IL VEUT ET IL OBTIENT LA LIBERTE D'IDRISSA SECK: Comment Me Wade décrédibilise les magistrats
La justice au Sénégal se résume-t-elle à la seule et unique volonté du président de la République ? La question est loin d'être saugrenue. Car, il est quand même bizarre de remarquer que dans pratiquement toutes les procédures judiciaires engagées par des magistrats sénégalais, il y a la main de Monsieur le président de la République. Alors l'indépendance de la justice serait-elle une utopie au Sénégal ?
Quand le dernier livre d'Abdou Latif Coulibaly suscitait moult réactions au Sénégal et à l'étranger, nombreux sont ceux qui pensaient que la justice sénégalaise allait se saisir de cette affaire pour que la lumière soit définitivement faite sur le meurtre de Me Babacar Sèye, mais aussi sur les sommes qu'a effectivement coûtées la réfection de l'avion de commandement, la Pointe de Sangomar. Mais il a fallu que le chef de l'Etat revienne de voyage et déclare qu'il n'avait l'intention de poursuivre en justice le journaliste écrivain pour que tout soit oublié. Ce qui avait, d'ailleurs, amené certains à s'interroger sur la réalité de l'indépendance de la justice au Sénégal.
Cependant, avec l'issue que semble connaître l'affaire des chantiers de Thiès, il est à craindre que la justice sénégalaise ne soit définitivement décrédibilisée par les actes que pose le chef de l'Etat dans certains dossiers gérés par des magistrats que l'on dit pourtant indépendants. En effet, l'affaire dite des chantiers de Thiès a tenu en haleine le peuple sénégalais pendant plusieurs mois. Et tout le monde espérait que la lumière allait être définitivement faite la gestion des deniers publics investis dans les travaux de la fête de l'indépendance Thiès 2004. Hélas ! Il va falloir déchanter puisqu'il n'en sera absolument rien. Simplement parce que Me Wade a décidé de trouver une solution à ce qu'il est convenu l'imbroglio Idrissa Seck. Le Président Wade qui est allé jusqu'à déclarer en pleine réunion de conseil des ministres, devant le ministre de la Justice, que le dossier était vide. Oubliant du coup l'épisode du Cices où il avait instruit à charge contre Idrissa Seck et reprenant à son compte les arguments des avocats de Idrissa Seck qui ont toujours dénoncé la vacuité de ce dossier aux allures de réglements de compte politiques. Les véritables clefs du dénouement qui s'annonce semble venir non pas venir de la justice elle-même mais de pressions américaines et de tractations menées par des religieux. Quel rôle les magistrats instructeurs vont donc jouer dans cette affaire ? Aucun si ce n'est appliquer les directives qui leur viennent du palais en libérant purement et simplement Idrissa Seck. Il en sera ainsi fini du fameux dossier des chantiers de Thiès. Il est évident que dans cette affaire, c'est la justice sénégalaise, notamment les magistrats, qui en prendra un sacré coup. Elle risque, en effet, de renvoyer à l'opinion publique l'image d'un pouvoir qui n'est là pour appliquer les directives venant de l'exécutif.
Nettali.com (Nettali.com 06/02/2006)
AVANT TOUTE NEGOCIATION : IDRISSA SECK DEMANDE A ETRE BLANCHI
(Walfadjiri 06/02/2006)
Seul son retour dans le Pds est négociable et il ne le sera qu'une fois qu'il sera blanchi par la justice dans une affaire des chantiers de Thiès qui lui aura valu dix mois de privation de liberté pendant que son nom et celui de sa famille étaient traînés dans la boue et son image écornée. Telle serait la réponse qu'Idrissa Seck aurait opposée invariablement aux médiateurs qui se sont présentés à lui, certains nuitamment, comme parlant et agissant au nom de l'Etat. Pour lui, hors de question de négocier sa libération.
Tout comme il a refusé de demander la liberté provisoire ou le non-lieu, Idrissa Seck s'est refusé à toute forme négociation visant à le libérer sans passer par les voies légales de la justice. Selon une source proche du dossier, l'ex-Premier ministre l'aurait signifié à tous ses interlocuteurs qui se sont présentés à lui comme des médiateurs de l'Etat. "Que la justice me blanchisse d'abord", leur aurait-il déclaré sur un ton ferme.
Selon toujours notre source, Idrissa Seck a rejeté toutes les propositions du pouvoir parce qu'il ne digère pas du tout d'avoir été traîné, lui et sa famille, dans la boue et privé de liberté pendant dix mois, d'avoir vu son image au niveau national et international écornée par ces différentes affaires qu'on lui a collées sur le dos. Raison pour laquelle, ajoute notre interlocuteur, "il demande que la vérité soit rétablie et que le droit soit dit". "Ce qui n'est pas trop demandé", note notre source.
Quid alors des informations parues dans la presse faisant état de négociations entre le pouvoir et Idrissa Seck pour faire libérer ce dernier ? "C'est de l'intoxication", relève notre interlocuteur. Selon lui, l'Etat sait que l'état du dossier dit des chantiers de Thiès ne lui permet pas de retenir l'édile de Thiès plus longtemps en détention préventive. "Aucune preuve de détournement de fonds n'a pu, jusqu'à présent, être fournie contre lui et les instructeurs n'ont entre leurs mains aucun document ni aucun témoignage des entrepreneurs ayant gagné des marchés à Thiès tendant à faire croire qu'il a été corrompu", énumère notre source. Et comme Idrissa Seck "n'est ni ordonnateur de dépense ni signataire de contrat, ainsi qu'il n'a cessé de le répéter, les surfacturations ne lui sont plus opposables. Dès lors, il ne reste plus rien dans le dossier qui puisse justifier son maintien en détention", poursuit notre interlocuteur. "Et comme deux non-lieu de suite sur les deux affaires qui lui ont valu dix mois de privation de liberté feraient désordre", explique-t-il, alors des rumeurs ont été sciemment véhiculées pour faire croire à l'opinion qu'Idrissa Seck a négocié sa sortie de prison.
Une telle éventualité signifierait, de l'avis de notre interlocuteur, qu'Idrissa Seck a des choses à se reprocher. Itou pour les rumeurs sur la prétendue démence de l'ex-Premier ministre. Notre source croit savoir que c'est dans le but de faire croire à l'opinion que le pouvoir a fait preuve d'humanisme en accordant la liberté à Idrissa Seck.
Pourquoi l'Etat cherche-t-il à se débarrasser de ce dossier ? Selon certaines indiscrétions, le pouvoir a peur d'aller en procès parce qu'il s'est rendu compte que son dossier a été très monté. On a vu ce qui s'est passé avec l'histoire des fonds politiques pour laquelle les autorités croyaient détenir le bon bout. La chausse-trappe tendue à Idrissa Seck s'est vite refermée sur elles. L'idée de récuser les trois magistrats à la tête de la juridiction chargée du dossier dit des chantiers de Thiès, et qui seraient parmi les principaux bénéficiaires de ces fonds politiques, a eu l'effet d'une douche froide sur le pouvoir qui a vite refermé ce dossier. Aussi, certains bailleurs de fonds, dont l'argent aurait échoué dans les fonds politiques, auraient-ils demandé à y voir clair.
La pression internationale serait également pour beaucoup dans la "reculade" du pouvoir. On a parlé des Américains qui ont élevé le ton dans le cadre de l'atteinte à la sûreté de l'Etat.
Avec toutes ces cartes en main, on comprend aisément pourquoi Idrissa Seck refuse de négocier. Le seul point sur lequel des négociations sont envisageables, aurait confié Idrissa Seck à ses proches, c'est son retour au Pds. Mais, cela n'est possible qu'après que le dossier des chantiers de Thiès aura été tiré au clair.
Amadou DIOUF
Mbaye Diack, Secrétaire général adjoint à la Présidence: «Seule la justice peut libérer Idrissa Seck»(Le Messager (Sn) 06/02/2006)
Le chef de file de l'Union des Forces Patriotiques Emergentes (UFPE) est revenu ce week-end sur l'actualité nationale dominée par l'éventuel élargissement d'Idrissa Seck de prison où il croupit depuis 6 mois, suite au scandale des chantiers de Thiès, des délits d'atteinte à la sûreté de l'Etat et de sorties irrégulières de correspondances. Mbaye Diack s'est également prononcé sur le récent réaménagement du gouvernement opéré par le Chef de l'Etat Me Abdoulaye Wade. En sa qualité de président du conseil d'administration de l'hôpital Principal, il a donné son avis pour une meilleure qualité des services, et la prise en compte des personnes démunies en matière de santé.
La séparation des pouvoirs au Sénégal est plus qu'une réalité, et l'indépendance de la justice n'en est pas un vain mot.
Avec les derniers développements sur l'imminence de la mise en liberté du Maire de Thiès, le secrétaire général adjoint à la Présidence de la République M. Mbaye Diack, qui affirme être déjà intervenu entre Wade et Idy sans chercher à savoir quel était leur problème, a rappelé que « Wade a la prérogative de demander à l'Inspection générale d'Etat d'aller à Thiès pour y voir plus clair en ce qui concerne les chantiers de Thiès ». Les rapports issus des différentes enquêtes menées par les inspecteurs auprès des personnes impliquées de près ou de loin dans ce dossier, ont été remis entre les mains de la Commission d'instruction qui s'est acquittée de son travail en toute indépendance.
« Un dossier n'est jamais vide » a-t-il fait remarquer et dès lors, la Haute Cour de justice qui s'est saisie du dossier se fondant sur le droit, a retenu Idrissa Seck dans les liens de la détention. Selon l'ancien compagnon de Bathily, « dans le dossier relatif aux sorties irrégulières de correspondances, il existe bel et bien des éléments sur lesquels la justice peut se prononcer ». Cependant, le leader de l'UFPE rectifie l'opinion car d'aucuns pensent que le Président Wade avait demandé à la justice de sévir. Bien que cela constitue une des prérogatives du Chef de l'Etat, Mbaye Diack dira que la justice « n'est nullement engagée » car les pouvoirs sont séparés et Wade ne fera rien pour faire libérer Idrissa Seck. Toutefois tient-il à préciser « seule la justice qui l'a mis en prison, peut aujourd'hui procéder à sa libération ».
Au chapitre du réaménagement technique du gouvernement, Mbaye Diack considère Wade comme un coach et son équipe, à ce titre d'ailleurs le Secrétaire général adjoint à la Présidence informe que d'ici les prochaines élections, « il pourrait y avoir un autre réaménagement ». Le Chef de l'Etat prend son gouvernement tel un instrument de travail, et l'utilise selon les objectifs de développement à atteindre. L'exemple, c'est la gestion désormais de la solidarité nationale au niveau central, c'est à dire à la Présidence et selon M. Diack « il faut maintenant poser des actes durables de solidarité » avec notamment le développement de l'agriculture dont le portefeuille ministériel est revenu à M. Farba Senghor qui a fait preuve de pragmatisme à la tête des ministères qu'il a dirigés avec des résultats probants. A en croire le chef de file de l'UFPE « l'agriculture connaîtra très vite des résultats insoupçonnés avec le tout nouveau ministre », c'est ça aussi la vision de Wade. Sur un autre régistre, M. Diack déplore que malgré l'existence du Fonds de Garantie Automobile, « les problèmes au niveau des hôpitaux d'une manière générale, sont liés à l'indigence », il pense qu'il faut envisager un système de sécurité sociale basée sur l'assurance-vie. Il préconise le relèvement de tous les plateaux techniques des hôpitaux, avec une formation qualitative des médecins dans les établissements hospitaliers d'Europe et d'Amérique, sans négliger la faculté de Médecine où l'enseignement dispensé devrait subir une amélioration notoire et équiper davantage les hôpitaux en instruments modernes.
Par Mamadou SALL
AFFAIRE DES CHANTIERS, RETOUR DE PAPE DIOUF... : Les fracassants aveux de Wade
Dans 48 heures, c’est-à-dire lundi, la commission d’instruction de la Haute Cour de Justice va se réunir pour se prononcer sur l’affaire des chantiers de Thiès qu’elle a instruite. Mais déjà, Me Wade annonce la couleur, devant les cadres de Thiès (lire notre édition d’hier) puis devant le comité directeur (mercredi) et enfin en plein conseil des ministres (jeudi) mettant le ministre de l’Intérieur Ousmane Ngom et son homologue de la Justice, Cheikh Tidiane Sy dans leurs petits souliers. Du retour de Pape Diouf dans le Pds, Wade attaquera Macky Sall, qui rendait compte durant le comité directeur de son tête-à-tête le même jour avec le maire de Bambey : « s’il pose des conditions, qu’il aille voir ailleurs ». Récit de 48 heures d’aveux fracassants...
Tout a commencé mercredi dernier lorsque le Président Abdoulaye Wade a blanchi Idrissa Seck devant les cadres de Thiès. Ne s’arrêtant pas là, il préside quelques heures après la rencontre du Comité directeur du Parti démocratique Sénégalais (Pds). Prenant la parole, et sans avertir, Me Wade lâche : « Idy va venir travailler à mes côtés, il n y rien dans les chantiers de Thiès qui vaille une poursuite » . Les responsables Pds étaient restés bouche-bée après cette déclaration fracassante. Personne n’y comprenait rien. Très à l’aise, le numéro I du Pds ajoutera être maintenant convaincu de l’innocence de son ancien Pm et de tous les autres ministres qui avaient été cités dans l’affaire des chantiers de Thiès.
« Si Pape Diouf pose des conditions, il n’a qu’à aller voir ailleurs »
Peu avant la rencontre du Comité directeur, Macky Sall avait discrètement rencontré le maire de Bambey, Pape Diouf, pour la deuxième fois. Rendant compte de cette audience au Comité directeur, Macky dira : « j’ai rencontré Pape Diouf ce matin, en compagnie de Abdoulaye Faye il a posé des conditions pour revenir dans le parti » Me Wade n’attendra pas qu’il termine son compte-rendu pour lâcher : « Pape Diouf a présenté ses excuses, il a été pardonné. Il a lâché ses anciens compagnons. Mais il n’a à poser aucune condition pour revenir dans le parti. S’il pose des conditions, il n’a qu’à aller voir ailleurs. Tu m’as compris Macky ? M’as-tu bien compris ? ». Vingt-quatre heures après la rencontre du Comité directeur, le Président Wade préside la rencontre du Conseil des ministres. Et là, le Président expliquera pourquoi, lui qui avait publiquement accusé Idy devant un public nourri au Cices a changé d’avis : « le dossier est vide, totalement vide ». Cette déclaration mettra mal à l’aise les ministres Ousmane Ngom et Cheikh Tidiane Sy. Mais cela, Wade ne semblera pas le remarquer parce qu’il poursuivra en ces termes : « j’ai beaucoup discuté avec le procureur de la République (ndlr : Lansana Diabé, le procureur sortant). On a parlé de tout le dossier. Et il m’a clairement fait comprendre que de même que le délit d’atteinte à la sûreté de l’Etat et à la défense nationale, aucun reproche ne peut être fait contre Idrissa Seck sur les Chantiers de Thiès. Rien. Le dossier est vide sur toute la ligne. Je suis désolé, mais c’est comme cela », dira le Président Wade, comme pour lancer une pique aux ministres de la Justice et de l’Intérieur. Que se passera-t-il lundi ?
Cheikh Mbacké GUISSE las.sn 04/02/2006