Les plus insupportables voyous, les délinquants en col blanc : les entrées sont nombreuses dans le casting des vilains qui s'est déroulé ce mardi 21 novembre 2006 dans le bureau du juge Yaxam Léye. La masse pensante connaît les rapports consubstantiels entre Idy, Salif Bâ et Bara Tall à cause de leur appétit pour le «Dieu argent». 11 milliards de francs escroqués, voilà ce qui retient Bara Tall et Salif Bâ dans les fers depuis hier. Combien d'écoles, combien de kilomètres de route bitumée, combien de cases de santé aurait-on pu réaliser avec cela ? Quel rôle a joué Idy dans cela ? Le comprendrons –nous un jour ?
Il est onze heures quand Bara Tall arrive à la porte de la Division des investigations criminelles du bloc des madeleines, et qui se trouve du côté de l'océan. Dans la grande cour de cette fourmilière où déambulent avocats, justiciables et curieux, la machine infernale est lancée. Il porte un costume marron et un pantalon bleu. Il est ponctuel et sur son visage, on ne lit pas la lassitude qui pourrait émaner de la pensée de son éventuelle inculpation ce mardi 21 novembre 2006. Bara Tall est donc ponctuel et est suivi des journalistes et de quelques uns de ses proches jusqu'au centre de la grande cour du bloc des madeleines. Il salue encore chaleureusement quelques personnes agglutinées devant le bâtiment estampillé « tribunal régional hors classe de Dakar » et s'engouffre dedans vers le bureau du juge du cinquième cabinet, Yaaxam
Léye. Bara Tall, homme d'affaires à succès dont l'entreprise a raflé presque tous les grands marchés de la Capitale et des chantiers de Thiés, Promoteur de la célèbre marque de lait Baralait et promoteur de titres dans la presse, allait –il enfin répondre des éventuelles surfacturations qu'on lui reprochait dés août 2005 ? Le populaire, journal dont il est un des patrons, va-t-il garder une objectivité de béton dans cette affaire des surfacturations des travaux des chantiers de Thiés dont il semble être un des acteurs ? Il faut dire qu'il ne s'est pas fait que des amis dans le secteur juteux des travaux publics.
Inculpé, les travaux qu'exécute la société de Bara Tall, Jean Lefebvre, vont –ils en souffrir ? Y aurait –il un frein à ses affaires ? Sera-t-il condamné lourdement en procès ?
D'ailleurs, à 11 :08, on aperçoit Salif Bâ qui pointe son nez, habillé d'un boubou blanc. Sur sa tête blanchie, quelques cheveux et un air si mal assuré, feraient dire qu'on est en face d'un mauvais candidat arrivant à un oral mal révisé. Les pisse –copies n'ont pas manqué de deviser sur l'argent qu'on aurait trouvé à la Bicis dans les comptes de la Prcpe. Salif Bâ avait fait de la détention préventive pour cela et son rôle prépondérant dans le scandale des chantiers de Thiès. A 12 :15, la fourgonnette de l'administration pénitentiaire immatriculée AD 7810 vient se placer devant les journalistes à l'entrée où s'était engouffré Bara Tall une heure et demie plus tôt. Coup de théâtre, l'homme d'affaires à succès tombe de son piédestal. Il vient d'être inculpé pour escroquerie portant sur la somme de onze milliards de nos francs. On croit rêver ! Combien d'écoles, combien de kilomètres de route bitumée aurait-on pu réaliser avec cela ? Triste sort que celui d'un homme extrêmement riche qui en veut encore. Triste Sénégal. Bara Tall s'engouffre dans la fourgonnette qui prend la corniche. Après l'entrepreneur Bara Tall, patron de Jean Lefèbvre, arrêté et placé sous mandat de dépôt ce mardi vers 12 heures 15 minutes, c'était le temps pour l'ancien directeur du Pcrpe, Salif Bâ et ministre de l'Habitat. Ce ressortissant de Kaolack qui avait commencé à renaître après sa préventive, a lui aussi été inculpé et placé sous mandat de dépôt pour complicité d'escroquerie portant sur la somme de 11 milliards de francs Cfa.
Le juge Yaxam Lèye a entendu Salif Bâ dans son bureau aux environs de 12 heures 30 minutes après Bara Tall. A 15 heures, le tête à tête avec le juge était terminé. Il ne restait donc plus qu'à l'acheminer à la Maison centrale d'arrêt et de correction de Rebeuss (où il avait été incarcéré il y un an environ, avant d'être transféré au Pavillon spécial pour raisons de santé).
Dans le chef d'inculpation tel que libellé par le juge du cinquième cabinet, Yaxam Lèye, et signifié à Bara Tall et Salif Bâ, il est spécifié que l'inculpation concerne certes ces derniers, mais aussi d'autres . Il appartiendra donc au juge de définir qui se cache derrière « autres ». En effet, outre un responsable d'un bureau d'études qui pourrait être convoqué, beaucoup de regards se tournent du côté du leader de Rewmi, candidat à l'élection présidentielle, Idrissa Seck, qui serait l'unique raison de l'ouverture de cette nouvelle procédure.Pape Demba Diop
L'ex-ministre Salif Bâ retourne en prison
Après l'entrepreneur Bara Tall, patron de l'entreprise Jean Lefèbvre inculpé et placé sous mandat de dépôt ce mardi vers 12 heures 15 minutes, c'est au tour de l'ancien directeur du Pcrpe, Salif Bâ et ex ministre de l'Habitat. Ce dernier a lui aussi été inculpé et placé sous mandat de dépôt pour complicité d'escroquerie portant sur la somme de 11 milliards de francs Cfa.
Le juge Yaxam Lèye a reçu Salif Bâ dans son bureau aux environs de 12 heures 30 minutes après l'audition de Bara Tall. A 15 heures, le face-à-face avec le juge était terminé. Il ne restait donc plus qu'à l'acheminer à la Maison centrale d'arrêt et de correction de Rebeuss (où il avait été incarcéré il y un an environ, avant d'être transféré au Pavillon spécial pour raisons de santé).
Dans le chef d'inculpation tel que libellé par le juge du cinquième cabinet, Yaxam Lèye, et signifié à Bara Tall et Salif Bâ, il est spécifié que l'inculpation concerne certes ces derniers, mais aussi «et autres». Il appartiendra donc au juge de définir qui se cache derrière «autres». En effet, outre un responsable d'un bureau d'études qui pourrait être convoqué, beaucoup de regards se tournent du côté du leader de Rewmi, candidat à l'élection présidentielle, Idrissa Seck qui serait l'unique raison de l'ouverture de cette nouvelle procédure. Pape Demba Diop
AFFAIRE DES CHANTIERS DE THIES, ARRESTATION DE BARA TALL ET SALIF BA / Les portes de Reubeuss ouvertes pour Idrissa Seck
C'est imminent ! L'ancien Premier ministre et maire de Thiès, Idrissa Seck, va retourner à Reubeuss. Ses deux complices dans cette affaire, Bara Tall et Salif Bâ ayant été inculpés et mis sous mandat de dépôt, il reste à compléter le trio en mettant derrière les barreaux le dernier de la bande, Idrissa Seck, pour ne pas le nommer. La justice va donc siffler la fin de la récréation pour un délinquant entré en politique et qui croyait ainsi pouvoir échapper à son sort de prisonnier de droit commun.
Comme nous l'avons toujours écrit dans ces colonnes, la déclaration de candidature précipitée du maire de Thiès avait pour seul but d'éviter d'être emprisonné. L'homme escomptait sur la désapprobation de la communauté internationale en cas d'arrestation d'un candidat à l'élection présidentielle. Et le voleur du siècle s'était lancé dans une course éperdue afin de passer pour une victime expiatoire, un adversaire politique combattu de toutes parts parce qu'il pourrait remettre en cause la candidature de maître Wade. Ainsi, se servant allègrement de déclarations fantaisistes dans une presse acquise à sa cause et prête à accuser le Président de tous les pêchés d'Israël en même temps qu'il faisait passer ce dernier pour un responsable à la probité douteuse, l'homme Idy, un spécialiste de la désinformation, avait un moment, réussi à semer la confusion dans la tête d'une certaine partie de la population pendue à ses discours messianiques. Mais avec l'arrestation de Bara Tall et Salif Bâ, il n'y a plus de doute, le candidat prématuré à l'élection présidentielle qu'est l'actuel maire virtuel de Thiès pourrait suivre la campagne électorale à partir d'une cellule de Rebeuss.
A Bara Tall, il est reproché d'avoir pratiqué des surfacturations de manière massive au détriment de l'Etat qui lui avait accordé des marchés. D'après le rapport de l'Inspection générale d'Etat sur ce sujet, sur un marché global de 46 milliards, Bara Tall et compagnie auraient procédé à des surfacturations de l'ordre de, tenez-vous bien, 17 milliards. Le rapport, dans ses conclusions, recommande que ces sommes, indûment encaissées soient remboursées solidairement par les trois principaux protagonistes de cette affaire que sont Bara Tall, Salif Bâ et Idrissa Seck. De plus, il faut rappeler que le maire de Thiès n'avait reçu l'autorisation du Président de ne faire décaisser que 25 milliards pour l'ensemble des travaux d'embellissement de la ville de Thiès à l'occasion de l'an 44 de notre indépendance. Mais, parce qu'il se prenait pour le « deuxième numéro un » du Sénégal au même titre que le Président élu, Idrissa Seck avait décidé de manière unilatérale de dépasser largement cette somme. C'est ainsi qu'au lieu d'un marché global de 25 milliards, l'Etat s'est retrouvé avec une facture de 46 milliards de francs Cfa. Bara Tall et Idrissa Seck devront d'abord s'expliquer sur la manière dont les marchés sont passés de 25 milliards à 46 milliards avant de dire ce qu'ils ont fait des 17 milliards de surfacturation constatées par les enquêteurs de l'Ige qui ont contrôlé la régularité et la conformité des travaux par rapport au cahier des charges. Figurez-vous que 17 milliards, ce n'est pas des broutilles quand même. C'est plus que la masse salariale mensuelle de tous les fonctionnaires du Sénégal et de l'extérieur émargeant en Trésor public ! C'est aussi l'équivalent du budget annuel de la Guinée Bissau !
Pour exemple de surfacturation lisez plutôt ceci : Rien que pour la voirie, l'éclairage public et les aménagements paysagers, les marchés ont été facturés à 17.838.538 francs, alors qu'ils se montent en vérité, selon les experts de l'Ige, à 7.741.719.102 francs, soit une surfacturation impressionnante de DIX MILLIARDS QUATRE-VINGT SEIZE MILLIONS HUIT CET DIX-NEUF MILLE SIX CENT QUATRE-VIENGT TROIS FRANCS (10.096.819.683). Rappelons également que pour la coupe des arbres, Bara Tall a prétendu avoir coupé des ... baobabs pour construire la Voie de contournement nord (VCN) alors que tout le monde sait que sur ce site ne poussaient que des... rôniers. Et le comble est que pour chaque arbre coupé, il a été facturé à l'Etat pas moins de... 580.000 francs. C'est ainsi que pour railler la boulimie de la bande à Bara Tall (dont le cerveau n'est autre que qui vous savez, c'est-à-dire le maire le plus virtuel du Sénégal), un expert disait qu'avec ces prix, même les ministres devraient se transformer en... bûcherons.
Dans nos prochaines éditions, nous reviendrons largement sur l'affaire des chantiers de Thiès, qu'il est aujourd'hui convenu de qualifier
comme la plus grosse escroquerie jamais organisée contre l'Etat.Ndiogou Wack SECK
SALIF BA ET BARA TALL EN PRISON: Escalier vers Idy ?
(Sud Quotidien 22/11/2006)
Après Bara Tall, c'est au tour de Salif Ba d'être inculpé et placé sous mandat de dépôt hier, mardi 21 novembre par le juge de la 5e Chambre d'instruction, Yaxam Lèye. Ils sont poursuivis dans le cadre de l'affaire des chantiers de Thiès dans laquelle l'ancien Premier ministre et maire de Thiès Idrissa Seck est fortement impliquée.
L'entrepreneur et directeur général de Jean Lefèvre/Sénégal Bara Tall et l'ancien ministre de l'Habitat, de la Construction et du Patrimoine Bâti, Salif Bâ, ont passé hier, mardi 21 novembre, leur première nuit à la prison centrale de Reubeuss. Ils ont été inculpés et placés sous mandat de dépôt par le juge du cinquième cabinet, Yaxam Lèye. Bara Tall et Salif Ba sont arrêtés dans le cadre de l'affaire des chantiers de Thiès qui a valu la prison à l'ancien Premier ministre et président du parti «Rewmi», Idrissa Seck. Ils sont poursuivis pour «complicité de malversations financières».
C'est aux alentours de 11 heures que Me Dior Diagne, conseil du patron de Jean Lefévre est sortie du bureau de Yaxam Lèye l'air hébété. Les nombreuses personnes qui se sont déplacées pour manifester leur soutien à l'entrepreneur ont rué vers elle suivant le mouvement des journalistes qui faisaient le pied de grue au Bloc des Madeleines. L'avocate confirme ainsi la nouvelle et déclare : «mon client est inculpé pour avoir obtenu frauduleusement ou par moyens de caisses fausses, la somme de 8 milliards, de l'État du Sénégal». Toutefois, Me Dior Diagne semble ne pas comprendre les motifs réels de l'arrestation de son client. Répondant à l'interpellation des journalistes, elle a indiqué qu'elle ne sait pas les raisons exactes qui justifient cette décision du juge. «Il (Bara) est conduit à Reubeuss et nous ferons tout pour le faire sortir de là», a-t-elle ajouté. Mais des sources ont révélé que Bara Tall est accusé «d'avoir obtenu de manière frauduleuse une somme de 8 milliards au moyen de pièces fausses». Son cas est lié à la construction de la voie de contournement nord (Vcn) faite par son entreprise.
Après Bara Tall, c'est au tour de l'ancien ministre de l'habitat, de la construction et du Patrimoine bâti, Salif Ba, de faire face au juge Yaxam Lèye vers 12h 30 minutes. Son audition a été plus longue que celle du directeur général de Jean Lefévre. Le responsable politique du Parti démocratique sénégalais (Pds) n'est sorti du bureau du juge du cinquième cabinet qu'au-delà de 15h. Et, c'est pour prendre le chemin de la maison d'arrêt et de correction de Reubeuss. L'avocat de Salif Ba, Me Moustapha Diop a, à cet effet, fait savoir aux journalistes que son client a, effectivement, été inculpé et placé sous mandat de dépôt pour complicité avec Bara Tall et les autres mis en cause dans ce feuilleton. Il est, en fait, écroué pour «complicité d'escroquerie portant sur la somme de 11 milliards 800 millions de francs Cfa».
L'affaire des chantiers de Thiès est toujours aussi riche en rebondissements. Après la série d'audition et d'arrestation entre juillet et octobre 2005, elle revient ainsi aux devants de la scène. L'entrepreneur Bara Tall qui a longtemps été entendu mais jamais inculpé, fait aujourd'hui les frais de ce dossier. Un dossier qui a occasionné le 23 juillet 2005 l'emprisonnement de l'ancien Premier ministre et maire de Thiès au c½ur de cette affaire. Celui qui est devenu entre temps président du parti «Rewmi» bénéficié d'un non-lieu partiel le 7 janvier dernier qui lui a permis de recouvrer la liberté. Salif Ba lui aussi a fait la prison pendant des mois à cause de cette affaire. Pour des raisons de santé, il a été transféré lors de son séjour carcéral au pavillon spécial de l'hôpital Aristide Le Dantec. Il avait bénéficié d'une liberté provisoire.
Chérif FAYE