montant de 3 milliards de francs cfa a été ponctionné d'autorité sur les dotations du Ministère des Sports destinés à la rénovation d'infrastructures sportives dans plusieurs localités du pays, pour renflouer le budget d'investissement de Thiès.
Le stratagème pour contourner l'Assemblée nationale et le Président de la République
Le Premier Ministre Macky Sall d'en venir au stratagème utilisé pour contourner l'Assemblée nationale et le Président de la République. Pour lui, les inspecteurs généraux d'Etat ont établi que l'opération de migration des crédits budgétaires votés et affectés à des emplois précis par l'Assemblée nationale vers d'autres destinations liées aux travaux de Thiès, a été faite sur la base de la technique de la décision de versement. Un dispositif mis en place pour substituer aux décrets de virements de crédits soumis à la signature du Président de la République des décisions de versement signées au niveau ministériel. Cela a fait selon Macky Sall, que l'enveloppe de 20 milliards fixé par le Président de la République est passée à 46.217.166.908 francs. Sans que le Président de la République soit informé.
Détournement des objectifs et violations du code des marchés publics
Pour le Premier Ministre Macky Sall, toute cette stratégie n'avait d'autre objectif que de matérialiser un détournement des objectifs du programme triennal des investissements publics non défini, non inscrit au PTIP et non autorisé par l'Assemblée Nationale, pour mettre en œuvre un autre programme non planifié et sans autorisation.
D'autre part, le Premier Ministre Macky Sall a fait remarquer que la totalité des marchés contractés à propos de ces 46 milliards de francs cfa ont été conclus en violation des dispositions du code des marchés publics, puisque conclus par entente directe, autrement de gré à gré.
La justice dira le droit
Le Premier Ministre Macky Sall, a en définitive, dans ses conclusions, souligné que la teneur des conclusions de l'Inspection générale d'Etat portée à la connaissance de l'opinion a été émise sans jugement, ni jugement de valeur. Pour lui, il s'est tout simplement agi de livrer les faits tels que constatés par les rapports des enquêteurs. Il n'a pas manqué de faire savoir que la procédure contradictoire a été respectée. Ainsi l'ancien Premier Ministre Idrissa Seck mis en cause, après avoir pris connaissance du rapport des enquêteurs, a émis ses observations sur le dit rapport.
Le Premier Ministre Macky Sall a finalement assuré que cette affaire des chantiers de Thiès sera gérée et réglée dans un cadre purement républicain et de l'Etat de droit consacrant le respect de la séparation des pouvoirs. Pour dire que la justice, en toute indépendance, dira le droit dans cette affaire des chantiers de Thiès.
Mohamed Thioune ilestmidi.net
DANS LA FORME - Exposé du chef du gouvernement : Petites scènes d'un... cérémonial
La présentation du résumé du rapport de l'Inspection générale d'Etat (Ige) par le Premier ministre Macky Sall s'est faite, hier, dans l'amphithéâtre du Méridien. Un moment fort en insolite.
«Votre attention, s'il vous plaît : le protocole de la cérémonie d'aujourd'hui comporte un seul orateur, en l'occurrence le Premier ministre, Macky Sall.»
Il avance, M. Sall, dans l'amphithéâtre du Méridien-Président, comme un professeur venu donner un cours magistral. Sauf que là, à la place des potaches, l'assistance est installée à l'emporte-pièce. Les bouts de papiers indiquant l'emplacement des autorités ne sont respectés que par les premiers venus : il n'y a pas d'hôtesses pour les aider. Et les organisateurs n'ont pas procédé à la mise en place.
La leçon du jour : un éclairage du gouvernement portant sur le rapport de l'Inspection général d'Etat (Ige) sur les chantiers de Thiès. Un rapport qui a coûté à la République un décret de déclassification. Mais le cours de Macky Sall n'est pas interactif : il n'y aura ni questions, ni débats. C'est plutôt un Premier ministre serein qui a servi le rapport, du moins un coupé-collé du rapport de l'Inspection générale d'Etat (Ige) sur les travaux de Thiès, savamment concocté pour enfoncer davantage son prédécesseur déjà dans le carré de la prison de Rebeuss.
Et dans son monologue où il ne se décolle de son texte que pour lancer un furtif regard à l'assistance, il se garde de citer des noms. Surtout celui du principal concerné dans cette affaire : Idrissa Seck. Macky SaIl préfère parler de «l'ancien Premier ministre» qui approuve directement un marché, tout en contournant le président de la République et l'Assemblée nationale. Ou du «Premier ministre d'alors» qui n'apporte pas de «réponses suffisantes» aux interpellations du Président.
Ainsi parlait Macky Sall. Tandis que Idrissa Seck est en prison, ses amis absents. La salle écoute, concentrée. Et quand il finit de lire, il a droit à un standing ovations. Le ministre Farba Senghor et Me Ousmane Sèye ont animé la messe, sous le sourire du Garde des Sceaux, Cheikh Tidjane Sy.
Auparavant, le défilé des invités était riche de détails. Ahmed Khalifa Niass, de la mouvance présidentielle, en déguisement d'Imam, circule dans les rangées. Il monte les marches, s'offrant dans le champ de vue de ses amis du régime. Le mouvement syndical était aussi dans la place : si Modou Guiro (Cnts) se fait discret, Cheikh Diop(Cnts/Fc) fera le déplacement de la partie des invités anonymes pour aller rejoindre le stand des syndicalistes.
Puis, les ministres, arrivent, souriants. Et Aliou Sow, ministre de la Jeunesse, après quelques salutations, va rejoindre ses collègues dans une autre salle où ils se sont retrouvés loin des yeux curieux, quelque part dans les locaux du Méridien avant la prestation du chef du gouvernement. En attendant que les spectateurs s'installent. Cependant, tous ne trouveront pas un fauteuil sans peiner. A l'image de Sidy Lamine Niass, l'unique présent parmi les patrons de la presse privée. Il fait le tour, salue les autorités avant de trouver compagnie finalement auprès du directeur général de la Rts, Daouda Ndiaye, qu'il va aider à soulever sa chaise, suite à un petit incident. Le fauteuil de M. Ndiaye a perdu un pied. Conséquence : une petite dégringolade. Il change de place, laissant Sidy Lamine Niass aux côtés du patron du Sympics, Alpha Sall. Pendant que sur l'autre rangée, les fauteuils réservés aux membres de l'opposition étaient vides.
delfa@lequotidien.sn
Cheikh Fadel BARRO lequotidien.sn



EN ATTENDANT LA MISE SUR PIED IMMINENTE DE LA HAUTE COUR DE JUSTICE. Des énergumènes se réclamant de Idrissa SECK menacent de mort le Président de la Cour de Cassation Guibril CAMARA. (www.confidentielsn.com 27/07/2005)

L'affaire Idrissa SECK est en train de connaître des proportions de plus en plus inquiétantes alors que l'Etat demande à l'ancien Premier Ministre de rendre des comptes par rapport aux 46 milliards CFA mobilisés dans le cadre des Chantiers de THIES. Confidentielsn.com a reçu une copie d'une lettre contenant des menaces de mort contre M. Guibril CAMARA, Premier Président de la Cour de Cassation et en même temps Président de la Haute Cour de Justice...

Extraits : « A Monsieur Djibril Camara, Premier Président de la Cour de Cassation, Musée dynamique : Nous savons que WADE a choisi deux ministres saint-louisiens, Ousmane NG. et Cheikh tidiane sy, pour vous faire coffrer Idy par deux magistrats saint louisiens que vous êtes (sic). Nous vous suivons depuis 5 jours. Si vous déconnez, vous allez rejoindre votre oncle le Juge Maître Babacar Seye au cimetière de saint - louis. De toutes façons Dakar sera bientôt pire que la cote d'ivoire. » Signé : ''La grande muraille de Thiès''.

Comme les lecteurs de Confidentielsn.com s'en rendront compte, le style du texte est dans l'ensemble correct même s'il est à noter des fautes (délibérées ?) de ponctuation et de respect de la majuscule, notamment pour certains noms propres comme Saint-Louis ou encore ''Tidiane SY'', etc. Autre remarque : la lettre dont l'enveloppe est le fameux modèle frappé d'un dessin d'avion avec mention « PAR AVION AIR MAIL », a été réceptionnée à Dakar-Ponty le 22 Juillet 2005, par courrier postal.

elmalick seck confidentielsn.com 27/07/2005


Impact de la sortie de Macky Sall : Le spectacle de la violence ?
(Le Quotidien 27/07/2005)


L'affaire Idrissa Seck au-delà des politiques est devenue un véritable problème de société car suscitant des réactions des populations. A la question de savoir l'impact que pourrait avoir la déclaration du Premier ministre sur ces dernières, les avis des sociologues différent. Alors que Khaly Niang évoque d'éventuelles violences, Ibrahima Dia, minimise en parlant de «spectacle».

Il ressort, de l'avis de certains sociologues, que pour la communication du Premier ministre, Macky Sall, sur les chantiers de Thiès que «l'impact social, c'est que certes le discours est attendu, mais la plupart des Sénégalais sont restés sur leur faim parce qu'il s'agit simplement d'un jugement». Ces propos du sociologue Khaly Niang trouvent leur justification dans le fait que «cela ne règle pas définitivement le problème». Car, comme il le précise, «les Sénégalais attendaient beaucoup plus d'éclaircissements. Ils ne nous ont rien appris, car ce que le rapport a dit, tout le monde le savait». Par conséquent, il est convaincu que «le rapport en tant que tel est un discours de plus. Il n'y a pas eu d'effets de surprise».

Cependant, le sociologue Khaly Niang pense que cette communication peut avoir des effets pervers. En effet, «si on n'y prend garde, ce rapport peut susciter un regain de violence tout simplement parce que c'est un rapport très chargé». M. Niang puise son argumentation dans une suite logique des événements.

«C'est une tentative d'orchestration qui a été faite depuis le discours du chef de l'Etat. C'est une suite logique des évènements. Les représentants du gouvernement ne peuvent pas changer le discours parce que simplement il y va de l'intérêt ou de la crédibilité de nos institutions. Le Président ayant déjà chargé son ex-Premier ministre, que ça soit l'Ige ou l'actuel Premier ministre, ou si vous voulez le gouvernement d'une manière générale, doit impérativement suivre la voie déjà tracée par le discours du Président qui a déclenché les hostilités», confie-t-il. Aujourd'hui, la population est dans une position attentiste. Il suffit d'un déclic pour que tout s'embrase. «Et ce déclic peut provenir de la société civile à l'occasion des marches qu'elle prévoit d'organiser ou des conférences des leaders etc. Vous avez suivi la dé-claration de Talla Sylla du Jëf-Jël, vous avez entendu celle de M. Diattara.

C'est des moments forts, des signaux qui peuvent déclencher une violence qui est là. C'est un rapport très chargé donc le citoyen lambda qui écoute le discours de M. Macky Sall n'aura pas d'espoir quant au sort de l'ex-Premier ministre parce que simplement ce qui va suivre, on le sait déjà car le gouvernement à une stratégie et il ne reculera jamais. Les populations qui sont là, les sympathisants, la jeunesse de Thiès, sachant que leur idole, leur maire a été emprisonné, attendent simplement le moment opportun, qu'il y ait un déclic pour qu'ils descendent dans les rues», analyse Khaly Niang.

Si la lecture de Kaly Niang se veut alarmiste, celui de son confrère Ibrahima Dia, l'est beaucoup moins. Bien que n'ayant pas suivi la communication du Premier ministre en direct, il s'est contenté de la traduction en wolof à la télévision nationale. Il ne pense pas cela puisse déclencher des vagues de violence. «Je crois que c'est un débat politique, des accusations et contre-accusations et ça devient presque un spectacle. Et au niveau des populations, c'est comme un jeu de spectacle avec certains qui vont donner des arguments, des informations et d'autres qui vont réagir. Les gens vont se dire quelle autre cassette ou quel autre disque va sortir de la part de Idrissa Seck. Et les gens vont attendre un spectacle entre deux acteurs, deux lutteurs qui se donnent des coups permis», pronostique-t-il.

Mais Khaly Niang persiste en soutenant que «ce discours est de trop. La violence est en suspens c'est comme une épée de Damoclès et il suffira simplement d'appuyer sur le bouton pour que ça éclate. Et malheureusement tous les ingrédients sont réunis». mamesaye@lequotidien.sn

Mame Saye DIOP

Après la sortie du Premier ministre: La défense de Idy conclut à l'arbitraire
(L'Observateur 27/07/2005)


Les avocats l'ancien Premier ministre étaient face à la presse hier, quelque temps après la sortie du chef du gouvernement, Macky Sall sur le rapport de l'Ige relatif aux chantiers de Thiès. Si l'on en croit l'avocat français de l'édile de Thiès, « le Premier ministre n'a fait qu'accuser un homme qui est déjà en prison. Ce qui est contraire à la démocratie. Aujourd'hui, ce qui se passe au Sénégal est indigne d'un Etat cité comme vitrine de la démocratie. Ce sont les politiques qui font le travail de la justice. Le pouvoir se sent faible et met en avant le Premier ministre pour faire des accusations fausses devant un public choisi, un auditoire ciblé ». Paul Albert Iweins, puisqu'il s'agit de lui, se dit inquiet de la santé de son client. « M. Idrissa Seck est incarcéré sans motifs. On met en prison un innocent pour ensuite menacer les journalistes, et peut-être demain des avocats. Sa santé dépend des pouvoirs publics du Sénégal. La communauté internationale va se mobiliser pour tout ce qui arrivera à M. Seck. Me Iweins, par ailleurs président du barreau pénal international répète, à la suite de son client, que « jusqu'à l'extinction du soleil, rien ne peut être reproché à l'ancien Premier ministre sur les chantiers de Thiès ». Selon lui, « Idrissa Seck n'a été ni ordonnateur, ni exécuteur de dépenses encore moins titulaire de marchés. C'est une procédure avalisée par l'Etat. Aujourd'hui, c'est un faux procès qui vise à déshonorer un homme honnête et respectable. Ce qui ne passera pas, puisque la vérité finira par triompher ». L'avocat assure que son client en détention depuis bientôt deux semaines, « est serein, tranquille et confiant ». Paul Albert Iweins souligne ceci : « quand j'ai quitté Paris pour venir ici à Dakar, on m'a dit qu'on cherchait à M. Seck des ennuis sur les chantiers de Thiès. Curieusement, à mon arrivée, on me dit que M. Seck est inculpé pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Je répète que le dossier est vide. Le fait de se rendre à la police avec des amis ne peut constituer une atteinte à l'Etat. Le Cd diffusé ne peut non plus être une atteinte à la sûreté de l'Etat. Le Sénégal est doté d'une Constitution qui garantit la liberté d'expression, d'opinion et la bonne gouvernance. Ni actuellement, ni dans l'avenir, on ne peut parler d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Je suis atterré de voir qu'on met en prison un innocent pour des motifs fallacieux et inexistants. C'est un procès politique qui déshonore le Sénégal, eu égard à ses engagements internationaux ». Me Iweins conclut à « un procès d'intention motivé par l'arbitraire ».

Article Par Jean-Pierre MANE,


Publication du rapport de l'Ige sur les chantiers de Thiès: Macky enfonce Idy sans “l'entendre” (L'Observateur 27/07/2005)

L'exercice était quelque peu périlleux pour le Premier ministre. Macky s'est évertué à présenter à l'opinion le rapport de l'Inspection générale d'Etat (Ige) sur les chantiers de Thiès, tout en s'abstenant de faire des jugements de valeur sur son contenu. Mais à l'arrivée force est de constater que le locataire de la Maison militaire a voulu enfoncer son prédécesseur en mettant l'accent sur «les surfacturations et les marchés de gré à gré». D'autant plus qu'il a passé sous silence la réponse de Idrissa Seck et les éléments qui «accablent» des ministres comme Salif Bâ et Abdoulaye Diop. Suite à la déclassification par le président de la République des rapports sur la vérification des investissements réalisés dans la ville de Thiès dans le cadre de la préparation de la fête de l'indépendance 2004, le chef du gouvernement a tenu à «édifier» les Sénégalais sur leur contenu. Aussi a-t-il tenu à rappeler au public présent hier à l'hôtel Méridien Président que c'est après avoir consulté le Conseil d'Etat le 22 juillet dernier, que maître Abdoulaye Wade a décidé de rendre publics lesdits rapports. Justifiant cette démarche du président de la République, Macky Sall évoquera les principes de la Constitution qui légitiment «l'attachement de nos concitoyens à la transparence dans la conduite et la gestion des affaires publiques ainsi qu'au principe de bonne gouvernance».
Surfacturation et marchés de gré à gré

C'est sous la forme d'un réquisitoire que le Premier ministre a divulgué les conclusions de l'Ige sur les chantiers de Thiès. De la bouche de Macky Sall, on apprend que «plus de 46 milliards ont été dépensés pour 87 ouvrages ou chantiers exécutés par 37 entreprises signataires de 44 contrats, tous de gré à gré, approuvés, notifiés et enregistrés». Le successeur de Idrissa Seck d'ajouter : «des entreprises ont été adjudicataires de plusieurs marchés et certains marchés concernent plusieurs ouvrages». Evoquant le concept de «grappes de convergence» brandi par le maire de Thiès pour justifier certaines dépenses, le Premier ministre qui cite toujours le rapport de l'Ige, dit qu'il a été dévoyé pour «servir de prétexte à un détournement autoritaire et illégal des crédits initialement autorisés par l'Assemblée nationale dans le Bci 2004, pour financer des programmes d'investissement destinés à d'autres régions». Dénonçant une violation du code des marchés publics, Macky Sall cite aussi l'exemple d'un marché «approuvé directement le 03 octobre 2003 par l'ancien Premier ministre, relatif à certains travaux que sont la voie de contournement nord (Vcn), le boulevard de Nguinthe et l'avenue Caen». D'un montant 14,8 milliards, ce marché aurait été conclu de gré à gré et approuvé par Idrissa Seck lui-même. Parallèlement aux marchés conclus par «entente directe», le Premier ministre qui s'est fondé sur le rapport de l'Ige, a relevé plusieurs «surfacturations» qui enfoncent le maire de Thiès. Chiffres à l'appui, Macky Sall souligne le cas de la première phase des travaux qui devaient intervenir avant le 04 avril 2004. «D'un montant de 40,6 milliards, le coût réel a été évalué par les experts à 22,6 milliards par les experts, soit une surfacturation de 17,9 milliards», précise-t-il. Sur l'éclairage public, les experts de l'Ige auraient également décelé une surfacturation de plus de 986 millions de francs.

Silence bruyant sur la réponse de Idy et sur les «preuves» contre Salif Bâ et Abdoulaye Diop

Macky Sall a beau rappeler l'une des normes fondamentales de vérification de l'Ige qui est le respect de la procédure contradictoire, il a laissé le public sur sa faim. Car tout au long de son exposé, il n'a nullement fait mention de la réponse de Idrissa Seck à l'Ige. Pourtant, l'ancien Premier ministre a bien donné des explications aux enquêteurs qui ont pris le soin des les intégrer dans leur rapport final. Macky s'est contenté de souligner que les deux rapports ont été communiqués à Idrissa Seck qui a transmis ses avis et observations aux inspecteurs et aux vérificateurs. Qu'a-t-il dit ? Mystère et boule de gomme pour la grande majorité des Sénégalais qui n'ont pas accès au rapport définitif de l'Ige. La même omerta de Macy Sall est notée sur les éléments qui «accablent» le ministre de l'Economie et des Finances et son collègue de l'Habitat, de la Construction et du Patrimoine bâti. Cette feinte du Premier ministre est d'autant plus incompréhensible que Salif Bâ et Abdoulaye Diop ont bien des soucis avec certains aspects du rapport de l'Ige qui les mettent directement en cause. Macky veut-il protéger ces deux ministres ? Pour quelle raison, à quelle fin ?
Article Par SERIGNE SALIOU SAMB,


HAUTE COUR DE JUSTICE - Déclenchement de la procédure de mise en accusation : La démarche divise déjà l'Assemblée (Le Quotidien 27/07/2005)

Les actes posés par le gouvernement, même s'ils ne se ressemblent pas, semblent mener à un seul objectif : apporter des éclairages sur les chantiers de Thiès. Hier, l'Assemblée nationale a décidé d'étudier le dossier en Commission des lois le vendredi matin, avant de convoquer la plénière le mardi 2 août prochain pour la mise en accusation de Idrissa Seck. Une démarche qui divise déjà les députés de la majorité et de l'opposition.

Le processus pour parvenir à la mise en accusation de l'ex-Premier ministre, Idrissa Seck, semble être enclenché. Le gouvernement est en train, en tout cas, de poser de manière précise et nette les actes y menant. Au moment où l'actuel Premier ministre, Macky Sall, faisait une «communication sur la vérification des investissements réalisés dans la ville de Thiès, dans le cadre de la préparation de la fête de l'indépendance 2004», la conférence des présidents de l'Assemblée nationale se rencontrait. Ainsi, suite à une saisine du ministre d'Etat, Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Cheikh Tidiane Sy, décision a été prise que le dossier des chantiers de Thiès passera devant la Commission des lois, vendredi prochain. Ce, avant que la plénière ne statue sur la mise en accusation mardi 2 août prochain.

Depuis hier, la conférence des présidents de l'Assemblée nationale a reçu le rapport de l'Inspection générale d'état (Ige) sur les chantiers de Thiès et en annexe une lettre du Garde des Sceaux, ministre de la Justice, donnant tous les détails nécessaires sur l'affaire. La rencontre d'hier au sein de la conférence des présidents a donné un avant-goût de ce que sera le climat à l'Assemblée nationale, tout au long de la procédure de mise en accusation de Idrissa Seck. Déjà, du côté des députés de l'opposition, on parle de tentative de bâcler «l'affaire Idy». Me Abdoulaye Babou, qui représentait le Groupe de l'Espoir et Khalifa Ababacar Sall, celui du Groupe Démocratie-justice-solidarité, ont dénoncé l'ingérence du ministre de la Justice sur les affaires législatives. Car, à leurs yeux, il n'appartient pas au Garde des Sceaux, ministre de la Justice de saisir l'Assemblée nationale, car cela n'est inscrit ni dans la Constitution, encore moins dans le règlement intérieur de l'Assemblée nationale. Une position que ne partage pas Doudou Wade, président du Groupe parlementaire Libéral et démocratique. Pour lui, le ministre n'a fait que leur fournir des éléments d'éclairage, mais que c'est l'Assemblée qui va souverainement trancher. Mieux, «c'est l'Assemblée nationale qui est chargée de la mise en accusation, et elle va le faire». Doudou Wade ajoute qu'en ce qui le concerne, «il a été le député de Idrissa Seck, et il était à l'Assemblée nationale le 22 février 2003, quand Idrissa Seck a fait une Déclaration de politique générale, et dit aux Sénégalais, qu'il y avait deux personnalités qui rythment notre vie, c'est Goorgoorlu et Ndioublang.

Et que chacun, chaque Sénégalais doit s'identifier à l'une de ses personnalités. Et que lui, en tant que Premier ministre soucieux des deniers de l'Etat, de la bonne gouvernance et du respect des marchés publics, il va s'attaquer à Ndioublang, fut-il un dignitaire de l'Etat ou un vendeur de cassettes piratées». Qu'aujourd'hui, pour aider Idrissa Seck à clarifier l'affaire des chantiers de Thiès, il ne peut que voter sa mise en accusation et conseille la même chose à tous les députés.

Même si c'est cette clarification du dossier des chantiers de Thiès que réclame aussi l'opposition, il n'en demeure pas moins, qu'elle exige aussi que tout se fasse dans les règles de l'art. Pour Me Babou, «ce n'est plus une affaire politique, par conséquent elle ne doit pas passer comme une lettre à la poste à l'Assemblée du fait de la majorité du Groupe Libéral et démocratique». Et que, si l'affaire est bien traitée en commission des lois, un jour ne pourra pas suffire, car il faut que toutes les versions soient entendues, que du début à la fin, tout soit entre leurs mains, pour leur permettre de faire un bon rapport à soumettre en plénière.

latyr@lequotidien;sn

Latir MANE



ATTEINTE À LA SURETÉ DE L'ÉTAT ET À LA DÉFENSE NATIONALE : La loi prévoit de lourdes peines (Le Soleil 26/07/2005)

En matière de délits d'atteinte à la sûreté de l'État et à la défense nationale, la loi prévoit de lourdes peines allant d'un emprisonnement d'au moins trois ans ferme aux travaux forcés à perpétuité.

Les articles du Code pénal en vertu desquels l'ancien Premier ministre a été inculpé et placé sous mandat de dépôt sont sans équivoque par rapport aux peines encourues par Idrissa Seck, dans le cadre de la procédure dont il fait l'objet. Appliquées à la lettre, les peines prévues par la loi s'échelonnent sur une fourchette allant d'un emprisonnement d'au moins trois ans ferme dans le cas de l'article 80 aux travaux forcés à perpétuité, comme le souligne l'article 72.

Partie intégrante du chapitre relatif aux autres délits d'atteinte à la défense nationale, l'article 61 consigné dans les réquisitions du procureur de la République a particulièrement retenu l'attention des observateurs, tant il a désarçonné les conseils de l'ancien Premier ministre, qui ne s'attendaient qu'à se voir signifier la charge d'atteinte à la sûreté de l'Etat.

Qu'en est-il réellement ? L'enquête préliminaire a-t-elle pu mettre à la disposition du Parquet des indices de nature à motiver l'inculpation d'Idrissa Seck ? Une réponse par l'affirmative a déjà été fournie par Me Ousmane Sèye, qui estime que les réquisitions du représentant du Ministère public, portées à la connaissance du mis en cause et de ses avocats, s'appuient sur des éléments matériels jugés suffisants. Mieux, Me Sèye précise que les preuves afférentes au délit d'atteinte à la défense nationale seront brandies en temps opportun. Le moins que l'on puisse dire est que Me Boucounta Diallo lui-même paraît avoir été déboussolé par les ''armes'' dont il est fait référence dans le libellé d'inculpation de l'ancien Premier ministre.

Quoiqu'il advienne, l'article 61 du Code pénal dispose que : « sera puni de la détention criminelle de 10 ans à 20 ans tout gardien, tout dépositaire par fonction ou par qualité, d'un renseignement, objet, document ou procédé qui doit être tenu secret dans l'intérêt de la défense nationale où dont la connaissance pourrait conduire à la découverte d'un secret de la défense nationale qui, sans intention de trahison ou d'espionnage, l'aura : détruit, soustrait, laissé détruire ou soustraire ou laissé reproduire, porté ou laissé porter à la connaissance d'une personne non qualifiée ou du public ».

La diffusion du fameux Cd entre-t-elle dans le cadre des motifs sus-visés ? Les enquêteurs ont-ils pu entrer en possession d'éléments frappés du sceau de la confidentialité ? De toute façon, l'instruction et les pièces annexées au dossier éclaireront les acteurs impliqués. L'article 72 du Code pénal est encore plus sévère contre l'ancien chef du Gouvernement, lequel prévoit les travaux forcés à perpétuité, comme indiqué plus haut. Et c'est ici que la gravité des faits reprochés à Idrissa Seck est encore plus explicite, eu égard à ses articulations autour de la Charte fondamentale et du caractère sacro-saint de la République.

L'attentat contre les intérêts de l'Etat retenu à la suite de la première audition de l'ex-Premier ministre dans les locaux de la Dic donne un aperçu de la charge finalement arrêtée par le Parquet. Implacable, le libellé de l'Article 72 souligne que : « l'attentat dont le but aura été soit de détruire ou de changer le régime constitutionnel, soit de troubler par des moyens illégaux le fonctionnement régulier des autorités établies par la Constitution, soit d'obtenir par des moyens illégaux le remplacement desdites autorités, soit d'inciter les citoyens ou habitants à s'armer contre l'autorité de l'Etat, soit à porter atteinte à l'intégrité du territoire national sera puni des travaux forcés à perpétuité ». Le motif de « complot » visé à l'article 73 également retenu contre Idrissa Seck corse le dossier du maire de Thiès lequel prévoit une peine de 10 à 20 ans ferme. Quant à l'Article 80 énoncé à travers les réquisitions du procureur de la République, il est certes en-deçà des dispositions précitées au plan carcéral mais tout aussi contraignant que les articles 72 et 73 en ce sens que l'option de la mise sous mandat de dépôt du mis en cause demeure incontournable.

Conscients de la portée de l'arsenal juridique en vigueur, les avocats de l'ancien Premier ministre se sont réunis hier pour informer leurs collègues du barreau de Paris membres du pool de défense des intérêts d'Idrissa Seck et concevoir leur stratégie d'approche des enjeux, dans la perspective de l'audition au fond du maire de Thiès, dont la date doit être déterminée par la Doyenne des Juges.

PAPE GUEYE


INVITATION - Présentation du rapport de l'Ige : L'opposition boycotte Wade
(Le Quotidien 26/07/2005)


Le président de la République va rendre public aujourd'hui le rapport de l'Inspection générale d'Etat sur les chantiers de Thiès sans l'opposition sénégalaise à ses côtés. Celle-ci se refuse de marquer sa présence à cette rencontre d'une grande importance pour Wade, même si le besoin est pressant chez eux de s'entretenir avec le chef de l'Etat. D'ailleurs, ils vont déposer une demande d'audience pour «discuter sérieusement avec lui».

L'opposition ne répondra pas à l'appel du président de la République. Aujourd'hui, ce dernier doit tenir une rencontre à laquelle il compte rendre public le rapport de l'Inspection générale d'Etat (Ige) portant sur les chantiers de Thiès. Et il aurait bien souhaité avoir autour de lui les membres de l'opposition. (Ndlr : c'est finalement le chef du gouvernenement qui va présenter le rapport cet après-midi).

Seulement, c'est lui faire trop d'honneur que de répondre à cette invitation, estime l'opposition. Pour elle, la rencontre d'aujourd'hui sera «un tribunal populaire». Par conséquent, si le chef de l'Etat «veut apparaître à la télévision, un élément qui sera diffusé peut-être sur beaucoup de chaînes pour dire au monde vous voyez, il n'y a pas de problèmes au Sénégal, tout se passe très bien, la preuve toute l'opposition est là», Amath Dansokho précise que ses camarades ne lui en donneront pas l'opportunité. D'ailleurs, outré par l'attitude du chef de l'Etat, le secrétaire général du Pit se demande «dans quel monde sommes-nous ?» Car «jamais un rapport de l'Ige n'a été exhibé comme compte le faire Me Wade». Ce qui est inconcevable, selon M. Dansokho, qui parle au nom du Cpc, du G10 et de la Ld/Mpt, réunis hier à son domicile pour discuter de la situation politique nationale. Singulièrement le placement sous mandat de dépôts de l'ex-Premier ministre Idrissa Seck, depuis samedi dernier par la Doyenne des juges, Seynabou Ndiaye Diakhaté, pour atteinte à la sûreté de l'Etat et à la défense nationale. A cet effet, l'opposition compte demander une audience au Président, selon Amath Dansokho pour «discuter sérieusement et lui faire part de notre volonté de mettre un terme à cette politique frontale».

Ainsi, «nous tous (les partis d'opposition) avons pris position dans le cadre de nos partis respectifs. Et la clameur est la même. Nous n'acceptons pas le sort du Premier ministre. Non pas parce que nous partageons des opinions politiques avec lui, mais parce que simplement nous considérons que c'est un arbitraire contre un Sénégalais, contre un ancien Premier ministre», indique M. Dansokho. Convaincu que l'affaire dite des chantiers de Thiès ne peut pas être traitée «sérieusement sans que le ministre de l'Economie, qui est l'ordonnateur du budget, des dépenses, le ministre de la Construction qui est l'administrateur public» ne soient interpellés. Pour lui, on ne peut pas, comme «le Président l'a décidé d'autorité, de les exclure des investigations des chantiers. Il y a d'autres
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# Posté le mardi 04 octobre 2005 10:45

Modifié le vendredi 08 juin 2007 02:47