Déballage de l'ex-Premier ministre:Les révélations de tous les dangers
Le grand déballage a débuté du côté de Idrissa Seck, ancien Pm du Sénégal, retenu en prison depuis bientôt 6 mois et quelques jours, pour atteinte à la sûreté de l'Etat et détournement de deniers publics dans l'affaire dite des chantiers de Thies. Même Dame Justice s'emmêle les pieds, tellement tout est confus dans ce labyrinthe. De peur que les révélations se poursuivent, le dossier risque fort d'être classé. Depuis que Idrissa Seck a cité des noms contenus dans deux listes confectionnées par ses soins, alors qu'il était tout puissant ministre d'Etat, Directeur de cabinet du président
de la République, c'est le grand branle-bas. Et du côté de la Présidence, la tendance actuelle est à la négociation pour calmer le jeu et réduire les dégâts.
Les listes des bénéficiaires des largesses de Wade, une bombe à retardement
Car, sur ces listes, figurent les noms de ministres, directeurs nationaux, députés, marabouts, chefs coutumiers, officiers supérieurs de l'armée et de la gendarmerie, magistrats, inspecteurs généraux d'Etat, hommes politiques de tous bords, qu'Idy a servi, suivant les recommandations du président. Certains ont reçu une somme d'argent chiffrée en millions, d'autres un terrain de 3ooo mètres carrés destiné à être vendu pour se faire un pactole ; d'autres, un passeport diplomatique. Devant l'éventualité d'un tel déballage, les magistrats de la commission d'instruction sont partagés entre continuer leurs investigations ou simplement conclure à un non-lieu ; car les dégâts à venir sont de nature à jeter le discrédit sur plusieurs institutions de la République.
Sur l'une des listes, la plus petite somme remise à un tiers est de 15.000.000 Cfa.
Devant une telle situation, Me Wade qui est régulièrement informé de l'avancement de l'enquête et connu pour tenir à son image de marque sur la scène internationale, essaie de calmer le jeu. Mais d'autre part, il est hors de question pour certains faucons tapis au sommet du pouvoir, qu'un éventuel rapprochement puisse avoir lieu, même si la République devait trembler. Depuis un certain temps donc, un deal serait en train d'être ficelé entre Wade et son ancien Pm ; et ce dernier ne cracherait pas dans la soupe, mais poserait des conditions, à savoir : être blanchi et prendre en mains le Pds. Mais sans Wade, qui devra respecter les accords de la CA 2000, à savoir quitter la direction du Pds.
De sources dignes de foi, c'est une solution qui lui conviendrait parfaitement, à condition qu'il ait son mot à dire quant aux choix des hommes qui dirigeront le parti.
Wade est fatigué et veut se retirer, afin de laisser une bonne image de lui à la postérité ; mais ses ouailles, qui ne sont pas du même avis, s'activent à mettre du sable dans l'engrenage. Et certains, plus déterminés, seraient prêts à traîner Wade - s'il le faut - pour faire de lui leur candidat en 2007, même à son corps défendant.
Le système d'écoute d'Idrissa Seck, qui fait peur
Une chose est sûre, hormis ces listes, les enquêteurs sont à la recherche d'enregistrements que l'ancien Pm avait réalisés alors qu'il était Directeur de cabinet. Car, selon notre source, au tout début de l'Alternance, sachant à qui il aurait affaire, Idy s'était arrangé pour faire installer, à la Présidence, un performant système d'écoute AUTOVON avec des dérivations sur toutes les lignes fonctionnelles à la Présidence de la République ; et cela lui aurait permis d'écouter, de se renseigner sur ce que tout le monde faisait ou disait. En quittant la Présidence, il a convoyé son matériel vers d'autres cieux. C'est dire le danger que représente Idy pour certains. Et ceux-là le lui rendent bien, car chaque fois que Me Wade esquisse un pas en direction de Idy, ils le lui rappellent en ces termes : « S'il n'avait pas l'intention de te nuire, pourquoi a-t-il éprouvé le besoin d'écouter tous les appels téléphoniques de la Présidence et établi une liste de gens à qui il a remis de l'argent ? » Certains, qui n'avaient pas reçu de subsides de la part de Idy, rient sous cape tout en espérant que le déballage va continuer. Une chose est sûre : un grand malaise existe actuellement dans ces différents corps de l'Etat cités plus haut, car leurs membres se regardent en chiens de faïence et s'interrogent, à juste titre, pour savoir qui a reçu quoi. Une source proche de la Commission d'instruction nous apprend qu'on risque de se retrouver avec zéro accusé et que tout passera par pertes et profits, au détriment - surtout - du citoyen lambda.
Moustapha Sow loffice.sn 19/01/2006
Liberté provisoire pour Salif Bâ;Idrissa Seck : Un pas à Rebeuss, un autre dehors.
Salif Bâ, accusé de malversations financières autant que l'ancien Premier ministre, bénéficie depuis hier d'une liberté provisoire ; ceci après deux demandes. Il rejoint dans la nature cinq prétendus complices de l'ancien Premier ministre dans les deux autres accusations portées contre Idrissa Seck. Autant d'indices qui amènent à penser que le dégel annoncé entre le chef de l'État et son ancien Premier ministre n'est plus une vue de l'esprit. C'est comme qui dirait que plus que jamais, Idrissa Seck a bel et bien un pied dehors ; l'autre traînant (encore ?) à Rebeuss. « Nous avons pu trouver que,
dans ce dossier (les chantiers de Thiès Ndlr), il était blanc comme neige ». C'est par ces propos que le conseil de l'ancien ministre de l'Habitat, Me Mamadou Moustapha Diop, a accueilli la liberté provisoire accordée à son client. Me Diop de préciser que cette liberté provisoire est « fondée sur des contestations sérieuses ». Abdou Latif Guèye souffrait de maladies cardio-vasculaires. Salif Bâ également. Inculpé le 22 août dernier, juste 19 jours après le vote par l'Assemblée nationale de son accusation avec le Premier ministre dans les chantiers de Thiès pour corruption et surfacturation, Salif Bâ hume donc provisoirement l'air du dehors. Au moment des faits qui lui sont reprochés et qui sont rapportés par une équipe de l'Inspection générale d'État, il était Directeur du programme de construction et de réhabilitation du patrimoine de l'État. Avant de jouir de ce premier pas vers le recouvrement total de sa citoyenneté, ses avocats avaient dû formuler deux demandes, dont la première a été déposée le 1 er décembre 2000. Hier, ses partisans ont fêté massivement cette « suite logique », selon une qualification de l'un de ses inconditionnels, le docteur Ady Niasse, qui avait osé avec ses pairs le manifester à Macky Sall, à l'occasion du passage de son passage en fin d'année dernière à Kaolack. Salif Bâ retrouve ainsi l'air libre dans les mêmes conditions et modalités que l'inspectrice de police Coumba Ngouye Thiam, le journaliste Ndary Touré, l'informaticien Mbaye Coulibaly et le couple d'entretrepreneurs Farès. Les cinq précités avaient été accusés de complicité (avec le Premier ministre) d'atteinte à la sûreté de l'État et à la défense nationale. Ainsi donc, Idrissa Seck semble plus que jamais seul dans le collimateur de l'État et dans la ligne de mire de Dame Justice. Car, pour l'autre chef d'inculpation de sortie « irrégulière » de correspondances de la prison, son prétendu complice et non moins conseil, Me Djibril Diallo, n'a même pas été entendu par la Doyenne des juges. L'affaire de cet avocat n'est donc « plus » à l'ordre du jour, comme le relève un de ses confrères. Dès lors, la question est de savoir l'avenir immédiat de l'ancien Premier ministre ; désormais seul avec ses convictions politico-religieuses, ses stratégies et ses... circonstances atténuantes. C'est le 23 décembre dernier qu'il était en face du magistrat instructeur de la Haute Cour de Justice dans les chantiers de Thiès. Maintenant, Seynabou Ndiaye Diakhaté a clos l'instruction sur les Chantiers de Thiès. Abdoulaye Diop et les entrepreneurs cités dans le dossier de l'Ige, piloté par Mme Nafissatou Ngom Keïta, peuvent donc pousser leur ouf de soulagement, le principal incriminé ayant avoué qu'il devra rembourser au Trésor public huit millions de francs Cfa. Et, de l'avis de bien des spécialistes des questions politiques, si la Doyenne des juges n'a pas voulu prendre sur elle de prononcer le non-lieu, Idrissa Seck a quand même, au regard de la succession des événements, plus de temps à passer dehors qu'à la Maison d'arrêt et de correction de Rebeuss. Parce que, disent-ils, la liberté accordée à Salif Bâ sonne comme une réponse à la délégation américaine qui signifiait dernièrement à Me Wade son étonnement de voir dans les liens de la détention préventive son ancien collaborateur dans l'État et le parti au pouvoir. Idy, comme on surnomme ce dernier, n'aurait plus également qu'un pied à Rebeuss, du fait d'avoir su « entraîner dans le labyrinthe politique » les magistrats instructeurs de ces dossiers et d'avoir pu réagir avec la même fibre au propos du président de la République, auquel on prête de l'avoir blanchi dans les chantiers de Thiès. Seul désormais à Rebeuss avec un exemplaire du livre saint, le Coran, et sa conviction « qu'aucun centime illégitime ne saura lui être reproché jusqu'à l'extinction du Soleil », Idrissa Seck est également fort d'un autre atout : Pour rempiler en 2007, Me Wade ne pourra pas agir sans le considérer. Les audiences accordées à ce dernier aux « pro-Idy », dont la plus manifeste est celle de l'ancien ministre de la Pêche, Pape Diouf, tendent à illustrer cette assertion. D'ici que cette hypothèse se confirme, on retiendra qu'apparemment l'ancien Premier ministre est sur le plan physique et moral plus solide que ses ex-codétenus. L'État, également, n'a pas cherché jusque-là à attenter à son « intégrité » physique. On ne peut certes pas en dire autant de son moral. Alioune
Badara DIALLO loffice.sn 19/01/2006
WADE – IDY – CHANTIERS DE THIES: La fin de la brouille
Entre Wade et son fils spirituel, la fissure avait largement baillé pour faire croire que tout rapprochement était impossible. Depuis huit mois, un océan sépare les deux hommes. Mais, seules les montagnes ne se rencontrent pas. A force de bonne volonté et de concessions, les embrouilles et la brouille seraient en voie de dissipation. Des signaux sont perceptibles.
L'audience accordée par le président Wade à Alioune Badara Niang, le jeudi 29 décembre 2005, n'a pas échappé aux observateurs de la vie du Palais. Niang est un ami de quarante ans de Wade. Il est, surtout, le cousin de Idrissa Seck. Il l'a cornaqué dans le PDS en le présentant à Wade et en protégeant ses arrières. Son amitié avec Wade a sans doute joué un rôle dans la fulgurance de la carrière d'élite politique de Seck. Tant et si bien que d'ailleurs, la disgrâce de Seck a eu des effets pervers sur lui-même. La garde rapprochée de Wade qui a mis sur la touche Seck l'avait " inscrit ", lui aussi, sur les listes noires aux portes du Palais. Alors, si Alioune Badara Niang revient par la grande porte pour rencontrer Wade, cela signifie tout au moins qu'il y a un dégel dans les relations entre les deux hommes. Toutefois, la question est de savoir si ce réchauffement est aussi vrai pour les relations entre Wade et son ex-numéro deux ?
Le président Wade a eu aussi à recevoir Pape Diouf. Celui-ci, sans se démonter, a toujours tenu un discours non enflammé malgré les misères à lui faites par les faucons du Palais. Bien introduit à Touba par ses alliances familiales, il est bien armé pour se défendre et pour se faire entendre. Donc, il n'avait nul besoin de jouer aux incendiaires. A sa sortie d'audience, avec toujours le même flegme, il est resté sibyllin sur la teneur des discussions avec le président Wade. Mieux, Awa Guèye Kébé, la passionara du groupe "seckiste", a mis de l'eau dans son vin. Elle ne voit point d'inconvénient à aller rencontrer Wade. Alors, quid du cas Omar Sarr et de son " éviction " de la présidence du Conseil régional de Diourbel ? Peut-être bien un préalable que Wade a voulu régler avant de prendre langue avec la ronde des " seckistes " à travers cette série d'audiences".
Il ne faut pas oublier qu'il y a trois mois, Jean Paul Dias avait annoncé des négociations entre Wade et Seck. On le démentit violemment. Mais Dias, qui connaît très bien le système PDS et Me Wade, avait sans doute des indices convaincants et concordants pour avancer une telle information. Comme toujours, Dias voulait démontrer qu'il n'est pas dupe sur les tractations, qu'il n'est pas un naïf qui se fait avoir par les cris de guerre de ses anciens camarades.
On a là autant de signes annonciateurs d'un dégel entre le camp présidentiel et celui de son ancien numéro deux. Mais ce serait très simpliste de croire que les négociations pour des retrouvailles se font d'une manière aussi spectaculaire devant les caméras et la presse. Entre Wade et Seck, les raisons véritables de la rupture ne sont pas que la gestion des fonds destinés aux chantiers de Thiès. Ce ne sont pas non plus les propos contenus dans le CD dont la diffusion incomberait à Seck et qui lui ont valu une inculpation pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Le président Wade, face aux députés frondeurs, avait signifié à ceux-ci que la raison de la rupture n'est connue que de Seck et de lui-même. C'était sans doute pour calmer l'ardeur des parlementaires frondeurs, mais Wade avait bien raison. Certes, il n'y a pas encore aujourd'hui, des indices pouvant faire découvrir un coin de voile des vraies raisons de ce divorce à la tronçonneuse entre les deux hommes.
Mais les indices pour connaître les vraies raisons du divorce se trouvent sans doute dans les révélations de Seck dans son Cd du 22 juillet. Est-ce : le " tutoiement " entre les deux hommes, " les soucis d'argent (...) terminés " ; " les bandits ont un code d'honneur " ; " Me croyant toujours en famille et libre d'y dire ce que j'y pense ", dixit Seck ; " Tu as été un excellent fils de substitution pendant la maturation du vrai fils. Maintenant qu'il est majeur, il va vouloir toute sa place. Sa mère l'y aidera. Mais Abou t'aime trop. Ne t'inquiète pas, mais veille. " ; " Tenter de punir et détruire un fils d'emprunt après usage. Un fils pour qui loyauté n'est pas synonyme de génuflexion... " ; " Et pardonne à mon père, car il a été du nombre des égarés... ". Dans le Cd, il y a comme l'on dit trivialement à manger et à boire dans ce florilège de bons mots ciselés au burin islamiste. Le second Cd qui aurait permis de décrypter tout cela n'est pas sorti. On n'épuise pas toutes ses munitions aux premiers accrochages. Après le pic de tension, il y a donc à présent une sorte de cessez-le-feu non tacite. Des deux côtés, il fallait panser les blessures. Elles étaient vives.
Mais comment arriver à la paix après cette horrible – sordide ! devrait-on dire – bataille ? Le modus operandi d'une réconciliation après tout ce qui s'est dit entre les deux camps n'est pas simple. Seck est en prison. Pour le sortir, il faudra trouver les arguments juridiques. Parallelisme des formes, c'est à la justice de décider. Le Parquet se montrera sans doute disposer. Sans doute, les experts du président s'y penchent. D'aucuns voient déjà Idrissa Seck dehors avant la fin du mois de janvier 2006, mais sous contrôle judiciaire. N'est-il pas avec Salif Bâ les deux seuls à être inculpés et enfermés en prison pour cette affaire ? Salif Bâ dont le cas est plus sérieux suite à la dissipation de la TVA sur les factures des travaux de Thiès acceptera-t-il de porter le chapeau, tout seul, si Idrissa Seck sort ? Cette équation est plus difficile à résoudre que le cas Idrissa Seck.
Tout de même, il y a des signes qui ne trompent pas. Seck n'a pas sorti son second Cd. Ensuite, il a apparemment dicté à ses avocats de garder le silence. Il en a aussi choisi de nouveaux. Son séjour carcéral, sans connaître des améliorations, ne subit plus de contraintes excessives. Mieux, certaines sources sont catégoriques : la sortie de prison de Seck ne serait qu'une question de semaines. L'optimisme de ces derniers tiendrait au fait que des questions non-dites dans cette affaire seraient actuellement résolues. Les bons comptes faisant les bons amis, la paix est accessible à des gens de bonne volonté. Mais si l'affaire Idrissa Seck trouve une issue dont les contours demeurent encore extérieurs, personne ne peut imaginer comment les faucons vont avaler la sortie de crise, encore moins les autres qui ont occupé l'espace laissé vide par l'ancien numéro deux.
C'est là où le président Wade est attendu. A-t-il les ressources nécessaires pour revenir gaiement sur l'affaire Idy et de dire " vogue la galère " ? La sortie de Seck risque de mettre le feu aux poudres au sein de son parti. Tout ce qui a été tenté et en partie réussi pour re-mobiliser les troupes et remembrer le PDS risque de tomber à l'eau. D'où une gestion périlleuse de l'après-sortie de Seck. Mais autant le processus de liquidation politique a échappé à beaucoup de libéraux, autant, les raisons de sa sortie pourraient ne pas être connues par tous et même au plus haut niveau du parti et du gouvernement.
Le nouvel horizon du 05 au 18 janvier20 06